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La Revue internationale et stratégique N°76
Hiver 2009/2010

LE DOSSIER : Administration Obama, An I

sous la direction de Charlotte Lepri et Barah Mikaïl

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AUTRE REGARD

Métamorphoses contemporaines de l’idée de Dieu en politique / Jean-François Colosimo

DÉBAT

Pétrole : pénurie ou abondance ? / Yves Cochet et Francis Perrin

ÉCLAIRAGES

Religion et géopolitique : une relation perverse / Georges Corm

La religion a souvent été instrumentalisée par les États en quête de puissance. Par leur caractère exclusif des autres croyances, les monothéismes ont plus spécifiquement facilité la mise en place de théocraties. Néanmoins on constate une sécularisation des sociétés au XXe siècle. Celle-ci est pourtant éphémère, alors que cinq événements majeurs annoncent déjà au cours du siècle le retour d’une invocation des valeurs religieuses, des civilisations et des cultures dans la sphère publique. Les médias, favorisant l’étalage de l’espace privé dans l’espace public, sont en partie responsable de cette évolution. Pour sortir de cette instrumentalisation du religieux par le politique, il convient de lutter contre la prétention des États à être les gardiens des religions et de rétablir la crédibilité d’un droit international profane.

La fabrication de l’ennemi / Pierre Conesa

La fin de la Guerre froide a laissé les organismes de réflexion stratégique sans ennemi planétaire. Les think tanks américains (les strategists), en charge de mesurer les risques et les menaces, de formater l’effort de défense et de justifier l’emploi de la force, ont donc produit de l’ennemi sur des analyses dont le temps a révélé le caractère artificiel. La « menace Sud », la « guerre des civilisations » et enfin la « guerre globale contre le terrorisme et la prolifération » ont toutes été analysées et débattues par des Européens tétanisés par ces nouveaux paradigmes. La faillite des systèmes de réflexion stratégiques européens a laissé la place aux intellectuels médiatiques, aux humanitaires et aux diasporas, devenus très influents dans la détermination de l’adversaire. La machine à produire de l’ennemi est donc loin de s’être assagie.

Déconstruire le croissant chiite / Laurence Louër

L’expression de « croissant chiite » est récente. Elle a été prononcée pour la première fois par le roi Abdallah II de Jordanie, qui s’inquiétait de la formation d’un axe chiite avec pour centre l’Iran et s’étendant à travers l’ensemble du Moyen-Orient, jusqu’au Liban. La crainte n’est pas tant que le chiisme gagne de nouveaux adeptes mais qu’il soit instrumentalisé par l’État iranien pour établir son influence régionale, notamment en Irak. Pourtant, cette représentation répandue parmi les dirigeants arabes ne correspond pas à la réalité. L’Iran n’est pas parvenu à étendre durablement son contrôle sur l’autorité religieuse chiite et ne détient plus le monopole idéologique sur les militants politiques du chiisme. Le chiisme n’est donc pas un bloc homogène et l’on constate même le développement d’islamismes chiites nationalistes.

La République islamique, une victoire à la Pyrrhus ? / Thierry Coville

Les fraudes électorales massives lors de l’élection présidentielle iranienne de juin 2009 ont entraîné des manifestations de grande ampleur. Une rupture profonde s’est produite entre le régime et la société iranienne qui conteste la réélection de Mahmoud Ahmadinejad. Si le mouvement d’opposition ne semble pas suffisamment organisé pour menacer le pouvoir à court terme, de véritables divergences se creusent à l’intérieur du régime lui-même. Cette situation compliquée et fragile a aussi un impact sur la politique étrangère de l’Iran et en particulier sur le dossier nucléaire. Pour conserver le pouvoir, la frange la plus dure du régime s’est isolé des modérés, et s’est coupé de la population en lui opposant une constante répression. Cette victoire à la Pyrrhus a fait ployer le régime sans le faire rompre pour le moment.

