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Après les divisions apparues lors de l'intervention en Irak et le cheminement laborieux du projet de Constitution, l'Europe s'interroge sur elle-même. Des questions d'identité examinées à la loupe hier par des universitaires, des politiques et des religieux sous le regard vigilant de plus de 500 étudiants.
«Je suis venue d'Ankara pour ce débat. Pour vous dire que, chez nous, les femmes turques ont eu le droit de vote dix ans avant les femmes françaises. Pour vous dire que notre Etat est le seul laïc avec la France. Et pour vous dire que nous demandons depuis 40 ans notre intégration à l'Europe. En vain.» En quelques phrases tirées de son expérience personnelle, Gülsun Bilgehan, députée turque, a plongé hier, la salle de Lille Grand-Palais aux cœurs des débats de ces sixièmes Journées européennes (1). Quelles sont les valeurs de l'Europe ? Partage-t-elle un modèle commun avec les Etats-Unis ? A-t-elle d'ailleurs vraiment un projet clair ? Au fond, qui sommes-nous, nous les citoyens européens ?
Mouloud Aounit, secrétaire général du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples, nous précipite encore un peu plus dans le désarroi.
« L'Europe qui se recroqueville »
« L'Europe, telle que je la vois, c'est une Europe qui se recroqueville, qui se mure. L'immigré n'est pas un sujet de droit, c'est un objet de rejet. Regardez comment sont traités les étrangers alors qu'ils viennent de pays-mourroirs ?», lance-t-il à la salle. Avant de poursuivre : «80% des demandes d'asile sont déboutées en France. Faut-il avoir un certificat de torture pour pouvoir être accueilli ?». Le miroir n'est pas très flatteur.
Dans la salle, un syndicaliste, ancien ouvrier, en rajoute. Il parle de misère, d'indifférence, de coupure entre ses citoyens et leurs dirigeants. D'une Europe illisible.
Les politiques, Michel Delebarre, Martine Aubry (PS) et Sébastien Huygue (UMP) répondent chacun à leur façon. Le député-maire de Dunkerque parle de l'importance des droits sociaux et la maire de Lille de la nécessité de replacer l'homme au cœur de la société.
« Plus un chantier qu'un héritage »
L'archevêque de Lille, Mgr Defois, enchaîne : «Le modèle européen doit être une réponse éthique à la déshumanisation de la vie internationale.» Mais il reconnaît que c'est davantage «un chantier à ouvrir qu'un héritage à exploiter.»
Les universitaires se lancent, eux, dans les explications sémantiques. Principes et valeurs, quelles différences ? L'universel, cela commence où ?…
Les débats peuvent alors sembler s'élever un peu trop mais les étudiants restent attentifs et n'hésitent pas à intervenir. Car, ils le savent, c'est leur avenir qui se construit là. Dans ce grand laboratoire à idées
(1) Les Journées européennes sont organisées par L'Institut de relations internationales et stratégiques avec le soutien de la Région, de la Ville et de l'Institut d'Etudes Politiques de Lille.
Erwan Guého - Nord Eclair - 13 février 2004
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