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La Revue internationale et stratégique N°64 Hiver 2006/2007 LE DOSSIER : Quinze ans d'indépendance, les nouveaux enjeux en Asie centrale sous la direction de Sébastien Peyrousse Pour lire le résumé d'un article, cliquez sur son titre. ÉCLAIRAGES L’Iraq et la communauté internationale face au défi de construire l’État / Alexandra de Hoop Scheffer
Cet article apporte un éclairage particulier sur la phase de reconstruction en Iraq, en s’intéressant notamment à la relation triangulaire qui lie l’Iraq, les Etats-Unis et les organisations internationales, dans le processus de transition politique du pays. Il expose les difficultés auxquelles ces acteurs sont confrontés alors qu’ils tentent de poser les fondements d’un Etat iraquien démocratique. L’auteur propose enfin d’expliquer ces obstacles – notamment la persistance de l’insécurité et des milices – par l’absence d’une vision commune d’un contrat social en Iraq.
La peine de mort est-elle un enjeu des relations internationales ? / Michel Taube et Flora Barré
La peine de mort a longtemps été considérée comme une mesure de « justice » pénale, relevant donc de la souveraineté de l’Etat. Progressivement, des organisations internationales, l’opinion publique internationale, le Conseil de l’Europe, l’Union européenne ou encore de la justice pénale internationale ont souligné qu’il s’agissait d’une violation des droits fondamentaux et la question est ainsi devenue un enjeu des relations internationales. Si aujourd’hui une majorité d’Etats ont renoncé à la peine de mort, de grandes puissances continuent à l’appliquer (Chine, Etats-Unis). Pour que la situation évolue, il convient de faire participer au débat des personnalités de l’Islam, du bouddhisme et du taoïsme, et de prouver que, dans la lutte contre la criminalité, la peine de mort est vaine.
Dr Folamour à Téhéran ou pourquoi faut-il à nouveau s’inquiéter à propos de la bombe ? / Alexandre Hummel
Cet article remet en cause un postulat largement partagé par les partisans et une partie des adversaires d’une nucléarisation de l’Iran, le nucléaire stabilisateur. Il s’agit de présenter une vision « pessimiste », selon laquelle un Iran nucléarisé est source d’instabilité stratégique en raison du risque d’accident, de problèmes de contrôle et des incitations de frappe en premier. Cette instabilité est encore accrue en temps de crise, notamment dans la mesure où la République islamique peut la mettre à profit pour pratiquer une forme particulière de dissuasion du faible au fort. Le sujet ne saurait donc être traité à la légère et il faut procéder à une étude approfondie des motivations de Téhéran. Le cadre conceptuel est cependant encore défaillant sur ce point.
Politique étrangère du Venezuela. Le choc des mots, le poids des réalités / Jean-Jacques Kourliandsky
Le discours politique d’Hugo Chávez marque une rupture par rapport à celui de ces prédécesseurs. Inspiré par le projet bolivarien et une idéologie nationaliste et socialiste, il propose la mise en place du socialisme du XXIe siècle et d’un bloc régional, qui élimineraient le néo-colonialisme en Amérique latine. En politique intérieure, H. Chávez veut remplacer la démocratie représentative par la démocratie participative. Il a ainsi consolidé son autorité dans le pays et apparaît comme le porte-parole de la contestation vis-à-vis des Etats-Unis. Or, le discours n’a pas pour le moment été mis en pratique. H. Chávez ne s’est pas attaqué au capitalisme et recourt aux principes de la démocratie représentative. En réalité, le pays poursuit, comme par le passé, sa politique d’influence fondée sur les ressources énergétiques.
