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ACCUEIL > PUBLICATIONS > La revue internationale et stratégique N°74 La Revue internationale et stratégique N°74 Eté 2009 LE DOSSIER : L’Allemagne, une nouvelle puissance ? sous la direction de Jacques-Pierre Gougeon AUTRE REGARD Le choc des cultures : un choc d’incultures / Yasmina Khadra ÉCLAIRAGES Survivances de l’anti-américanisme / Jean-Marie Colombani
La lutte contre le terrorisme s’opère entre autres par la collecte numérique de données personnelles et du traçage des itinéraires. Pour ce faire, elle recourt aux technologies d’information et de communication (TIC), à la biométrie, à la vidéosurveillance ou aux bases de données. Le revers de cette tendance est la création d’un espace politiquement incontrôlé et géré par une logique de prévision technologique. D’où l’apparition de problèmes juridiques et éthiques cruciaux avec l’intrusion croissante des technologies d’identification et de surveillance dans la vie privée des individus et l’utilisation des données personnelles à des fins d’anticipation des menaces. Dans ce contexte, les contours de la lutte contre le terrorisme sont flous et on peut craindre une évolution vers une surveillance généralisée des populations.
DOSSIER : L’ALLEMAGNE, UNE NOUVELLE PUISSANCE ? Éditorial / Jacques-Pierre Gougeon L’Allemagne puissance / Jacques-Pierre Gougeon
Grâce à la nouvelle génération de dirigeants au pouvoir, l’Allemagne entretient un rapport nouveau au passé, fondé sur la volonté de peser sans inhibition dans les affaires du monde et mettant un terme à la culture de la retenue. Cette revendication implique la réhabilitation du concept de « puissance ». Comme l’a souligné le Livre blanc sur la politique de sécurité et l’avenir de l’armée fédérale en 2006, l’Allemagne – au centre de l’Europe – possède une puissance d’influence mondiale. Son attitude tend en effet à rejeter le statu quo ; elle cherche notamment à obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU et a récemment mis en place une meilleure politique de sécurité, qui la pousse à prendre position dans le débat sur l’OTAN sans contredire son objectif de stabilisation à l’Est.
Les relations germano-américaines : une nouvelle perspective / Karsten D. Voigt
L’élection de Barack Obama laisse espérer un renouveau des relations entre l’Allemagne et les États-Unis, d’autant plus que la population allemande a manifesté un large soutien en faveur de ce candidat. Les relations transatlantiques resteront néanmoins marquées par des constantes. Les États-Unis n’excluront pas le recours unilatéral à la force militaire si leurs intérêts de sécurité étaient en jeu ; le lien transatlantique restera une relation entre deux partenaires inégaux. Par contre, face aux défis mondiaux (protection de l’environnement, désarmement et maîtrise des armements, rapprochement avec la Russie, développement du système financier international, stratégies de stabilisation des situations de conflit régionales...), les positions de l’Allemagne et des États-Unis devraient se rejoindre et la coopération s’imposer.
La politique russe de l’Allemagne : entre attentisme et pragmatisme / Stephan Martens
La Russie joue un rôle majeur dans la réflexion stratégique allemande en raison de son immensité, de ses capacités militaires et des incertitudes de sa politique. Au cours du temps, tous les responsables allemands ont fait preuve à son égard d’une sensibilité particulière, qui se concrétise dans la politique à l’Est (Ostpolitik) et se fonde sur les leçons d’une histoire mouvementée. De plus, l’Allemagne sert d’intermédiaire entre la Russie et le monde occidental depuis les années 1990 et les discussions sur l’élargissement de l’OTAN. Dès 2001, Gerhard Schröder a encouragé la mise en œuvre d’une politique européenne en direction de la Russie. Mais un vrai partenariat entre les deux pays peut difficilement se mettre en place, en raison des craintes des pays d’Europe centrale si l’Allemagne se rapproche trop de la Russie.
