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La revue internationale et stratégique N°57 Printemps 2005 LE DOSSIER : La violence au nom de Dieu sous la direction de Pierre Conesa ÉCLAIRAGES L'invasion de l'Irak : les dessous de la prise de décision de la présidence Bush / Charles-Philippe DAVID Afghanistan : l'incertaine transition vers la démocratie / Karim PAKZAD Huntington face à l'enjeu migratoire Mexique/États-Unis : fausses alertes et vrais débats / Rodrigo PINTADO La Corée du Nord en 2005 : décomposition ou ultimes métamorphoses ? / Marianne PERON-DOISE La Russie : entre réformes et réaction / Georges SOKOLOFF Les enjeux de la coopération décentralisée / Bertrand GALLET DOSSIER : LA VIOLENCE AU NOM DE DIEU Introduction : La violence au nom de Dieu / Pierre CONESA Extrémismes religieux Les différents types de légitimation de la violence / Odon VALLET (entretien) L'intégrisme juif et la colonisation dans les Territoires palestiniens occupés / Barah MIKAÏL Religion et stratégie aux États-Unis / Jean-Michel VALANTIN L'autolégitimation de la violence islamiste / Kader ABDERRAHIM Relecture de quelques conflits récents et moins récents Religions et violences ethniques en Bosnie-Herzégovine / Arnaud LATAPIE La dimension religieuse du conflit irakien / Khattar ABOU DIAB EN LIBRAIRIE État de la littérature Bilan critique sur la littérature récente sur l'Afrique subsaharienne / Philippe HUGON Comptes rendus Politique américaine Géopolitique régionale Perspectives critiques Le trimestre des revues de relations internationales à l'étranger LES ACTIVITÉS DE L'IRIS (octobre, novembre, décembre 2004) L’invasion de l’Irak : les dessous de la prise de décision de la présidence Bush / Charles-Philippe David Dans la foulée des événements du 11 septembre, l’Administration Bush amorce une véritable révolution qui va altérer le cours de la politique étrangère américaine. L’ensemble de l’approche décisionnelle est réorienté tandis que les rivalités administratives, traditionnellement vivaces, s’atténuent considérablement. La gestion du processus décisionnel se fait moins formelle, notamment parce que le risque terroriste impose une réactivité accrue. Le « cabinet de guerre » qui se met en place réunit les principaux décideurs du Conseil de sécurité nationale (NSC) et prend une série de décisions qui va marquer le cours des relations internationales. Dans le même temps, le processus décisionnel marqué par la guerre en Afghanistan évolue, tandis que derrière l’émergence d’une véritable pensée unique, se profile déjà l’invasion de l’Irak.
Afghanistan : l’incertaine transition vers la démocratie / Karim Pakzad Trois ans après l’intervention américaine en Afghanistan et la chute des talibans, l’élection présidentielle du 9 octobre 2004 – la première dans l’histoire de ce pays – ouvre une nouvelle étape sur la voie de sa reconstruction et de sa démocratisation. Toutefois, les séquelles de vingt-cinq années de guerre sont toujours présentes et l’avenir est encore incertain. Cette élection a été l’aboutissement des accords de Bonn, imposés à l’opposition anti-talibans par la communauté internationale, notamment les États-Unis, qui règnent en maîtres dans un pays sous sa protection. Les raisons de cette incertitude se trouvent dans les conditions de l’intervention américaine, qui était davantage une réponse circonstancielle aux attentats du 11 septembre qu’une véritable volonté de démocratisation de l’Afghanistan. D’où la persistance du pouvoir des seigneurs de la guerre, du trafic de drogue et de l’idéologie des talibans.
