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La revue internationale et stratégique N°54 Eté 2004
LE DOSSIER : Peut-on penser un ordre international ?
sous la direction de Dario Battistella
ENTRETIENS
S.E. Nissim ZVILI : Renouer avec une volonté de paix Alain BAUER : Relations internationales et franc-maçonnerie
CONTROVERSE
Pascal BONIFACE : Europe : l'élargissement au prix de l'affaiblissement ? Jean-Jacques KOURLIANDSKY : Bilan des années Aznar : l'affirmation nationale et atlantique de l'Espagne Conseil scientifique d'ATTAC : Quel développement pour une société solidaire et économe ? Didier BOULAUD : Une France brouillonne face à une OTAN déterminée David BUCKRELL et Arnaud DUBIEN : Énergie et politique dans la Russie de Poutine
DOSSIER : PEUT-ON PENSER UN ORDRE INTERNATIONAL ?
Dario BATTISTELLA : Introduction : L'ordre international, norme politiquement construite Dario BATTISTELLA : L'ordre international. Portée théorique et conséquences pratiques d'une notion réaliste Gilles BERTRAND : Ordre international, ordre mondial, ordre global Laurent RUCKER : La contestation de l'ordre international : les États révolutionnaires Emmanuel PUIG : L'ordre et la menace : analyse critique du discours de la menace chinoise en Relations internationales Vincent POULIOT et Niels LACHMANN : Les communautés de sécurité, vecteurs d'ordre régional et international
ÉCLAIRAGES
Wim VAN MEURS : La Moldavie ante portas : les agendas européens de gestion des conflits et l'initiative "Europe élargie" Florent PARMENTIER : État, politique et cultures en Moldavie
EN LIBRAIRIE Lecture critique Jean-Pierre CHRÉTIEN : Rwanda : impuissance ou démission de la communauté internationale ?
État de la littérature Sabine SAURUGGER : Conceptualiser l'intégration européenne : état de l'art théorique
Comptes rendus Avec Pascal BONIFACE, Antonela CAPELLE-POGÀCEAN, Barthélémy COURMONT, Josepha LAROCHE, Stephan MARTENS, Barah MIKAÏL, Bastien NIVET et Marie-Aimée TOURRES.
Le trimestre des revues de relations internationales à l'étranger
LES AUTEURS
RÉSUMÉS
LES ACTIVITÉS DE L'IRIS (janvier, février, mars 2004)
Pascal Boniface : Europe : l’élargissement au prix de l’affaiblissement ?
Le 1er mai 2004, l’Union européenne (UE) va de nouveau s’élargir. Dix pays vont la rejoindre faisant presque doubler le nombre d’États membres, passant ainsi de quinze à vingt-cinq. En règle générale, une organisation internationale qui accueille de nouveaux membres pèse plus, grâce à ces renforts supplémentaires, dans les affaires mondiales. Cela sera-t-il le cas pour l’UE ? L’augmentation significative des pays qui la composent va-t-elle lui permettre de faire mieux entendre sa voix sur la scène internationale ? Il est indéniable que la nouvelle Europe sera plus grande, aura un produit national brut (PNB) cumulé plus important et comptera plus d’habitants. En revanche, il est loin d’être certain que la construction d’une Europe-puissance et le développement de l’autonomie stratégique européenne avancent pour autant.
On May 1st, 2004, the European Union (EU) will experience an additional enlargement. Ten countries will join the EU, almost doubling the number of its member states, from fifteen to twenty-five. As a general rule, an international organization that welcomes new members gains more importance in international affairs, thanks to the additional support. Will this be the case for the EU ? Will the significant increase in the number of countries allow the European voice to be better heard on the international scene? It is obvious that the new Europe’s size, cumulative gross national product (GNP), and constituents will increase. However, it is less certain that the construction of a powerful Europe and the development of an autonomous European strategy will progress as well.