France-Allemagne : vers une nouvelle rivalité ? / Jacques-Pierre Gougeon
Le couple franco-allemand a été à l’origine conçu pour contrôler l’Allemagne, qui espérait reconquérir une virginité diplomatique. Aujourd’hui, cette légitimité historique ne suffit plus à impulser la relation franco-allemande, qui relève plus de faits sporadiques que de l’élaboration d’un projet européen commun. En témoigne l’absence de coordination au sujet d’un plan de relance européen. On date le décrochage entre ces pays aux crispations autour de la Constitution européenne (2005) et du sommet de Nice (2000). Si les attentes après l’ère Chirac étaient nombreuses, l’arrivée au pouvoir d’A. Merkel et N. Sarkozy a exacerbé la rivalité. L’Allemagne doute, en effet, de la capacité française à exercer un leadership, notamment suite au bras de fer autour de l’Union pour la Méditerranée qui s’est révélé humiliant pour la France.
L’Allemagne et l’Europe / Maxime Lefebvre
Après la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne s’est engagée dans une culture de retenue stratégique, d’utilisation civile de la puissance (le soft power) et d’attention prioritaire aux grands défis entraînés par la mondialisation. L’Europe était le projet central de la politique étrangère allemande, cautionnant et amplifiant ses orientations stratégiques. La construction européenne a ainsi offert aux Allemands une identité, voire une forme de nationalisme de substitution. Mais à mesure que le pays retrouvait sa puissance, il a de plus en plus vu l’Union européenne comme un instrument de la politique de défense de ses intérêts. Toutefois, l’Allemagne ne peut que rester un pays fondamentalement pro-européen, et a toujours besoin de partenaires, en particulier de la France, pour exercer un effet de levier.
L’Allemagne et l’Asie / Olivier Guillard
En 1993, le gouvernement fédéral allemand élaborait sa politique asiatique (Asien Politik) en vue d’y renforcer l’implantation de ses entreprises. Ainsi, étaient dégagés cinq domaines prioritaires intéressants pour le développement de l’Allemagne. Cependant la crispation des relations entre Berlin et Pékin, née de l’audience accordée au Dalaï Lama en 2007 par la chancelière Angela Merkel, marque une rupture par rapport au positionnement sinophile et business-centré de l’Allemagne et annonce une nouvelle orientation vers l’Inde, avec des liens politiques et d’affaires plus poussés. À côté de cette politique, d’autres leviers dans les secteurs de l’éducation et de la recherche, sans oublier les fondations politiques, sont habilement utilisés pour préserver et améliorer les intérêts allemands en Asie-Pacifique.
La politique de défense de l’Allemagne : le post-traumatique est encore loin / Jean-Pierre Maulny
Suite à la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne fut privée d’armée et sa reconstitution ne fut acceptée que pour parer à la menace soviétique. La crainte de dérives militaristes et d’actions non démocratiques entraîna la mise en place de nombreux gardes-fous. L’Allemagne ne peut aujourd’hui disposer d’armes nucléaires chimiques et bactériologiques, la taille de son armée est réduite et son cadre d’action est toujours multilatéral, hormis pour l’évacuation des ressortissants. Les missions de sécurité intérieure de l’armée sont également limitées et l’industrie allemande s’est pour partie reconstruite à travers des coopérations franco-allemandes. Le défi actuel de la définition de la politique de défense allemande consiste à retrouver sa souveraineté sans nourrir de rancœur face aux pays qui l’ont limitée dans cet exercice.
La nouvelle politique culturelle extérieure de l’Allemagne / Andreas Görgen
La politique culturelle extérieure de l’Allemagne a vu son budget augmenter depuis l’arrivée de Frank-Walter Steinmeier au ministère des Affaires étrangères. Ce volontarisme politique répond aux enjeux de la mondialisation. La « culture » placée désormais sous le signe de la coopération a entraîné des réformes à l’international des Instituts Goethe et des écoles à l’étranger. Cette promotion culturelle sert les intérêts du pays et l’attrait qu’il exerce sur l’immigration. Des espaces de coopération ont, en outre, été créés, qui facilitent l’exercice d’une responsabilité conjointe pour fonder un nouvel ordre mondial. Les règles de l’économie et de l’équité doivent, en effet, être redéfinies à l’échelle planétaire ; de quoi affirmer, dans cette compétition, ses propres conceptions de la démocratie et des droits de l’homme.
