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Dans « La France contre l’Empire », Pascal Boniface, directeur de Relations Internationales et stratégiques (IRIS), évoque des réponses possibles à l’unilatéralisme américain. Pour le géopolitologue, la France a un véritable enjeu à jouer dans cette partie.
Le 11 septembre 2001 fut une tragédie, mais pas la rupture historique souvent décrite. Tel est le point de départ de la thèse de Pascal Boniface. Le véritable basculement du monde est intervenu avec la disparition du régime soviétique. Toutefois, l’unilatéralisme n’est pas seulement une manifestation du rapport de forces, il est surtout la manifestation du désir d’exercer la puissance par ceux qui la détiennent. Les Américains, dominant le monde sur le plan économique, militaire, technologique et culturel, considèrent qu’ils doivent conduire la politique de leur puissance comme le firent avant eux, aux siècles passés, les grandes nations européennes.
Philosophiquement, l’unilatéralisme est le fruit d’une tradition messianique. Les dirigeants américains actuels pensent incarner des valeurs universelles et confondent volontiers l’intérêt particulier des Etats-Unis avec l’intérêt général. Ils agissent au nom d’un bien qu’ils définissent eux-mêmes , ce qui les conduit à s’affranchir des règles internationales et à pratiquer une morale très sélective. Pour s’en convaincre, l’auteur invite à la comparaison entre l’offensive contre l’Irak d’un Saddam affaibli, mais dont le pays recèle de ressources pétrolières gigantesques, et l’attentisme face à la Corée de Kim Jong Il, qui n’est pas une démocratie, représente une vraie menace militaire, mais ne dispose d’autre ressource que sa capacité de nuisance. Cette sélectivité ne s’encombre pas de justificatifs élaborés pour passer à l’acte. La seconde guerre du Golfe a été motivée par des éléments (les liens de Saddam Hussein avec Al Qaïda, la promotion du régime démocratique en remplacement de la dictature, la présence d’armes de destruction massive) dont il est toujours permis de douter.
La guerre achevée, chacun découvre les limites du raisonnement, avec les difficultés rencontrées par l’armée américaine, qui a découvert les dures réalités de l’occupation, sans avoir véritablement goûté les joies de la libération.
Dans ce contexte, la France a désormais un rôle particulier à jouer. L’Angleterre préfère s’aligner pour rester ce qu’elle est. L’Allemagne et la Russie ne peuvent rassembler autour d’elles pour d’évidentes raisons historiques. Reste la France, qui, par son indépendance politique, ses capacités militaires, sa situation en Europe et ses liens avec les pays du Sud, peut promouvoir un modèle d’une société fondée sur le multilatéralisme et le droit.
Analysant les ressorts contemporains de la puissance, Boniface oppose le « hard power » américain, instrument d’une domination par la force économique et militaire, au « soft power » de la France, c’est-à-dire sa capacité à « parvenir au même résultat par l’attraction et la persuasion ». Il en conclut logiquement que la France peut renforcer ses positions internationales à la condition de convaincre et d’entraîner l’Union européenne.
L’Europe a su dépasser l’histoire conflictuelle des Etats qui la composent. Le désir de destruction mutuelle a été conjuré. La culture qui prévaut en son sein la garantit contre toute attente hégémonique. Elle seule peut défendre l’autodétermination générale.
Les Etats-Unis devront tôt ou tard accepter un rééquilibrage avec l’Union européenne.
Notre pays a fait de l’Europe son avenir et renoncé à toute prétention à incarner seul des valeurs universelles. C’est le choix qui permet de faire partager au-delà du continent des valeurs universelles. C’est la seule réponse à l’unilatéralisme, à la condition, non de lui disputer sa puissance, mais de jouer pleinement de l’arme du droit et de la persuasion.
La France retrouve là une chance historique, si elle sait refuser l’isolement et l’arrogance. S’opposer à la guerre était accessoire. Entraîner l’Europe est indispensable. Faute d’y être parvenue, la diplomatie française se condamne à être spectatrice.
Par François Hollande - Hebdo des socialistes – samedi 18 octobre 2003
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