Jean-Jacques Kourliandsky : Bilan des années Aznar : l’affirmation nationale et atlantique de l’Espagne
En décidant de soutenir le choix de la guerre prôné par l’Administration Bush, le gouvernement de José Maria Aznar a manifesté ses nouvelles priorités extérieures, à savoir l’approfondissement et la diversification des relations avec les États-Unis. Ce choix atlantique de l’Espagne s’est concrétisé avec la victoire à la majorité absolue du Parti populaire (PP) aux élections de 2000, rompant ainsi avec le triangle fondamental de la politique extérieure espagnole, composé traditionnellement de l’Europe, de l’Amérique latine et de la Méditerranée. Cependant, le retour d’une « affirmation espagnole » rappelant les discours triomphalistes précédant la transition démocratique s’est fait au détriment des relations avec la France et l’Allemagne, minant par ailleurs celles avec le Maroc ainsi que celles avec certains pays d’Amérique latine. Dès lors, la défaite du PP aux élections du 14 mars 2004 suite aux attentats terroristes de Madrid a sanctionné non seulement un gouvernement, mais aussi une politique extérieure particulière.
José Maria Aznar’s decision to support the Bush administration’s choice of war, demonstrated the former’s new priorities in terms of foreign policy, i.e. the consolidation and the diversification of its relations with the United States. Spain’s Atlantic stance was materialised with the absolute majority victory of the People’s party (PP) in the 2000 elections. This event ruptured the fundamental triangle of Spain’s foreign policy, traditionally centred on Europe, Latin America and the Mediterranean. However, the re-emergence of a « Spanish affirmation », echoing the triumphalist debates prior to the democratic transition, was detrimental to Spain’s relations with France and Germany, and damaging to relations with Morocco as well as with Latin-American countries. Considered in this context, the defeat of the PP in the elections held on March 14th, 2004, following the terrorist attacks in Madrid, has sanctioned the government as well as its specific foreign policy.
Conseil scientifique d’ATTAC : Quel développement pour une société solidaire et économe ?
En ce début de XXIe siècle, l’humanité est entraînée dans une spirale dangereuse par la mondialisation capitaliste et les politiques de plus en plus libérales que celle-ci implique. Ce n’est pas faire preuve de catastrophisme que de dénoncer la fuite en avant d’un système économique qui, toujours avide de rentabilité pour le capital investi, ne peut conduire qu’à l’aggravation des contradictions de toutes sortes, sociales comme écologiques. Aussi, la réflexion sur un autre développement est indispensable, d’autant qu’au sein du mouvement altermondialiste s’expriment des opinions et des sensibilités différentes à ce sujet. Cette diversité est une richesse pour le mouvement mais appelle une clarification des concepts et surtout des objectifs centraux autour desquels les convergences pourront se construire.
In the beginning of the 21st century, mankind has been lured into the dangerous spiral of capitalist globalization and the increasingly liberal policies the former brings forth. It is not overly pessimistic to denounce an economic system in slavery to the relentless and greedy pursuit of profits, which can only worsen social and ecological disparities. Thus, it is imperative to reflect on an alternative development, given that the anti-globalization movement encompasses varying opinions about this issue. This diversity enriches the movement, but calls out for a clarification of the concepts and especially the main objectives which could consolidate converging opinions.
Didier Boulaud : Une France brouillonne face à une OTAN déterminée
L’adhésion de sept nouveaux États à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) s’inscrit dans la ligne des conséquences politiques et militaires de l’effondrement du bloc soviétique. Elle s’inscrit également dans un contexte de crise ouverte au sein de l’Alliance atlantique suite à la mise en application de la nouvelle doctrine de sécurité des États-Unis, composée d’unilatéralisme et de prévention. Les transformations mondiales des quinze dernières années ont transformé l’OTAN, lui donnant désormais vocation à intervenir dans le monde entier sur un ensemble de questions liées peu ou prou à la sécurité, et ce, au détriment de la construction d’une Europe de la défense. Il est donc nécessaire que la France s’investisse dans ce projet européen sans ignorer les nouveaux membres de l’Europe, laissant de côté les réprimandes et l’unilatéralisme dans la gestion des affaires communes de l’Europe.
