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La Revue internationale et stratégique N°70

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La Revue internationale et stratégique N°70
Eté 2008
LE DOSSIER : L'Iran, plaque sensible des relations internationales
sous la direction de Didier Billion

ÉCLAIRAGES

Nicolas Sarkozy et la politique étrangère de la France : entre changement et continuité / Hervé de Charette

La politique étrangère de la France n'a pas dérogé à la volonté de rupture de Nicolas Sarkozy. Le président a instauré un style plus direct et dynamique, qu'il convient de ne pas sous-estimer, dans la mesure où les relations personnelles entre chefs d'État sont déterminantes en politique étrangère. Sur le fond, il faudra sans doute attendre plusieurs années pour pouvoir poser un regard ajusté sur la politique étrangère de N. Sarkozy et en évaluer la part de rupture et de continuité. De plus, le poids de nos intérêts stratégiques et de nos engagements ne permet guère un changement radical, mais plutôt des ajustements. Néanmoins, un premier bilan d'étape peut être dressé sur quatre grands sujets où le chef de l'État a multiplié les initiatives : l'Europe, la Méditerranée, la relation transatlantique et les rapports avec l'Afrique.

L'Union pour la Méditerranée, une opportunité pour renforcer la coopération entre les rives de la Méditerranée / Entretien avec Alain Le Roy
Quelles perspectives environnementales pour l'après Grenelle et l'après Bali ? / Nicolas Hulot

L'année 2007 a été marquée par une prise de conscience collective de la crise environnementale. On peut regretter qu'elle soit si tardive, mais force est de constater qu'il aura fallu ce temps pour que l'impératif écologique s'impose comme une question prioritaire. Aussi bien le Grenelle de l'environnement que la Conférence de Bali ont permis le début d'un vrai dialogue entres les différents acteurs, qui partagent, en définitive, le même constat de la nécessité d'une mutation économique, sociale et culturelle profondes de nos sociétés. Les changements à opérer sont d'une ampleur sans précédent et les politiques ne seront pas toujours faciles à accepter. Dans ce contexte, un débat et une explication pédagogique, non plus seulement sur les raisons de la situation, mais sur les solutions deviennent une condition de succès.

Les causes de la crise libanaise : l'Europe contribue-t-elle à la solution ? / Georges Corm

La crise libanaise a des causes multiples internes et externes intimement liées. La résolution 1559 du Conseil de sécurité en 2004, puis l'assassinat du Premier ministre Rafic Hariri, en février 2005, aboutissent à l'éviction de la présence militaire et politique de la Syrie au Liban, placé par les États-Unis sous condominium syro-saoudien en 1990. En dépit de l'importance des données internes de la crise, les médias et les chancelleries divisent arbitrairement le paysage politique local entre pro-syriens et anti-syriens. Ceci aboutit à ne plus faire de la crise que l'expression d'un affrontement régional entrer un axe syro-iranien et un axe israélo-américain soutenu par les Européens. Les Occidentaux deviennent ainsi partie prenante des désaccords internes au pays, et, loin de faciliter une sortie de crise, contribuent à la solidifier.

Faiseurs de guerre, faiseurs de paix : de l'usage politique des identités culturelles / Gregory Kehailia

La théorie du « choc des civilisations », qui repose sur une vision essentialiste et déterministe de l'histoire, explique les conflits par leur dimension culturelle. Or, en Méditerranée comme ailleurs, les facteurs de guerre sont multiples et se combinent de façon complexe. Limiter l'analyse du déclenchement des conflits armés à des données culturelles ou religieuses, ou leur accorder une importance excessive, est erroné. En revanche, les dirigeants et les peuples des pays belligérants ont tendance à « culturaliser » les conflits. La question identitaire peut toutefois également servir d'argument aux décideurs politiques pour justifier le rapprochement et devenir alors un outil de paix. La démarche n'en est pas moins idéologique, et repose tout autant que les rejets identitaires sur une construction de l'altérité.

Pakistan : le poids des maux / Olivier Guillard

Les maux dont souffre le Pakistan sont non seulement liés à la sécurité de l'État et à la situation économique, mais également au système politique en place. L'ombre de la dictature reste encore aujourd'hui présente et pressante, ce qui dégrade en conséquence l'image du Pakistan sur la scène internationale. Les dialogues et les coopérations avec les voisins sont depuis longtemps rompus. Les pistes de sortie de crise ne sont pas nombreuses : l'idéal de justice et la mise en place d'un État de droit restent essentiels. La priorité serait en effet d'engager une authentique adhésion populaire au changement, afin d'amorcer une véritable évolution en profondeur de l'ensemble des secteurs du pays, ainsi qu'un retour aux discussions et à la collaboration avec les États de la région.