Rendre à la technologie son importance dans le domaine militaire / Robert Ranquet
10 ans après Seattle : de la contestation hard à la contestation soft / Eddy Fougier

DOSSIER : ADMINISTRATION OBAMA, AN I

Éditorial / Charlotte Lepri et Barah Mikaïl

Il y a un an, le président Barack Obama entrait officiellement en fonction. L’événement a eu, par la nature des choses, un retentissement international. « Premier président noir de l’histoire des États-Unis », « premier chef d’État américain à ascendance musulmane », « le visage changeant de l’Amérique »… rares seront ceux qui, formules-choc à l’appui, sauront contenir leur optimisme à l’idée de voir une personne aussi pragmatique, moderne, dotée d’une capacité de discernement, d’un bon sens et de visions claires pour l’avenir, apporter un bol d’air bienvenu. Huit années de présidence Bush avaient en effet fini par susciter bien des interrogations quant à la manière par laquelle la première puissance du monde envisageait les évolutions internationales. Du haut de sa puissance, l’Empire semblait en effet être tombé dans le piège de son propre enivrement. Cas dans lequel, croyait-on pouvoir se dire, la chute n’en serait que plus brutale et traumatique.

Le vent Obama relativisera donc de telles appréhensions, et semblera porter un coup d’arrêt – au moins temporaire – à ces risques annoncés. Non seulement l’Amérique avait besoin de changements ; mais de plus, Obama avait signifié l’impératif de telles réévaluations, et la marche qu’il convenait de suivre pour y parvenir. Il va de soi que la conjoncture générale ne pouvait, pour sa part, qu’asseoir cette même nécessité. De la crise financière à l’embourbement en Afghanistan, en passant par les réflexions quant aux questions migratoires nationales, les particularités d’un système national de santé obsolète, les tentatives d’émancipation de certains États de la planète face à l’omniprésence de l’« hyperpuissance », les conditions d’approvisionnement énergétique à l’international, ou encore les bouleversements climatiques et leurs répercussions sur la sécurité nationale américaine… les enjeux et défis ne manquaient pas, qui alourdissaient le fardeau reposant sur les épaules du président américain.

Bien évidemment, l’ampleur de ces défis avait de fortes chances de favoriser l’accès à la présidence américaine d’un homme sinon frénétique, du moins actif et soucieux de réussir. C’est ce qui expliquera le nombre de décisions et engagements que Obama se montrera soucieux de faire aboutir, que ce soit en termes de résorption des effets de la crise financière dans son pays, de redéfinition de la stratégie engagée en Afghanistan, de réévaluation des répercussions du mode de consommation américain sur l’état environnemental de la planète, ou encore de recherche de nouvelles bases aux relations avec la Russie, la Chine voire la Corée du Nord et l’Iran. Le tout, sans oublier la présence toujours aussi déterminante du conflit israélo-palestinien, et la recherche par le président américain de moyens pour peser sur cette épine sanglante de manière active et efficace.

Un an après son entrée en fonction, n’est-il pas prématuré de faire le bilan de son action ? On pourrait le penser, tant le temps reste encore trop court pour pouvoir juger les avancées du président américain. De plus, certains éléments tendent à souligner la continuité entre le deuxième mandat de l’Administration Bush et la première année de l’Administration Obama. Mais, on peut tout aussi bien noter que l’ampleur des annonces et des débuts de repositionnement décidés jusqu’ici par le chef d’État américain ont tellement tranché avec la situation qui prévalait sous son prédécesseur, qu’il convenait d’en souligner les principales articulations, et d’en déduire, autant que faire se peut, les perspectives futures.