The addition of seven new states to the North Atlantic Treaty Organization (NATO) is one of the political and military consequences of the collapse of the Soviet Union. It also takes place in the context of an open crisis within the Atlantic Alliance following the application of the new American security doctrine, based on unilateralism and preemption. The world-wide transformations that took place during these last fifteen years have transformed NATO, giving it the authority to intervene worldwide, concerning issues more or less linked to security, to the detriment of the construction of a European Defense. Therefore, France must put a lot of effort into this European project without neglecting the new members of Europe, leaving aside rebukes and unilateralism in the management of European common affairs.
David Buckrell et Arnaud Dubien : Énergie et politique dans la Russie de Poutine
Depuis octobre 2003, la Russie est redevenue le principal producteur mondial de brut. Le même mois éclatait l’affaire Ioukos, qui allait aboutir à l’incarcération retentissante de Mikhaïl Khodorkovsky. Ces deux événements, sans lien direct, illustrent à leur manière l’enjeu majeur que constitue l’énergie dans la Russie de Vladimir Poutine. Moteur de la croissance, le secteur énergétique est au cœur d’âpres luttes d’influence entre le gouvernement et certains acteurs économiques, au premier rang desquels les sociétés pétrolières. Par ailleurs, le facteur énergétique constitue un élément central de la politique étrangère de la Russie de V. Poutine. Que ce soit à l’égard de la Communauté des États indépendants (CEI), dans les pays d’Europe centrale et orientale (PECO), mais également dans ses relations avec l’Occident ou l’Asie, Moscou use de ce vecteur d’influence pour restaurer des positions internationales très affaiblies depuis l’effondrement de l’URSS.
Since October 2003, Russia has become the main oil-producing country in the world. The Ioukos affair took place the same month, which ended up with the resounding incarceration of Mikhaïl Khodorkovsky. These two events, though not directly linked, show how important energy is in Vladimir Putin’s Russia. The energy sector, the main impetus of growth, is the object of bitter power struggles between the government and economic actors, primarily oil companies. Moreover, energy constitutes a central element of V. Putin’s foreign policy. Moscow uses this influential factor with regard to the Commonwealth of Independent States (CIS), the Countries of Central and Eastern Europe (CCEE) and its relations with the West or Asia, in order to restore its extremely weakened international positions since the USSR’s collapse.
Dario Battistella : L’ordre international. Portée théorique et conséquences pratiques d’une notion réaliste
La volonté de « construire un monde multipolaire » afin d’empêcher « le chaos politique » exprimée à maintes reprises dans le discours de politique étrangère français relève du vœu pieux. En effet, la France, dans sa conception de l’ordre international, adopte une définition du système multipolaire comme un monde caractérisé par l’existence de plusieurs pôles de stabilité, inscrivant leur conduite diplomatique dans la perspective théorique réaliste et la pratique de la Realpolitik selon lesquelles l’ordre est synonyme de système stable. À cet égard, le consensus réaliste relatif à la dimension descriptive du concept – qu’est-ce que l’ordre international ? – ne saurait faire oublier les dissensions dues aux dimensions prescriptives du concept – comment obtenir et maintenir l’ordre international ? L’analyse des postulats réalistes montre cependant que la thèse de l’ordre par la hiérarchie des puissances s’accorde davantage avec les faits et est davantage conséquente avec les postulats réalistes que celle de l’ordre par l’équilibre.
The will to « construct a multipolar world » in order to prevent « political chaos », reiterated in the French foreign policy discourse, is wishful thinking. Indeed, France, in its conception of world order, considers the multipolar system as a world characterised by the existence of several poles of stability, and embeds its diplomacy in the realist theoretical perspective and the practice of Realpolitik, which both consider order synonymous with a stable system. In this regard, the realist consensus concerning the descriptive dimension of the concept – what is world order? – does not erase the divisions linked to the prescriptive dimensions of the concept – how to obtain and maintain world order? However, the analysis of the realist postulates shows that the thesis of world order conceived as the hierarchy of powers matches the facts and the realist postulates better than world order viewed as a balance of power.