Un grand marché domestique européen de la défense pour répondre aux besoins de capacités européennes autonomes / Marwan Lahoud
Si l’objectif commercial de MBDA est fondamental, l’industrie de défense est avant tout un acteur de la sécurité, qui doit répondre aux besoins de défense de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Italie et de l’Allemagne. Ainsi, ces Etats régulent l’activité de l’industrie d’armement, notamment en limitant les exportations. Ils ont également incité les groupes européens d’armement à se regrouper autour de programmes en coopération. Par conséquent, les Etats ont une responsabilité particulière quant à la situation financière de ces entreprises, qui doivent s’adapter à l’évolution des menaces et aux contraintes budgétaires. Or, pour faire face à la concurrence américaine, l’industrie de défense européenne a actuellement besoin d’un soutien politique fort de la part des Européens et de la constitution un grand marché européen.
DOSSIER : QUINZE ANS D'INDEPENDANCE, LES NOUVEAUX ENJEUX EN ASIE CENTRALE Quinze ans après l’indépendance, quels nouveaux enjeux en Asie centrale ? / Sébastien Peyrouse L’Asie centrale, bilan : quinze années de discours et de pratiques sur l’intégration dans un espace désintégré / Catherine Poujol
Quinze ans après la fin de l’URSS, les Etats d’Asie centrale ont parcouru la première phase de leur adaptation aux nouvelles conditions stratégiques, politiques, économiques et sociales. Cet espace unitaire soviétique s’est déconstruit et cloisonné, dans une logique de réappropriation de l’espace et du temps. Les Etats ont engagé des réformes économiques, administratives et juridiques. Les sociétés se sont ouvertes sur le monde musulman extérieur avec la libéralisation de la pratique religieuse, une porosité nouvelle de la frontière tadjikoafghane, l’arrivée d’acteurs musulmans extérieurs (étatiques, infra-étatiques ou non gouvernementaux) et le développement de la menace terroriste. Depuis 2005, la deuxième phase d’adaptation a commencé avec la question du renouvellement des élites politiques issues de la nomenklatura soviétique.
ENJEUX DE POLITIQUE INTERIEURE Le tournant ouzbek de 2005. Éléments d’interprétation de l’insurrection d’Andijan / Sébastien Peyrouse
L’insurrection d’Andijan en mai 2005 marque un tournant majeur dans l’histoire de l’Ouzbékistan. Elle ne relève pas du « coup d’Etat islamiste » tel que l’affirment les autorités mais signale la prégnance des tensions sociales qui agitent le pays. L’autoritarisme du régime d’Islam Karimov a conduit à la rupture du contrat tacite liant l’Etat et les milieux marchands, affaiblis par une forte politique isolationniste alors qu’ils constituaient l’une des seules classes ayant profité de la libéralisation économique des années 1990. La détérioration de la situation politique et sociale, ainsi que le refus massif, par la population, de l’injustice judiciaire dont se nourrit le régime ouzbek, expliquent donc en grande partie ces événements, qui annoncent probablement l’entrée de l’Ouzbékistan dans une phase de déstabilisation.
La question ouïghoure et sa dimension centre-asiatique / Rémi Castets
Les hydrocarbures russes et centre-asiatiques à destination de la Chine doivent à terme traverser la Région autonome des Ouïghours du Xinjiang. La stabilisation de ce territoire est par conséquent primordiale pour Pékin. Or, cette région est potentiellement instable du fait du mal être voire des velléités séparatistes de certaines franges de la société ouïghoure. Cette montée de la contestation se greffe sur un mouvement de revitalisation de l’islam en Chine. Afin d’assurer la stabilité du Xinjiang, la Chine mène une répression sévère et une politique visant à couper les militants de leurs soutiens extérieurs. Une promotion du développement économique régional a été également engagée pour renforcer l’unité nationale. Néanmoins, elle n’arrive pas à éradiquer des inégalités de revenus qui exacerbent les tensions ethniques.
L’Islam et l’État post-soviétique en Asie centrale / Adeeb Khalid
Pour la majorité des Centre-Asiatiques, l’islam constitue un aspect important de leur héritage national, réhabilité en 1991. Néanmoins, les gouvernements réagissent sévèrement à toute présence de l’islam dans la vie publique. L’actuel discours international sur la « menace islamique » et « la guerre contre la terreur » leur servent d’alibi pour sévir contre toute dissidence et liquider toute opposition, même laïque. Cependant, l’islam politique centre-asiatique occupe un espace restreint, il est hétérogène et sans véritables liens avec les réseaux islamiques transnationaux. Ses principaux objectifs sont locaux, spécifiques à la réalité post-soviétique de la région, et révèlent l’impasse sociale dans laquelle certaines couches des sociétés centre-asiatiques ont le sentiment de se trouver.