C’est fort de cet esprit que le présent dossier aspire à faire un tour d’horizon de ce renouveau des paramètres politiques américains. Un travail qui, en favorisant un décryptage de la « méthode du président Obama », de son style de gouvernement, de sa façon de gérer les dossiers, au travers d’un certain nombre de problématiques qui couvrent à la fois des enjeux domestiques et internationaux, a pour ambition de donner des clés de lecture de la politique américaine. Jamais en effet l’Amérique n’avait semblé se retrouver à un tel tournant dans le courant de son histoire ; les mutations du système international, combinées à la taille des défis s’imposant à elle, paraissent pourtant participer d’une modification durable de la configuration dans laquelle on pourrait se retrouver dans les cinq à dix prochaines années. D’ici là, les États-Unis auront-ils renoué avec leur superbe, ou au contraire leur déclin se sera-t-il confirmé ? Il est assurément trop tôt pour le dire, hasardeux de le deviner, et probablement bien prétentieux de se dire capable de procéder à une telle prospective. Cela étant, une bonne compréhension des logiques prévalant aujourd’hui aux États-Unis donne assurément des indications sur la manière dont le monde pourrait évoluer dans les prochaines années. Que les plumes expertes ici réunies soient ainsi remerciées pour le travail de décryptage distancié qu’elles ont bien voulu, loin de toute passion, nous fournir en faveur d’une meilleure compréhension des tenants et des aboutissants de ce « système Obama » en gestation.


Obama, un Noir qui rend daltonien ! / Entretien avec Jean-Luc Hees
Vers un nouveau mode de gouvernance politique ? / Vincent Michelot
Obama, un chef de parti / Daniel DiSalvo
Entre discours et réalité : les relations entre Obama et les lobbies / Matt Grossmann
Les choix de la nouvelle Administration face à la crise / Nicholas Dungan
L’industrie automobile américaine en sursis ? / Catherine Sauviat

La crise économique a conduit l’industrie automobile américaine, déjà en crise depuis plusieurs décennies, au bord de la faillite. Un programme massif de prêts aux constructeurs et aux équipementiers, ainsi que des dispositifs visant à encourager l’achat de véhicules moins polluants et la mise au point de modèles innovants, ont été lancés par l’administration Obama afin d’aider les fabricants à sortir du gouffre. Malheureusement, ces mesures risquent d’être insuffisantes face à un secteur faiblement innovant, dont les coûts de production restent élevés et qui s’est montré jusqu’à présent incapable de répondre à la concurrence étrangère. Dès son arrivée au pouvoir, Barack Obama, en plus de tous les autres défis (réforme de la santé et du système financier), se retrouve face à celui, difficile, de redresser l’industrie automobile.

Le système de santé : une réforme en quête d’auteurs ? / Sylvie Cohu et Diane Lequet-Slama
Obama, le premier président « vert » des États-Unis / Erin Millender
Pouvoir et religion : vers une nouvelle ère laïque ? / Camille Froidevaux-Metterie

Depuis l’Europe, les États-Unis sont souvent perçus comme un pays qui aurait échappé au processus de sécularisation par lequel la sphère publique s’est définitivement affranchie de son lien avec le religieux. Cette interprétation est pourtant erronée. Il s’agit bel et bien d’une République laïque qui possède la particularité d’être soutenue par une « religion civile » capable de réaliser l’unité de la nation. L’histoire des États-Unis se caractérise en fait par la coexistence de deux tendances, l’une religieuse et l’autre laïque, qui se sont imposées selon une logique de dominance alternée. Après le relatif succès de l’entreprise d’imprégnation religieuse de l’ordre civil par les deux administrations Bush, il semblerait que nous entrions, avec l’élection de Barack Obama, dans une phase de réactivation de la laïcité américaine.

Des défis migratoires à la question « hispanique » / Olivier Richomme
La refonte de la stratégie de défense américaine / Leo Michel
La politique nucléaire d’Obama : le choix de la prudence / Jill Marie Lewis
Lutte contre le terrorisme : comment gérer l’héritage Bush ? / Charlotte Lepri
Un renouveau des relations avec le monde musulman ? / Sami Aoun
L’« Afpak » : vers une stratégie de l’échec annoncé ? / Barah Mikaïl
Les relations transatlantiques à la croisée des chemins / Jeff Lightfoot
La Chine, un « partenaire global » ? / Arnaud de La Grange
États-Unis – Russie : un partenariat est-il possible ? / Arnaud Dubien
La « chasse gardée » latino-américaine : un concept désuet ? / Matthew Dearborn

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