Gilles Bertrand : Ordre international, ordre mondial, ordre global
Les expressions « ordre international » et « ordre mondial » (« world / global order ») sont souvent utilisées indifféremment sans que les auteurs éprouvent le besoin de justifier le choix de l’adjectif. Pour certains d’entre eux, leur perception « réaliste » ou au contraire « mondialiste » est tellement évidente que l’explication est implicite. Le choix, en anglais, entre « world » et « global » pose bien entendu un problème supplémentaire ou, tout au moins, tire le débat vers celui de la mondialisation / globalisation, de l’ampleur du phénomène et surtout de sa régulation. Dans quelle mesure, en effet, la fin de la bipolarité, du face-à-face Est / Ouest, et la mondialisation / globalisation affectent-elles l’ordre international westphalien ?
The expressions « world order » and « global order » are often mentioned indistinguishably by authors who do not justify the choice of the qualifier. For some of them, their « realist » or, at the contrary, « world-wide » perception is so obvious that the explanation is implicit. In English, the choice between « world » and « global » raises an additional problem or, at least, brings about another debate, i.e. the distinction, in French, between « mondialisation » and « globalisation », regarding the scope of the phenomenon and particularly its regulation. Indeed, to what extent does the end of bipolarity and the rise of globalization (« mondialisation » or « globalisation ») affect the Westphalian international order ?
Laurent Rucker : La contestation de l’ordre international : les États révolutionnaires
De la Révolution française à l’Iran islamique, en passant par la Révolution bolchevique et l’Allemagne nazie, les exemples sont nombreux d’événements qui ont durablement ébranlé, voire transformé en profondeur l’ordre international, bien au-delà d’une simple modification de la configuration de l’équilibre ou d’un changement de la hiérarchie des puissances. Quel impact ces révolutions ont-elles eu sur l’ordre international ? Et inversement, comment l’ordre international a-t-il influencé ces États révolutionnaires ? Cet article a pour objet de tenter de comprendre la dynamique de la dialectique entre, d’une part, la contestation de l’ordre international et, d’autre part, la socialisation dans l’ordre international.
From the French Revolution, through the Bolshevik Revolution and Nazi Germany, to Islamic Iran, there are numerous examples of events that have durably shaken, and even transformed the world order, well beyond a simple modification of the balance of power configuration or a change in the hierarchy of powers. What impact did these revolutions have on world order? And, conversely, how did the world order influence these revolutionary states? The aim of this article is to try to understand the dynamics of the dialectic between the contesting and socialisation of world order.
Emmanuel Puig : L’ordre et la menace : analyse critique du discours de la menace chinoise en Relations internationales
Parmi les nombreuses menaces qui pèsent sur l’ordre international, la question de la montée en puissance de la Chine est celle qui mobilise le plus grand nombre de spécialistes des Relations internationales (RI) aux États-Unis. Cependant, la perception de cette « menace chinoise » par la majorité des internationalistes étasuniens demeure essentiellement une construction discursive émanant des théoriciens réalistes et néoréalistes à la fin de la guerre froide. De ce fait, si la Chine apparaît depuis des années comme une puissance défiante, c’est essentiellement parce que les théories qui engendrent cette vision tendent autant à préserver qu’à analyser le statu quo international. Érigée au rang de menace incontournable par les théoriciens réalistes et néoréalistes, la « menace chinoise » constitue aujourd’hui, pour la majorité des auteurs, une réalité première dont le processus d’appréhension n’est pas questionnable.
Among the numerous threats that jeopardize world order, China’s rise inspires the greatest number of American experts in International Relations (IR). However, the perception of the « Chinese threat » by the majority of IR specialists remains essentially a discursive construction emanating from realist and neo-realist theorists at the end of the Cold War. Therefore, China has been regarded as a distrustful power for several years, because the theories that engender such a vision tend to preserve and analyze the international statu quo. Today, the « Chinese threat » presented as an inevitable menace by realist and neo-realist theorists, constitutes, for the majority of authors, a basic reality.