DOSSIER : L'IRAN, PLAQUE SENSIBLE DES RELATIONS INTERNATIONALES

ÉDITORIAL / Didier Billion

LES DYNAMIQUES INTÉRIEURES EN IRAN
La « prise du pouvoir » par les Gardiens de la révolution : retour au passé ou perspective d'ouverture ? / Bernard Hourcade

Après trois décennies de stabilité politique sous le contrôle du clergé, on constate une possibilité de changement politique profond avec l'arrivée au pouvoir des générations qui avaient vingt ans lors de la révolution islamique de 1979. De façon paradoxale, la prise du pouvoir par ces anciens combattants islamistes pourrait permettre de sortir de l'impasse actuelle. Toute la question est de savoir qui sont ces nouveaux dirigeants, quelle est leur politique, à quel groupe ils appartiennent. Leur diversité est en réalité aussi grande que celle de la société iranienne, allant du libéralisme pro-occidental au radicalisme islamique. Par ailleurs, sauront-ils se faire élire par les milieux populaires qui soutiennent M. Ahmadinejad, et convaincre qu'ils offrent une issue acceptable pour sortir de l'impasse ?

L'Iran entre sanctions, destructions et négociations / Azadeh Kian-Thiébaut

Les dirigeants iraniens, réformateurs et conservateurs inclus, sont unanimes face à l'enjeu de la technologie nucléaire, dont l'obtention apparaît comme prioritaire pour le régime islamique. Dans ce contexte, la volonté des États-Unis d'envisager toutes les options, y compris militaires, tout en insistant sur la diplomatie à condition que l'Iran suspende ses activités d'enrichissement et de retraitement de l'uranium, ne favorise pas une sortie de cette crise. Pourtant, la proposition de négociations entre les États-Unis et l'Iran sans condition préalable permettrait aux dirigeants iraniens de ne pas se dédire face aux opinions publiques iranienne, arabe et musulmane auxquelles ils ont déclaré ne pas céder à la pression occidentale, tout en cherchant une issue à la non-prolifération nucléaire et à l'instabilité au Moyen-Orient.

L'économie iranienne sous Ahmadinejad : des promesses à la réalité... / Thierry Coville

La situation économique actuelle de l'Iran lui est plutôt favorable, notamment grâce à la hausse constante du prix du baril de pétrole depuis 2002. Les recettes pétrolières représente près de 70 % des revenus de l'État. De plus, l'Irak est devenu le second marché de l'Iran pour les exportations non pétrolières et le premier partenaire économique. Pour autant, l'accélération de l'inflation s'est faite sentir. Le gouvernement iranien veille à favoriser les importations. Les sanctions et les menaces internationales surtout à l'encontre de la politique étrangère et la prolifération nucléaire de la République islamique pèsent donc de manière marginale sur l'économie. En effet, les quelques difficultés, l'inflation et l'affaiblissement de l'appareil national de production, sont dues aux erreurs gouvernementales.

L'Iran après les élections législatives de 2008 : Une victoire en trompe-l'œil ? / Michel Makinsky

Malgré un régime aujourd'hui largement dominé par les forces conservatrices, l'Iran n'en est pas moins travaillé par un profond courant de contestation traversant toutes les couches de la société qui trouve son terreau dans la situation économique, politique et sociale du pays. Prenant pour point de départ les résultats des élections législatives du 14 mars 2008, le présent article retrace et analyse de manière rétrospective les réussites et les échecs des divers pans de la politique poursuivie par Mahmoud Ahmadinejad. L'auteur conclut par une mise en perspective des résultats des dernières élections législatives dans le cadre d'une analyse des forces en présence et des rapports de force au vu du caractère crucial que recouvrent les élections présidentielles de 2009.

La République islamique d'Iran à la recherche d'une nouvelle source de pouvoir / Ahmad Naghibzadeh

Historiquement, le pouvoir iranien a était légitimé par le clergé chiite. Mais depuis la révolution constitutionnelle de 1905, la société est divisée entre traditionalistes et modernistes. Si le régime des Shahs a réduit la place du clergé, la révolution islamique de 1979 marqua un retour à la religion comme source de légitimité du pouvoir. Or, face à l'essoufflement de l'idéologie révolutionnaire et à sa confrontation à la pratique du pouvoir, le régime cherche de nouvelles formes de légitimité. Dans ce contexte, les menaces extérieures représentent un élément fédérateur de la population autour de l'État. La politique de sanctions internationales dont il fait l'objet lui rend donc paradoxalement service, tandis que la normalisation de ses relations avec la communauté internationale le fragiliserait.


