l’armée française doit-elle quitter la côte d’ivoire ?

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Chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), spécialiste des questions subsahariennes, Alain Antil s’inquiète de l’anarchie qui règne à Abidjan.

Les militaires français ne sont pas là pour résoudre les problèmes politiques. Ils sont là pour que le conflit ne reprenne pas. L'an dernier, le gouvernement français n'a pas eu d'autre choix que d'intervenir, tout en sachant qu'il prendrait des coups des deux côtés. Depuis, on se trouve avec un pays coupé en deux : au nord, les rebelles que l'on appelle les Forces nouvelles; au sud, les Forces nationales de Côte d'Ivoire. Entre les deux, une ligne de partage gardée par les forces françaises de l'opération Licorne. Si elles devaient partir, comme l'ont réclamé dimanche 30 novembre à la télévision des soldats ivoiriens, on irait droit vers le chaos.

Si leur position devenait intenable, une des solutions serait de remplacer petit à petit les militaires français par un contingent plus important de la CEDEAO (Communauté des États de l'Afrique de l'ouest). Actuellement, l'opération Licorne se compose de 4.000 Français appuyés par 1.400 militaires de la CEDEAO. Rien ne garantit que celle-ci puisse contrôler la situation. Sa seule expérience en ce domaine a été la Sierra Leone où les soldats nigérians de cette force se sont livrés à des vols.

Une autre solution serait, comme en RD Congo, de remplacer les Français par une force de l'ONU, puisque l'opération Licorne est placée sous la bannière des Nations-Unies. Mais celle-ci est-elle en mesure de réagir rapidement? Dernière possibilité, le renforcement du contingent français. Aujourd'hui, cela ne se justifie pas car l'opération Licorne maîtrise bien la situation et cela jetterait de l'huile sur le feu.

En Côte d'Ivoire, de chaque côté, les parties se sont réarmées. Au sud, le clan Gbagbo a fait venir des armes, a recruté des mercenaires. Au nord, il est probable que les rebelles tentent de faire de même. Du côté du président ivoirien, Laurent Gbagbo, c'est la politique du pire. On ne sait pas s'il maîtrise encore la situation dans son camp ou s'il s'agit d'une fuite en avant pour satisfaire les plus extrêmistes.

Au début, ceux que l'on appelait les Patriotes, des miliciens, étaient proches de lui et de sa femme. Mais les événements de ce week-end, les accrochages qui ont eu lieu avec des éléments de l'armée nationale, la prise de parole à la télévision d'un lieutenant-colonel dont on ne sait pas qui il représente, donnent surtout l'impression que règne l'anarchie. Aujourd'hui, des ressortissants français et européens à Abidjan sont pris à parti à cause de la couleur de leur peau.

Alain Antil par Agnès Rotivel - La Croix - 3 décembre 2003