Vincent Pouliot et Niels Lachmann : Les communautés de sécurité, vecteurs d’ordre régional et international
L’ordre international peut prendre de multiples formes, l’une d’entre elles étant celle de l’ordre des communautés de sécurité, aujourd’hui au cœur d’un important programme de recherche constructiviste. À cet égard, peu d’observateurs contestent l’existence d’une solide communauté de sécurité entre les nations d’Amérique du Nord et d’Europe : la communauté atlantique de sécurité (CAS). La caractéristique essentielle de cette CAS n’est pas tant l’absence de conflits entre ses membres que leur résolution inévitablement pacifique. En effet, comme le montrent plusieurs exemples, les communautés de sécurité constituent des vecteurs d’ordre aussi bien à l’échelle régionale qu’à l’échelle internationale.
The world order can take numerous forms, such as the order of security communities, which is today at the heart of an important programme of constructivist research. In this regard, few observers contest the existence of a solid security community between the United States and Europe: the Atlantic Security Community (ASC). The main feature of this ASC resides more in the inevitably peaceful resolution of the conflicts between its members than the absence of conflict. Indeed, several examples show that security communities constitute vehicles for order, at both regional and international levels.
Wim van Meurs : La Moldavie ante portas : les agendas européens de gestion des conflits et l’initiative « Europe élargie »
Dix ans après son accession à l’indépendance, la Moldavie est devenue le pays le plus pauvre d’Europe et semble avoir été tout simplement abandonnée à son propre sort. Elle doit aujourd’hui supporter quatre dépendances : elle dépend des ressources énergétiques russes et de la bonne volonté politique de Moscou, de relations tendues avec Bucarest, des conditions d’octroi des crédits et de l’assistance en provenance d’Europe occidentale ; enfin, les négociations avec le régime séparatiste de Tiraspol sont dans l’impasse. Or l’impulsion nécessaire à la résolution du conflit en Transnistrie, à la consolidation d’un État moldave souverain et à la transformation de la Moldavie en économie de marché stable et démocratique devra en grande partie être initiée par l’UE.
Ten years after its independence, Moldova has become the poorest country in Europe and has been all but abandoned to its fate. Today, the country has to undergo four dependencies: Moldova depends on Russia’s energy resources and the political goodwill of Moscow, the tense relations with Bucharest, the conditions for supplying credit and assistance from Western Europe, and finally, the deadlock in negotiations with the separatist regime of Tiraspol. The necessary impetus for the resolution of the conflict in Transnistria, the consolidation of a Moldovan sovereign state and the transformation of Moldova into a democratic and market-based economy, will have to be largely initiated by the EU.
Florent Parmentier : État, politique et cultures en Moldavie
La Moldavie est un État postsoviétique faible, dont la légitimité est contestée tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières. Si les objectifs que représentent la création d’un État de droit et d’une économie de marché sont encore loin d’être atteints, ce sont les conflits ethno-culturels qui font de la Moldavie un pays à l’avenir incertain, dont la déliquescence même pose des problèmes à l’échelle régionale. En effet, depuis l’indépendance, la vie politique de la Moldavie est celle d’une relation troublée entre les élites politiques et les groupes qu’elles prétendent incarner, ainsi qu’entre les nations et leurs constructeurs. Partagée entre le désir de réunification avec la Roumanie et le séparatisme de la Transnistrie, la Moldavie a eu pour objectif de construire un État viable, alors même que les problèmes territoriaux n’ont pas été résolus. La construction d’une identité citoyenne « moldave » n’est donc encore qu’en gestation après plus d’une dizaine d’années d’indépendance.
Moldova is a weak post-soviet state. Its legitimacy is contested from inside as well as outside its borders. If the objectives entailed by the establishment of the rule of law and a market-based economy are still far from being achieved, Moldova’s future remains uncertain, undermined by ethnic and cultural conflicts. The country’s decline constitutes a threat at a regional level. Indeed, since its independence, political life in Moldova is characterised by troubled relations between political elites and the groups which the former claim to represent, as well as between the nations and their builders. Torn between the desire of reunification with Romania and separatism of Transnistria, Moldova’s aim was to build a viable state, even though its territorial problems have not yet been solved. Therefore, the construction of a « Moldovan » citizen identity still remains in utero ten years after its independence.
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