LE DOSSIER NUCLÉAIRE
Le nucléaire iranien en perspective / Yann Richard

Le nucléaire civil ne constitue pour l'Iran qu'un alibi à l'accès au nucléaire militaire, qui a probablement été le premier but poursuivi, avant comme après la révolution de 1979. Le discours provocateur des dirigeants iraniens à l'égard d'Israël constitue donc une justification pour enrichir l'uranium à des fins militaires. Mais cela n'est sans doute pas la seule raison qui pousse l'Iran à proliférer. Ne serait-il donc pas efficace d'entamer des négociations franches avec l'Iran et d'engager une véritable politique de dénucléarisation dans la région ? Par ailleurs, on peut craindre une incidence néfaste des politiques d'ingérence internationales. En effet, les libertés démocratiques ont peu de chance de se développer en Iran, si les grandes décisions le concernant sont prises sans considération de la volonté nationale ?

Après l'Iran : vers une prolifération nucléaire au Moyen-Orient ? / Barthélémy Courmont

L'éventuelle obtention de la bombe atomique par l'Iran fait craindre une prolifération nucléaire au Moyen-Orient. En effet, de nombreux pays de la région pourraient être tentés de suivre l'exemple iranien, afin de maintenir leur puissance régionale. Cette prolifération pourrait engendrer des conséquences géopolitiques non négligeables dans une zone où les rapports de forces sont tendus. Dans ce contexte, différents scenarii de crises pourraient se dessiner : soutien aux actes terroristes, attaques contres les bases américaines dans la zone, menaces sur l'État d'Israël. Une prolifération nucléaire accélérée au Moyen-Orient remettrait également en cause les efforts entrepris par les acteurs régionaux depuis quatre décennies en vue de former une zone exempte d'armes nucléaires (ZEAN).


QUELLES PERSPECTIVES DE SORTIE DE CRISE ?
Deux rendez-vous à préparer / Axel Poniatowski

Pourtant signataire du Traité de non-prolifération, l'Iran a gardé secrète sa politique d'enrichissement en uranium depuis les années 1980. L'ambiguïté demeure sur les objectifs poursuivis par la République islamique. L'Iran s'arme-t-il en vue d'un éventuel conflit ou bien développe-t-il simplement des infrastructures pour le nucléaire civil ? L'AIEA s'est saisi du dossier, et le Conseil de sécurité de l'ONU a pris des résolutions pour limiter et contrôler le processus d'enrichissement de l'uranium en Iran. Il faut désormais se tourner vers un règlement politique du dossier. Et c'est en ce sens que les prochaines élections américaines et iraniennes sont attendues par la communauté internationale avec grand intérêt : l'arrivée au pouvoir de nouvelles personnalités politiques pourraient relancer le dialogue sur le désarment nucléaire.

Quelle diplomatie européenne pour un Iran aux ambitions nucléaires ? / Pierre Moscovici

La conduite de la diplomatie européenne concernant le dossier iranien soulève de nombreux enjeux géopolitiques. Quelles sont les pistes stratégiques qui s'offrent à l'Union européenne ? Sa crédibilité se retrouve en jeu et elle doit désormais démontrer que la démarche alternative qu'elle propose est plus efficace que la politique américaine, qui veut faire passer le contentieux nucléaire iranien comme un élément de lutte contre le régime des Mollahs. Pour autant, la multiplicité des structures décisionnelles de l'UE en matière de politique étrangère disperse son action, et la mise en œuvre de ses politiques qu'elle articule entre efforts diplomatiques et menaces de sanctions. Là où les États-Unis ont choisi l'endiguement, l'UE choisit l'engagement et voit le retour au dialogue et à la stabilisation possibles.

Iran : le dialogue indispensable / Aymeri de Montesquiou

L'Iran se trouve au centre des conflits du Moyen-Orient, et des intérêts géostratégiques internationaux. Le pays, dont la civilisation est très ancienne, bénéficie d'un certain rayonnement, d'autant plus que, depuis la Révolution islamique, il s'est engagé dans le prosélytisme chiite. L'Iran possède de grandes richesses énergétiques et contrôle le détroit d'Ormuz, à travers lequel transitent environ 30 % des flux pétroliers. Dans ce contexte, la question nucléaire correspond à sa volonté d'affirmer son indépendance nationale et son leadership régional. Or, la confrontation du président M. Ahmadinejad avec l'Occident, qui vise surtout à faire appel au nationalisme des iraniens, contribue à isoler le pays. La résolution de la crise passera avant tout par le dialogue, surtout concernant la question de la prolifération nucléaire.