Huntington face à l’enjeu migratoire Mexique/États-Unis : fausses alertes et vrais débats / Rodrigo Pintado La « menace » hispanique de Samuel P. Huntington n’en est pas une. Contrairement à ce qu’affirme ce professeur de Harvard dans son dernier ouvrage, l’afflux de Mexicains aux États-Unis au cours des dernières décennies ne signifie pas la fin de l’identité nationale américaine ou la partition de ce pays autour de deux langues et deux cultures. Malgré le nombre et la persistance de l’immigration mexicaine, majoritairement catholique et parlant l’espagnol, plusieurs études révèlent que les Hispaniques aux États-Unis intègrent rapidement la culture et la langue américaines, tout en conservant une attache particulière avec leur culture d’origine. La peur que suscite la communauté hispanique auprès de ce professeur, qui s’érige en défenseur des valeurs anglo-protestantes qui ont façonné l’Amérique, révèle néanmoins la nécessité de régulariser et de contrôler le flux migratoire entre le Mexique et les États-Unis. Après trois ans de rapports tendus entre les deux gouvernements, il est grand temps que le Mexique et les États-Unis se penchent sérieusement sur la question migratoire.
La Corée du Nord en 2005 : décomposition ou ultimes métamorphoses ? / Marianne Péron-Doise Alors que la crise nucléaire nord-coréenne entre dans sa troisième année, les capacités de résistance du régime de Pyongyang suscitent des interrogations. Face à des pressions diplomatico-militaires intenses, tandis que le pays s’enfonce dans le sous-développement, la logique des orientations politico-économiques prises par Kim Jong-il n’apparaît pas clairement : s’agit-il du dernier expédient d’un système en décomposition ou de changements réels ? À y regarder de près, les soubresauts éventuels du régime nord-coréen ne sont pas les signes les plus alarmants. Le renforcement des appareils militaires régionaux apparaît en effet sans commune mesure avec la « réalité » de la menace nord-coréenne, nucléaire ou pas.
La Russie : entre réformes et réaction / Georges Sokoloff Libéralisme économique et durcissement politique semblent constituer les traits marquants de l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine. Le temps des réformes, amené par Mikhaïl Gorbatchev, laisse la place à une réaction conservatrice sous V. Poutine et ses « tchékistes ». La mise au pas des désormais ex-contre-pouvoirs est pourtant difficilement acceptable pour la société russe et pour les démocraties occidentales. La nature du conservatisme apporté par V. Poutine est ici abordée au travers l’histoire récente de la Russie, sa puissance précédente, mais aussi au regard des attentes de la société russe. La popularité du régime de V. Poutine y est donc analysée selon les perspectives économiques et politiques du président.
Les enjeux de la coopération décentralisée / Bertrand Gallet Mentionnées de manière allusive dans les ouvrages, les collectivités locales sont devenues, avec leurs coopérations, des acteurs à part entière des relations internationales. Sous le nom de « coopération décentralisée », leur politique se développe depuis cinquante ans. Née en France, elle a pris aujourd’hui une ampleur mondiale, se déployant aussi bien dans le bilatéral que dans le multilatéral. Cette nouvelle « diplomatie des villes » s’est fondée sur des valeurs de paix et de réconciliation en Europe, avant de découvrir la solidarité et le développement, puis l’accompagnement du vaste mouvement de décentralisation qui touche aussi bien les pays d’Europe centrale et orientale que la Méditerranée, l’Amérique latine et l’Afrique.
Les différents types de légitimation de la violence / Avec Odon Vallet La violence religieuse n’est ni le privilège d’une religion ou d’une secte, ni d’une époque ni même d’une région du monde. Il s’agit donc de puiser des éléments de compréhension dans le temps long mais également dans la comparaison du phénomène de la violence religieuse. Tout en évitant un hasardeux décryptage approximatif de l’actualité qui conduit souvent à entretenir la confusion à propos de tels sujets, l’auteur aborde le rapport entre la violence et la religion notamment à travers le prisme de la légitimité. En effet, de nombreux mouvements violents recherchent une légitimité en se proclamant au service d’une religion. Le monopole de la violence légitime par l’État est-il nécessairement remis en cause par cette forme de violence qui recherche une légitimité dans le ciel ?
