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ACCUEIL > PUBLICATIONS > La revue internationale et stratégique N°67 La Revue internationale et stratégique N°67 Automne 2007 LE DOSSIER : La morale, nouveau facteur de puissance internationale sous la direction de Pascal Boniface ÉCLAIRAGES Pour une nouvelle approche de l'Union européenne au Kosovo / Jacques Roger-Machart
Dans le contexte actuel, où la communauté internationale débat sur l'éventuelle indépendance du Kosovo, Jacques Roger-Machart appelle de ses vœux un important engagement de l'Union européenne (UE) en faveur de l'avenir de cette région. Les actions européennes passées, basées sur la vocation d'adhésion des États de la zone balkanique à l'UE ou encore sur le rôle de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), ont plutôt été mises à l'écart face au discrédit de l'Europe, dû à son manque de lisibilité institutionnelle et à son refus d'assumer sa part de responsabilité dans l'instabilité kosovarde. En concertation avec les États-Unis, l'Europe doit réaffirmer son rôle, sans oublier les caractéristiques propres du Kosovo et les points forts qu'il a en réserve, notamment d'un point de vue humain et politique
Choisi pour succéder à Jean-Paul II au printemps 2005, Joseph Ratzinger a parfois été présenté comme un simple pape de transition, après le pontificat très marquant de Karol Wojtyla. Certes, la lecture géopolitique des deux premières années de Benoît XVI à la tête de l'Église catholique démontre que la voie suivie par le nouveau souverain pontife emprunte certains axes déjà tracés par Jean-Paul II. En cela, Benoît XVI est bien le continuateur de son prédécesseur. Mais au-delà, le pape allemand marque également de son empreinte personnelle la géopolitique vaticane. Car si Joseph Ratzinger continue à œuvrer à l'échelle de l'Église universelle, il semble d'abord chercher à cibler en priorité sa mission apostolique et théologique sur un continent bien précis : l'Europe.
Face au phénomène complexe des migrations internationales, l'Union européenne a défini une approche qu'elle qualifie de globale, visant à établir des partenariats avec les pays de départ et de transit des migrants en prenant en compte leur développement. Aux réticences exprimées par différentes organisations de défense des droits de l'homme à la mise en œuvre de cette nouvelle approche, considérant notamment la pression exercée sur les pays en développement et la lutte contre l'immigration illégale, s'ajoutent les difficultés des États membres à s'entendre sur une stratégie commune en matière d'immigration légale. Il résulte de ce déséquilibre dans la mise en œuvre de l'approche globale un message ambigu de l'Europe sur les migrations, qui est largement perçu comme négatif par les tiers.
Le salafisme au Maghreb : menace pour la sécurité ou facteur de stabilité politique ? / Samir Amghar
Au Maghreb, où se multiplient les attentats islamistes, on s'inquiète de la popularité croissante du salafisme, divisé en trois courants. La mouvance révolutionnaire prône l'action radicale comme seul moyen de changement social ; la tendance missionnaire, apolitique, appelle à un retour à l'islam des origines ; le courant politique prône l'activisme en vue de convaincre les musulmans de la nécessité d'établir une société islamique. Ces trois courants, bien que distincts, s'opposent tous à l'Occident, accusé d'entraîner la décadence de l'islam. Le succès du salafisme s'explique en partie par l'échec des mouvements de réislamisation comme les Frères musulmans, auxquels les salafistes reprochent les concessions concernant la référence coranique, l'ouverture politique et l'instrumentalisation de l'islam dans une logique partisane.
Le recours au marché dans les politiques de lutte contre le changement climatique / Alexandre Borde et Haitham Joumni
On assiste depuis près de dix ans à une véritable convergence entre la nécessité de diversifier les sources d'énergie, en augmentant la part des énergies renouvelables, et l'urgence d'agir pour lutter contre le changement climatique. D'un côté, les tensions sur le marché de l'énergie sont de plus en plus palpables, favorisant l'essor des énergies renouvelables. De l'autre, les émissions de gaz à effet de serre dues notamment à l'utilisation croissante des ressources fossiles pèsent de plus en plus sur le climat. Face à ces défis, plusieurs mécanismes ont été mis en place, dont le mécanisme de développement propre (MDP), qui s'inscrit dans le marché encore naissant du carbone. Alors que les négociations internationales s'engagent sur le devenir du protocole de Kyoto, le MDP apparaît déjà prometteur.
DOSSIER : LA MORALE, NOUVEAU FACTEUR DE PUISSANCE INTERNATIONALE ? Éditorial : Réalités et faux-semblants de la pression morale des opinions publiques / Pascal Boniface
Partant du postulat que certains crimes touchent à l'essence même de l'humanité, les juridictions pénales internationales contribuent à la moralisation des relations internationales. Leur intervention en dernier recours incite les tribunaux nationaux à exercer leur compétence. Critiquées pour leur coût et leur lenteur, les juridictions internationales sont en outre freinées par le principe de respect de la souveraineté nationale. De plus, alors que les États sont tenus de coopérer avec les tribunaux onusiens, ils restent partagés entre la volonté de prouver à leur opinion publique qu'ils agissent, et la nécessité de ne pas s'engager trop loin politiquement. Juger les auteurs de ces crimes majeurs est, par ailleurs, d'autant plus difficile qu'ils restent souvent des interlocuteurs internationaux dans la résolution des conflits.
