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Pascal Boniface a choisi de faire de la crise provoquée par la politique étrangère de George W. Bush et la guerre américaine en Irak une lecture très sévère mais aussi résolument positive quant à l'usage qui pourrait en être fait par la France et par l'Europe. Il développe la thèse - qui est aussi la mienne - selon laquelle l'unilatéralisme américain actuel correspond à une tendance lourde, profonde, durable. Tous ceux qui attendent leur salut et le retour à un mythique et idéal ordre multilatéral d'un échec de Bush en novembre 2004 devraient y réfléchir.
Pour Pascal Boniface, les événements récents ont renforcé les positions et la main de la France bien qu'elle soit dans la ligne de mire américaine, ou peut-être au contraire parce qu'elle y est, tant l'hyperpuissance est aujourd'hui "hyperimpopulaire" dans le monde entier. L'auteur, estimant que la diplomatie française a su admirablement jouer "contre l'Empire" de son soft power, et considérant comme déterminant aujourd'hui pour un pays d'avoir une bonne image, est optimiste.
Mais sa principale originalité est de considérer que la guerre d'Irak "aura permis d'avancer sur trois points". D'abord, estime-t-il, en clarifiant la question de la position stratégique de l'Europe et de son lien aux Etats-Unis. Ensuite, parce que la division entre Européens révélée par la guerre "est à tout prendre préférable au pur et simple alignement qui était en fait le seul choix", le changement de l'Allemagne étant à cet égard déterminant. Enfin, parce que si les gouvernements ont été divisés face à cette guerre, les opinions publiques ont été, quant à elles, à l'unisson. Ces affirmations sont intéressantes, même si chacune mérite discussion. Ainsi si la question de la relation Europe-Etats-Unis a été enfin posée, ce qui est effectivement salubre, elle est loin d'avoir été clarifiée, les Européens n'étant même pas encore d'accord entre eux sur l'idée d'une Europe-puissance.
En fait rien n'est joué. Il n'y aura ni Europe-puissance, ni monde multipolaire, ni communauté internationale si les Européens n'ont pas le courage d'affronter leurs divergences sur ces sujets pour les surmonter par une synthèse créatrice; si les Occidentaux et les musulmans n'osent pas aborder sans tabou leur antagonisme et leurs différends pour en comprendre les racines historiques, les traiter, dépasser le choc des incultures et conjurer ainsi tout clash de civilisation; et enfin, si un immense mouvement d'idées ne s'organise pas dans le monde pour imposer un jour à l'Empire un compromis autour d'un nouveau multilatéralisme repensé et efficace. La France est bien placée pour mettre à profit sa popularité et donner des impulsions décisives.
"La France contre l'Empire", par Pascal Boniface, Robert Laffont,158 p., 19 euros.
Hubert Védrine - Le Nouvel Observateur - 27 novembre 2003
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