La relation franco-allemande, force d’impulsion en Europe / Bruno Le Maire Faire vivre la relation franco-allemande / Jean-Marc Ayrault Une économie malmenée mais insérée dans la mondialisation / Benoît Chervalier
L’économie allemande a traversé trois grandes étapes : le dynamisme post-réunification (1990-1994), le temps des désillusions et des contre-performances économiques (1995-2005) et le modèle de croissance retrouvé (2006-2007) grâce à de lourds sacrifices et à un modèle économique performant à l’export. Toutefois, la répartition de la richesse entre Est et Ouest reste très inégale et les fondamentaux de l’économie sociale de marché sont remis en cause. Face à ces bouleversements, l’Allemagne a renforcé sa performance dans la compétition mondiale, mais a été accusée de l’avoir fait au détriment de ses partenaires de l’Union européenne. Dans le contexte de crise actuelle, l’Allemagne dispose d’atouts indéniables mais les perspectives demeurent incertaines, notamment en l’absence d’une stratégie politique européenne claire.
Le nouveau paysage politique en Allemagne / Jérôme Vaillant
Les élections fédérales de septembre 2005 ont donné lieu en Allemagne à une grande coalition entre la CDU/CSU et le SPD, Angela Merkel devenant chancelière. À l’approche des élections fédérales de 2009, le renforcement de La Gauche (Die Linke) déstabilise le SPD, amené à affirmer son ancrage à gauche et à se prémunir contre La Gauche sans renier sa politique de réformes. Cette situation ne profite guère à la CDU d’A. Merkel, contestée dans son propre parti et par l’opinion publique en raison de ses hésitations face au programme de sauvegarde des banques puis au plan de relance. La progression des Verts corse, le combat pour la 3e place qui l’oppose au FDP et l’évolution de la crise pourrait avoir des conséquences sur les choix des électeurs. Ainsi, à l’issue du scrutin, les coalitions possibles seront vraisemblablement nombreuses.
Le modèle social allemand en sursis ? / Brigitte Lestrade
Le modèle social allemand repose sur un système d’assurance et de cotisations et non pas sur l’impôt et la redistribution. L’État y est pratiquement absent. Avec la réunification, il prend en charge la désindustrialisation massive de l’Est et le financement du chômage de masse qui en résulte, ce qui le déstabilise. D’autres facteurs mettent à mal le modèle social allemand : le déclin démographique, le problème du financement des systèmes sociaux, l’augmentation de la pauvreté et le rôle des partenaires sociaux dans un contexte de désaffections des syndicats. Les gouvernements successifs ne sont pas restés inertes devant ces menaces. Depuis une dizaine d’années, tant le gouvernement de coalition SPD-Verts sous Gerhard Schröder que la grande coalition CDU/CSU-SPD sous Angela Merkel ont initié une série de réformes.
L’Allemagne face à l’immigration et l’intégration / Ernst Hillebrand
L’Allemagne accueille aujourd’hui environ le tiers de la population d’origine étrangère vivant en Europe. Si la plupart de ces immigrés ont bien réussi à s’intégrer, comme en témoignent les fonctions importantes qu’ils occupent, certains sont davantage exposés au chômage et à la pauvreté et dépendent des prestations sociales de l’État. Cette immigration contrastée a soulevé un vaste débat sur l’intégration notamment des migrants en provenance des pays musulmans. Parmi ces derniers, beaucoup sont peu qualifiés, rencontrent des difficultés quant à la maîtrise de la langue allemande. La délinquance y est plus importante que dans le reste de la population. Cependant, ce qui se perd derrière tous ces débats, c’est la réussite exceptionnelle de l’Allemagne dans l’intégration de millions de personnes arrivées depuis un demi-siècle.
L’Allemagne face à son histoire / Hélène Miard-Delacroix
La gestion du passé reste un défi pour l’Allemagne qui a connu deux dictatures au XXe siècle. Le pays a réalisé des efforts considérables pour faire face à son histoire. Après un centrage exclusif sur la mémoire des crimes nazis, a été intégrée la célébration de la résistance au nazisme et le développement de la notion de responsabilité dans la perpétuation de cette mémoire. Cette évolution témoigne d’une maturation du travail de mémoire. L’acceptation de la diversité des passés à conserver a nettement dominé dans les dernières années. Néanmoins demeure la question des choix concernant le patrimoine qu’il convient de réhabiliter. La reconnaissance de ses responsabilités permet à l’Allemagne de recouvrer sa souveraineté et une meilleure image sur la scène internationale.
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