Morale de façade, cynisme de facto / William Bourdon L'éthique : le nouveau mot d'ordre de la politique étrangère française ? / Frédéric Charillon
L'arrivée de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République française en mai 2007 introduit une nouvelle gouvernance diplomatique et pose ainsi la question de la finalité de la politique étrangère : doit-elle être guidée par les préoccupations éthiques ou seulement conserver les intérêts de la France ? L'introduction de l'éthique dans la politique étrangère, autrement dit de considérations normatives au-delà des seuls intérêts dans les arbitrages du processus décisionnel, se trouve confrontée à des obstacles de doctrine, ou de terrain. L'amorce d'une politique étrangère éthique, si elle se prépare avec minutie, clarté et détermination, doit néanmoins, pour parvenir à une solution réalisable et pertinente, accepter l'impératif politique et la mise en avant transparente de ses valeurs.
Paradigme mis en avant par Ludwig von Tochau au XIXe siècle, la Realpolitik, notamment incarnée par Bismarck et, plus tard, par Henry Kissinger, repose sur l'idée de manipulation de la chose politique pour effrayer d'autres puissances et étendre les zones d'influence. Comme l'illustre le traitement des problématiques internationales actuelles (fonctionnement de l'ONU, diplomaties nationales, politiques environnementales, lutte contre le terrorisme...), la Realpolitik semble prendre le pas sur les idéologies, les États cherchant avant tout à défendre leurs intérêts nationaux et militaro-stratégiques. La diplomatie est aujourd'hui largement dictée par un pragmatisme motivé par une obligation de résultats immédiats. Dans ce contexte, le rôle des médias est primordial pour tenter de déceler les non-dits dans les discours officiels.
Cosmopolitisme et impérialisme / Philip Golub
On assiste actuellement à une tension forte entre les grandes tendances unificatrices de la mondialisation et les facteurs de fragmentation. Dans ce contexte, la rhétorique universaliste des droits humains, en distinguant le particularisme supposé des cultures non occidentales de l'universalité supposée des valeurs issues de la culture occidentale, nierait l'autonomie des premières. Lorsque le cosmopolitisme occidental est critiqué, l'Occident y voit tantôt de simples discours de légitimation de l'autoritarisme, tantôt l'expression d'une servitude volontaire à des traditions oppressives. Or, la guerre en Irak a durablement délégitimé le message normatif concernant les droits humains universels, montrant clairement que les « guerres humanitaires » servent de vecteur au néo-impérialisme.
Morale, éthique et déontologie dans les contextes de la solidarité et de l'action humanitaire / François Grünewald
Confronté à des dérives, le secteur de l'action humanitaire ne pouvait plus éluder la question de la responsabilité en estimant que faire le bien suffisait pour être légitime : il a dû se préoccuper de la prévention des détournements. Mais cela a complexifié les procédures en amont, accru les exigences de résultat, et mis les acteurs en compétition autour d'objectifs définis par les bailleurs. Par ailleurs, la responsabilité des États est parfois mise en cause, en cas d'intervention trop tardive ou ayant aggravé la situation. En outre, les États n'assurent pas, comme ils le devraient, la protection et l'assistance des populations en cas de conflit armé ; d'autres acteurs doivent alors prendre le relais (Croix-Rouge, ONG, agences des Nations unies à mandat humanitaire, entreprises privées...).
Morale internationale ou droit du plus fort ? / Bruno Guigue
Entre autres textes, la Déclaration universelle des droits de l'homme crée des normes qui, faute d'être toujours appliquées, fournissent néanmoins un critère d'appréciation. Cependant, les opérations de police internationale, par exemple en Irak, ont mis la rhétorique des droits de l'homme et du devoir d'ingérence au service d'une intervention militaire occidentale. Or, on ne bombarde pas au nom de la démocratie sans risquer de voir la démocratie identifiée au bombardement. Pourtant, des interventions moins spectaculaires (Liberia, Sierra Leone, Albanie) ont connu davantage de succès. Mais tout porte à croire que l'ingérence humanitaire ne s'exerce qu'auprès des États les plus faibles. Dévoyée au profit des appétits de puissance, la morale ne doit pas pour autant être oubliée dans la vie internationale.
Vers un rapprochement de la morale et de la Realpolitik ? / Marie de Jerphanion
Depuis la fin de la guerre froide et avec l'apparition d'un terrorisme mondialisé, les relations internationales ne doivent plus se contenter de concevoir la sécurité en termes stato-centrés et militaristes. Les menaces, qui sont désormais environnementales, économiques, sanitaires, etc., peuvent en effet émaner de n'importe quel acteur non étatique. Le simple réalisme, qui ne tenait compte d'aucune morale, évolue alors vers un réalisme conscient des vertus pacificatrices de l'aide au développement et de la démocratisation. Ainsi, pour être opérante, la Realpolitik semble de fait se doubler d'une certaine moralité, néanmoins sous-tendue par une démarche plus intéressée que « pure ».
Peut-on sauver la morale de la politique internationale ? / Zyed Krichen Les droits de l'homme : un fil d'Ariane plutôt qu'une alternative à la Realpolitik / Robert Ménard La Chine et sa nouvelle stratégie globale / Zheng Ruolin
Traditionnellement, la Chine exclut toute forme d'ingérence dans la politique intérieure des pays qui acceptent ses aides. Sous la pression de la communauté internationale, elle est cependant en train de réexaminer cette position issue de son histoire longue, même si elle n'est pas prête à substituer complètement le courant de moralisation cosmopolite à son principe de non-ingérence. Le fait que la Chine soit passée du statut de pays exportateur de pétrole à celui d'importateur explique en partie pourquoi les Chinois commencent à avoir une nouvelle vision du monde : ils ont désormais besoin de l'étranger.
DOCUMENTAIRE Israël-Palestine, une frontière qui bouleverse le regard / Anne-Marie Filaire EN LIBRAIRIE Comptes rendus Le trimestre des revues de relations internationales à l'étranger LES ACTIVITÉS DE L'IRIS (avril, mai, juin 2007) |