L'Europe à l'épreuve de la crise iranienne / Daniel Cirera

La crise du nucléaire iranien cristallise des enjeux majeurs tels que la stabilité de la région, les risques d'un nouvel affrontement militaire, les menaces de prolifération, la question énergétique. Dans ce contexte, la capacité des Européens à élaborer une politique européenne est mise à l'épreuve. Depuis 2003, les Européens ont cherché à éviter la confrontation militaire. Leurs positions changeantes gardent une cohérence, mais aucune politique propre à l'Europe est définie. Pour ce faire, l'Europe doit se démarquer de la stratégie des États-Unis. L'autonomisation de l'Europe n'est pas un choix idéologique, mais s'inscrit dans la logique même du processus d'union. Quelles que soient les convictions atlantistes des dirigeants européens dans la crise iranienne, cette capacité d'autonomie est la condition pour jouer un rôle.

Sortir pacifiquement de la crise iranienne / François Géré

En février 2006, l'AIEA transmettait le dossier iranien au Conseil de sécurité de l'ONU. Pour autant, l'Iran refusait de stopper son programme nucléaire. La communauté internationale s'est donc saisie du dossier pour mettre en place une réflexion sur la stratégie à mettre en œuvre pour sortir de la crise, en évitant « la bombe ou le bombardement ». La France s'est rapproché de la position de l'Administration Bush, prônant la diplomatie assortie de sanctions. La situation reste extrêmement tendue. En effet, depuis février 2007 des tensions militaires apparaissent entre les forces aéronavales américaines et l'armée iranienne en charge de la défense des littoraux. Leur apaisement ne peut venir que du dialogue. Or il ne s'amorce pas, alors que la diplomatie iranienne ne fait que durcir ses positions depuis deux ans.

Face aux velléités nucléaires iraniennes, faire respecter le droit international / Entretien avec Bruno Tertrais
Contre la bombe et pour les droits de l'Homme / Michel Taubmann

La volonté du pouvoir islamique de se doter de l'arme atomique est évidente. La principale incertitude concerne l'état d'avancée du projet. Au niveau de la politique intérieure actuelle, les rivaux de M Ahmadinejad, ne sont plus le réformateur M. Khatami ou le pragmatique H. Rafsandjani, mais l'actuel maire de Téhéran Mohammad Qalibaf, et l'ancien négociateur en chef du dossier nucléaire Ali Larijani, tous deux issus, comme M. Ahmadinejad, de l'appareil sécuritaire et répressif du régime islamique. Couplé à des sanctions ciblées et nécessaires, le soutien international aux voix laïques et démocratiques iraniennes offre le moyen le plus légitime et le plus rationnel pour affaiblir les durs du régime, et soutenir les pragmatiques et les réformateurs, actuellement étouffés par les institutions théocratiques.

Iran nucléaire : je me souviens de 2003 / François Nicoullaud

ISRAËL ET L'IRAN
Les programmes nucléaires iranien et israélien : obsession ou véritable préoccupation ? / David Menashri

L'alliance entre une idéologie radicale adoptée par les autorités iraniennes et des armes de destruction massive est la cause principale des préoccupations israéliennes. L'attitude de l'Iran à l'égard d'Israël semble être enracinée dans un sentiment religieux, dans une identification au problème palestinien, et dans l'opposition à Israël et à ses politiques. Pour la République islamique, le judaïsme est une religion, et non une nationalité. Par conséquent les Juifs n'ont pas le droit d'avoir un État, en tous cas pas au Moyen-Orient. De plus l'Iran soutient des mouvements islamistes tels que le Hamas et le Hezbollah. Dans ce contexte, Israël entend faire du programme nucléaire iranien un problème mondial, alors même que la communauté internationale ne fait pas tout ce qui est en son pouvoir pour régler la question.

La campagne contre l'Iran : le lobby sioniste et l'opinion juive / Yakov M. Rabkin

Deux allégations formulées à l'endroit du président iranien Mahmoud Ahmadinejad intensifient les pressions que les États-Unis et Israël font peser sur l'Iran : il est accusé de nier la Shoah et de menacer de génocide la population israélienne. Souvent, on présente l'Iran comme une nouvelle Allemagne nazie et le président Ahmadinejad comme un nouvel Hitler. Cet article retrace les origines de ces accusations en mettant en lumière le rôle que joue, dans la formation du discours occidental sur l'Iran, l'amalgame que d'aucuns pratiquent entre les juifs, d'une part, et l'État d'Israël, d'autre part. L'article met en garde contre les réactions épidermiques et fait ressortir la nécessité d'agir rationnellement, particulièrement lorsque les Occidentaux ont affaire à des dirigeants qu'ils jugent irrationnels.


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