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La politique arabe de la France

Le livre Stratéco 2005. L’année stratégique : analyse des enjeux internationaux (Armand Collin - Iris) La guerre d’Irak a changé le monde. Avec l’intervention américaine, ce sont d’autres lignes d’équilibres planétaires qui se dessinent. A partir d’un ouvrage documentaire, l’Iris nous rappelle que, au lieu de la force, le monde doit être gouverné par le droit. Extrait (pages 36-38).

« Depuis le 11 septembre 2001, l'Administration Bush est convaincue que les frustrations internes aux sociétés arabes menacent gravement la sécurité des États-Unis, faisant ainsi de la démocratisation un enjeu prioritaire de leur politique à l'égard du monde arabe. Toutefois, peut-on seulement penser que la démocratisation d'un régime puisse être imposée de l'extérieur ? Les contradictions philosophiques ne manquent pas à cet égard. La démocratie signifiant l'appropriation collective d'un destin politique, on ne peut imaginer que celle-ci puisse être dictée par une puissance extérieure plus forte, décidée à contraindre un peuple à s'engager dans cette voie . L'exemple même de l'évolution politique de la société américaine et des sociétés européennes à travers l'histoire montre que la démocratisation est un processus lent, souvent fait d'allers-retours, n'ayant de chances de réussir que s'il est le fruit d'un processus interne. De nombreux États arabes ont commencé à mettre en place des réformes structurelles en ce sens, mais celles-ci pourront difficilement être favorisées par des pressions externes, surtout en provenance des États-Unis, largement impopulaires au sein des opinions des pays musulmans.

De ce fait, le projet américain semble être le constat d'une impasse sur les deux principaux sujets de préoccupation pour Washington à l'heure actuelle, à savoir l'Irak et le conflit israélo-palestinien. En effet, afin de masquer son impuissance ou son absence de volonté politique, le gouvernement américain est tenté par la possibilité de définir un projet plus large pour la région, faisant en sorte de sortir du problème par le haut. Incapable de peser sur le court ou le moyen terme, il évoque le long terme. Mais le fait de déterminer à l'avance et sans discussion préalable des réformes concernant les régimes politiques du monde arabe et musulman, sans avancer parallèlement dans la résolution du conflit israélo-palestinien, ne peut que conduire à l'échec. Le président égyptien, Hosni Moubarak, le plus proche allié des États-Unis dans la région, déclarait ainsi qu'« après ce qui s'est passé en Irak, il existe une haine sans précédent, connue des Américains. Les gens éprouvent un sentiment d'injustice. Ils voient par ailleurs Sharon agir comme il l'entend sans que les Américains ne disent quoi que ce soit »...

Les Américains envisagent de maintenir leur présence dans la région le plus longtemps possible afin de contrôler l'Irak, ainsi qu'un Proche-Orient qui se trouve dans un contexte d'instabilité croissante. C'est en effet dans le but de réduire leur dépendance pétrolière à l'égard de l'Arabie Saoudite qu'ils ont en partie souhaité s'installer dans ce pays. Or la conquête de l'Irak ne les a pas rendus plus autonomes d'un point de vue pétrolier : la production actuelle de pétrole est inférieure à celle d'avant-guerre, s'élevant à 1,8 million de barils par jour alors qu'elle était de 2,5 millions avant le conflit. Parallèlement, l'Arabie Saoudite s'est trouvée fragilisée par l'occupation américaine en Irak, les attentats perpétrés par Al-Qaïda se multipliant également vis-à-vis des infrastructures pétrolières, des forces de sécurité et des étrangers présents dans le pays. En définitive, plus les États-Unis chercheront à se maintenir en Irak, plus leur présence sera rejetée, et cette tendance sera difficilement réversible. »

L’avis de Challenges - Toute critique est subjective est la nôtre l’est davantage puisque Challenges s’est associée à la publication de l’opus 2005 de cet ouvrage de référence. Une première dans l’histoire du journal, et le choix ne s’est pas fait par hasard. Stratéco, vendu en librairie sous le nom d’Année stratégique, est une analyse en temps réel des grands enjeux internationaux, qu’ils soient diplomatiques ou économiques. Synthèses géographiques et thématiques, données statistiques extrêmement détaillées par pays, cartes fouillées, le tout soutenu par les solides commentaires de l’équipe réunie par Pascal Boniface : une bible et un outil de compréhension indispensable d’un monde de plus en plus complexe. Nulle prise de position arbitraire, nulle imprécation, mais des faits, soutenus par de constantes mises en perspective. Un document à conserver, et que nos abonnés fidèles découvriront bientôt.

Daniel Fortin - Challenges - 21 octobre 2004





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