L'Ukraine est en crise politique depuis plusieurs années

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Quatre questions à Arnaud Dubien, chercheur à l'IRIS, sur la crise politique en Ukraine.

Quelle est la situation politique et économique de l'Ukraine avant ce scrutin présidentiel ?

De fait, l'Ukraine est en crise politique depuis plusieurs années. Le second mandat de Koutchma a en effet été ponctué par deux scandales majeurs - l'affaire Gongadze-Melnitchenko (disparition d'un journaliste d'opposition ) et celle des radars "Koltchougas" (accusations anglo-américaines de livraisons à l'Irak sous embargo), qui ont discrédité le président ukrainien et isolé le pays sur la scène intrenationale jusqu'à la décision très opportuniste d'envoyer des troupes en Irak. Le déroulement très contestable du scrutin législatif de mars 2002 avait également illustré les dérives autoritaires du régime Koutchma. Au plan économique en revanche, les choses évoluent très favorablement, à tel point que certains économistes évoquent un "miracle ukrainien". La croissance, qui à la différence de Russie ne repose pas sur les hydrocarbures, dépasse 10%. Reste que le niveau de vie est encore très bas et inférieur à celui de la Russie.

Le candidat de l'opposition a-t-il vraiment été victime d'une tentative d'empoisonnement avant le scrutin ?

Victor Iouchtchenko a été hospitalisé d'urgence à la mi-septembre à Vienne. On sait que le pronostic vital aurait pu être en jeu s'il avait attendu 48heures supplémentaires. Les médecins ont été très prudents, constatant simplement le caractère inédit de la multiplicité des pathologies. Il semblerait que les premiers symptomes soient apparus après un dîner qui devait rester confidentiel à la datcha du chef du SBU (services secrets ukrainiens), ce qui a alimenté les rumeurs. En toute hypothèse, Iouchtchenko n'a pu faire campagne aussi activement qu'il le souhaitait et est désormais défiguré.

Existe-t-il une possibilité pour une médiation internationale?

Je ne crois pas. En revanche, la communauté occidentale a un rôle majeur à jouer, en exerçant des pressions sur le pouvoir ukrainien pour qu'il renonce à passer en force. Certaines déclarations ont déjà eté faites par l'OSCE, l'UE, le Conseil de l'Europe ou l'OTAN, organisations qui avaient fait du 2ème tour de l'élection présidentielle un test de la "vocation" européenne de l'Ukraine. Il est possible que des sanctions soient décidées si le blocage devait se poursuivre.

Est-ce que la Russie peut tolérer une Ukraine membre de l'UE et de l'OTAN ?

Il faut bien comprendre que l'Ukraine occupe une place à part non seulement dans la politique étrangère, mais également dans l'imaginaire russe. Cela renvoit ni plus ni moins qu'à l'identité nationale russe. Les Russes font remonter le début de leur histoire à la Christianisation des Slaves de l'Est, qui a lieu à Kiev en 988, et établissent une filiation directe entre l'Etat kievien des 10ème-13èmes siècle, la Moscovie du Moyen-Age, l'Empire des Tsars et l'URSS. Pour beaucoup de Russes, l'Ukraine est constitutive de l'identité nationale, une Ukraine réellement indépendante est une aberration. Dans ce contexte, l'une des principales préoccupations de Poutine est de mettre un terme à la"dérive" de l'Ukraine vers les structures euro-atlantiques et de l'ancrer aussi fermement que possible dans l'espace post-soviétique. C'est le sens d'initiatives telles que la création d'un espace économique commun à 4 avec le Kazakhsran, le Bélarus et l'Ukraine, annoncée en septembre 2003. Une Ukraine candidate à l'OTAN est sans doute l'un des pires cauchemards des plannificateurs russes.

Arnaud Dubien par - Yahoo ! Actualités - 24 novembre 2004