L’intégrisme juif et la colonisation dans les Territoires palestiniens occupés / Barah Mikaïl Les tentations extrémistes du judaïsme existent tant au sein de la société israélienne que chez les membres de la diaspora juive. Une tendance qui se traduit souvent par un clair rigorisme, et dont on peut retrouver les prémices dans l’histoire européenne, ainsi que dans les soubresauts moyen-orientaux, particulièrement caractérisés par les guerres israélo-arabes de 1967 et de 1973. Bien qu’ayant été un projet politique au départ, la colonisation israélienne des Territoires palestiniens, apparue dès la fin des années 1960, aura ainsi permis à des groupes et formations extrémistes juifs de s’approprier cette notion au nom de l’impératif religieux. Une situation qui conduit aujourd’hui les formations politiques traditionnelles de l’État hébreu à devoir composer avec une minorité influente et parfois violente de l’échiquier politique israélien.
Religion et stratégie aux États-Unis / Jean-Michel Valantin L’habitus collectif des États-Unis est imprégné de la notion d’exceptionalisme américain. Cet appareil de certitudes religieuses joue un rôle déterminant dans la production américaine de stratégie et d’usage de la violence armée. Celle-ci est censée promouvoir les intérêts américains, tout en préservant l’entité « États-Unis » de toute interaction avec l’extérieur qui pourrait en altérer la nature « providentielle ». Il en résulte, entre autres, un surinvestissement dans la technologie. Cette relation entre perception d’une « Destinée Manifeste » et de la stratégie s’est construite depuis le XVIIe siècle, se perpétue et s’accroît avec la tendance actuelle au « néo-messianisme », mis à l’épreuve en Irak.
L’autolégitimation de la violence islamiste / Kader Abderrahim L’auteur s’attache à nous rappeler les causes sociales et politiques du développement du fondamentalisme dans le monde arabo-musulman. Il apparaît que deux acteurs, l’Iran et l’Arabie Saoudite ont joué un rôle majeur dans l’histoire récente de ce développement. Les objectifs et les stratégies de ces mouvements sont ici analysés pour nous permettre de comprendre les ressorts stratégiques et politiques de ces choix. Mais les blocages internes des différents régimes du monde arabo-musulman expliquent en grande partie l’influence des mouvements fondamentalistes au sein des sociétés musulmanes, puis de leur passage progressif à la violence. Les rapports entre l’islam et la politique sont également analysés tout comme le rapport à l’Occident avec cet effet attraction/répulsion. Pourquoi l’islamisme politique a-t-il tant d’écho dans les sociétés musulmanes ? L’islamisme radical est-il un avatar des échecs du nationalisme panarabe ?
Religions et violences ethniques en Bosnie Herzégovine / Arnaud Latapie Les appareils religieux de Bosnie-Herzégovine ne peuvent être accusés d’avoir favorisé les violences ethniques lors du dernier conflit. L’Église orthodoxe a certes profité de l’occasion pour opérer un retour, mais celui-ci reste limité chez les Serbes de culture yougoslave, c’est-à-dire socialiste et athée. De l’autre bord, l’islam constitue un instrument fédérateur et identitaire totalement aux mains du parti d’Alija Izetbégovic. En fait, seule l’Église catholique peut exercer un véritable pouvoir sur son peuple, les Croates. Or dès le début des troubles, le clergé diocésain et les franciscains de Srébrénice ont fortement exprimé leur volonté de préserver la mixité ethnique sur l’ensemble du territoire. Plus ambigus, les franciscains d’Herzégovine ne se sont pas opposés formellement à la politique d’épuration menée par les Croates de cette région méridionale.
La dimension religieuse du conflit irakien / Khattar Abou Diab L’Irak est, en termes géopolitiques, une zone de « confins » de plusieurs ensembles : ligne de fracture entre l’islam sunnite et chiite, frontière entre le monde arabe d’une part, et les mondes persan et turc d’autre part. L’actuelle guerre d’Irak semble un révélateur des défis de notre temps où les identités, les religions et les cultures occupent une place particulière dans les ressorts de la conflictualité. À la place d’un idéal « nouveau Moyen-Orient » promis par les idéologues néoconservateurs, c’est plutôt le scénario désastreux du choc des civilisations qui semble se réaliser. Il est prématuré de juger aujourd’hui l’entreprise américaine dans l’ancienne Mésopotamie, mais la « libanisation » de la situation irakienne incite à s’interroger sur l’influence du facteur religieux.
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