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Pascal Boniface analyse dans son dernier livre la stratégie belliciste des dirigeants américains et rend hommage aux artisans courageux de la paix au Proche-Orient.
Vers la quatrième guerre mondiale ?
par Pascal Boniface.
Éditions Armand Colin, 2005. 172 pages, 17 euros.
Il n’est sans doute pas nécessaire de présenter longuement Pascal Boniface aux lecteurs de l’Humanité : le directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) est connu et apprécié tant pour ses nombreux ouvrages que pour ses éclairages avisés dans les médias, tout particulièrement sur les enjeux au Moyen-Orient.
D’où vient l’expression monstrueuse dont il a fait - pour s’en offusquer - le titre de son dernier livre ? Le principal propagateur de cette formule, nous est-il rappelé, fut James Woodsley, ancien directeur de la CIA. Dans un article traduit par le Monde en 2002, il proclamait qu’après avoir gagné « la troisième guerre mondiale », autrement dit la guerre froide, « nous » allions remporter la quatrième contre « les terroristes, les dictateurs et les autocrates ». Quelques mois plus tard débutait l’aventure irakienne qui, selon la théorie en question, n’est qu’une pièce d’un puzzle aux dimensions planétaires...
Le livre de Pascal Boniface fournit à ce propos un ensemble d’analyses et d’arguments très stimulants, articulés autour de trois idées maîtresses. Si le « conflit des civilisations » n’a rien d’une fatalité - contrairement à ce que suggère la thèse raciste qui fait du « monde musulman » l’ennemi incontournable de « l’Occident » -, ce choc n’est, en revanche, pas non plus impossible. « Selon que nous prendrons ou non des décisions politiques pertinentes, nous pourrons en dissiper la perspective ou permettre son avènement », souligne le directeur de l’IRIS.
À cet égard, toute stratégie qui vise à « mener la guerre au terrorisme » tout en alimentant les sources de l’insécurité mondiale conduit l’humanité dans une impasse dramatique et dangereuse. Très lucide est, sur ce sujet, le jugement d’un Richard Clarke, ancien responsable de la lutte contre le terrorisme aux États-Unis, sur la guerre en Irak, que cite opportunément l’auteur : « Au lieu de chercher à travailler avec la majorité du monde islamique pour dissuader les musulmans de céder au fondamentalisme, nous avons fait exactement ce qu’Al Qaeda avait prévu. Nous avons envahi et occupé un pays arabe riche en pétrole et qui ne nous menaçait nullement, en négligeant le problème israélo-palestinien. Nous avons offert à Al Qaeda les thèmes d’une formidable campagne de recrutement. »
Voilà pourquoi, si l’on veut éviter ce type de catastrophe, il faut s’attaquer avec détermination et au plus vite au règlement du conflit du Proche-Orient « devenu la matrice d’un éventuel choc des civilisations ». Pascal
Boniface nous livre d’excellentes citations - de Jimmy Carter à Tony Blair - qui viennent nous rappeler qu’il existe un large consensus dans le monde autour de cette idée. Il y a donc des possibilités réelles d’agir. À l’inverse, s’il fallait encore une illustration des limites extrêmes de ce qu’on peut attendre des « initiatives de paix » des actuels dirigeants d’Israël, le rappel de la profession de foi de Moshé Yaalon, chef d’état-major des armées israéliennes en 2002 - « Il faudra faire comprendre aux Palestiniens, dans les plus profonds renforcements de leur conscience, qu’ils sont un peuple vaincu » - y suffirait amplement !
L’engagement international en faveur d’une solution juste et durable du problème palestinien et de ses corollaires israéliens et régionaux apparaît ainsi clairement comme l’urgence stratégique numéro 1 de notre époque. Pascal Boniface consacre, dans cet esprit, tout un chapitre - d’une grande actualité... - au rôle de l’Europe sur ce terrain vital. Il livre également de façon quasi exhaustive un panorama revigorant des forces de paix en Israël. Maints lecteurs y retrouveront l’évocation de tel ou tel de ces militants dignes et courageux qu’ils ont eu l’occasion de lire ou de rencontrer, et qui sont l’honneur de leur pays. L’auteur rend également un hommage mérité à la presse israélienne, « certainement celle au monde où le débat sur le conflit du Proche-Orient est le plus libre, le plus vif et le plus contradictoire ».
Un livre à lire, donc. D’accord ou pas avec telle analyse ou telle argumentation, chacune et chacun pourra puiser dans cet ensemble extrêmement bien documenté de références essentielles de l’histoire contemporaine, pour se situer en connaissance de cause face à de vrais enjeux de civilisation.
Francis Würtz est Député européen.
Francis Würtz / L’Humanité / 26 mai 2005
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