ENJEUX DE POLITIQUE REGIONALE
Le narcotrafic, déjà favorisé par la géopolitique régionale, a pris une dimension nouvelle avec l’ouverture des frontières et le passage à l’économie de marché des sociétés post-soviétiques. Depuis 1991, le trafic, empruntant les routes méridionales, s’est rapidement réorienté vers l’Asie centrale en direction de la Russie et de l’Europe. Jusqu’à la fin des années 1990, le rôle de la région dans le narcotrafic mondial était celui d’un espace de flux. Depuis, cette situation a évolué et les cinq Etats tendent à devenir également des lieux de production, de transformation et de consommation. Le trafic de drogue entraîne, dans un contexte social fragile, des risques sanitaires importants et contribue à une dégradation de la situation politique (corruption, réseaux mafieux introduits dans l’administration publique, etc.).
Les hydrocarbures du bassin Caspien : de la construction à l’affranchissement des interdépendances ? / Gaël Raballand
La production d’hydrocarbures en mer Caspienne, assez faible durant la période soviétique, s’est accrue depuis la fin de l’URSS. L’enclavement du bassin Caspien a conduit durant la décennie 1990 à trois types d’interdépendances : entre les pays caspiens exportateurs et les pays occidentaux, entre les pays caspiens et les pays de transit, et entre les gouvernements des pays caspiens et leurs populations. Depuis 2000, ces multiples dépendances ont évolué. Les Etats exportateurs ont accru leur emprise sur la production et les compagnies pétrolières étrangères. Même si la diversification des voies de transit progresse, la Russie conserve un rôle prééminent. Enfin, la gestion de la redistribution de la manne pétrolière reste toujours aussi problématique et risque d’accentuer les tensions internes à ces pays.
ENJEUX GEOSTRATEGIQUES ET RELATIONS AVEC LES VOISINS Le nouveau rôle de la Russie en Asie centrale : les migrations de travail des Centre-asiatiques vers la Fédération russe / Marlène Laruelle
Après un effacement dans les années 1990, la Russie effectue un retour en force en Asie centrale, notamment par le biais de la question migratoire. On estime à environ 2 millions les travailleurs saisonniers originaires du Tadjikistan, du Kirghizstan et d’Ouzbékistan travaillant, majoritairement illégalement, en Russie. Ils jouent un rôle économique croissant en Russie du fait du manque de main-d’œuvre qui frappe la Fédération. Ils ont un impact économique et social encore plus important en Asie centrale, puisqu’ils envoient à des populations appauvries des revenus réguliers et conséquents. Ces migrations de travail permettent ainsi d’absorber une partie du contrecoup économique et social de la disparition de l’URSS et contribuent à reformuler les complexes rapports entre l’ancien centre et son ancienne périphérie.
La tranquille montée en puissance de la Chine en Asie centrale / Thierry Kellner
L’influence chinoise en Asie centrale n’a cessé de croître ces dernières années. La Chine a en effet profité du refroidissement des relations entre les Etats-Unis et les Etats d’Asie centrale à l’occasion de la guerre d’Iraq puis de la vague de « révolutions colorées » pour se rapprocher de ses voisins. Elle a ainsi relancé ses relations bilatérales avec l’ensemble de ces Etats dans les domaines politiques, économiques, énergétiques et sécuritaires. Elle a également renforcé les relations multilatérales en développant les institutions et les activités de l’Organisation de coopération de Shanghai.
EN LIBRAIRIE Lecture critique L’à-venir européen / Robert Chaouad Comptes rendus Géopolitique régionale Perspectives critiques Le trimestre des revues de relations internationales à l'étranger LES ACTIVITES DE L'IRIS (juillet, août, septembre 2006) |