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La revue internationale et stratégique N°50
été 2003

LE DOSSIER : Flux migratoires, immigration, altérité

sous la direction de Nadège Ragaru et Joseph Krulic

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REGARDS CROISES
Bertrand BADIE et Jean-Marie FARDEAU : La diplomatie des droits de l’homme

CONTROVERSE
Fareed ZAKARIA : À notre façon. De la difficulté d’être la seule superpuissance au monde
Gilles GUIHEUX : Sociologie des acteurs économiques dans une Chine en transition
Georges LE GUELTE : Plaidoyer pour une doctrine

TENDANCES
Graciela DUCATENZEILER : La « gauche » au pouvoir en Amérique latine. Révolution sociale ou banalisation populiste ?
Pascal BONIFACE : Désarmement et développement

DOSSIER : FLUX MIGRATOIRES, IMMIGRATION, ALTERITE. DEBATS POLITIQUES ET REPONSES EUROPEENNES
Nadège RAGARU : Les migrations internationales, une question avant tout politique ?

De nouveaux flux migratoires ? Mythes et réalités
Nancy L. GREEN : Concepts historiques des flux migratoires : dualités et fausses découvertes
Mirjana MOROKVASIC : Migrations en Europe : l’impact de l’élargissement à l’Est de l’Union

Mise sur agenda politique et discours sécuritaire : le migrant comme menace
Marcello MANERI : La construction d’un sens commun sur l’immigration en Italie. Les « gens » dans le discours médiatique et politique
Heike HAGEDORN : L’immigration dans le débat politique allemand
Albert KRALER : Les élections autrichiennes de novembre 2002 : de l’extrême droite au national-populisme

Désétatisation des méthodes : des États impuissants
Smaïn LAACHER : L'État, la frontière et l'étranger "indélicat"
Joseph KRULIC : La notion légale de réfugié et le droit d'asile en France
Frédérique BOURGEOIS et Olivier BRACHET : Tensions dans les rapports pouvoirs publics / associations dans le dossier de l'asile
Dominique DANIEL : La politique de l'immigration aux États-Unis
Yann MOULIER BOUTANG : Repenser les politiques migratoires en Europe : un banc d'essai pour l'Europe fédérale

EN LIBRAIRIE
Lecture critique
Liliana DEYANOVA : La dictature des limites, les limites de la dictature

Comptes rendus
Avec Clément BECACHE, Pascal BONIFACE, Fanny CHABROL, Stéphane DUBOIS, François GUILBERT, Joseph KRULIC, François LANTZ, Josepha LAROCHE, Christian LECHERVY, Stephan MARTENS, Barah MIKAÏL et Florent PARMENTIER.

LES AUTEURS

RESUMES-ABSTRACTS

LES ACTIVITÉS DE L'IRIS
(janvier, février, mars 2003)


Fareed Zakaria :   À notre façon. De la difficulté d'être la seule superpuissance au monde

Un monde qui ne compte qu'une seule grande puissance constitue un phénomène sans précédent. La plupart des nations, y compris les États-Unis, sont toujours dans l'incertitude quant au caractère et aux conséquences de l'avènement d'un monde unipolaire. La confusion s'est considérablement accrue depuis les attentats du 11 septembre 2001. L'Amérique a été attaquée parce qu'elle est le maître du monde moderne, et qu'elle déploie sa puissance économique, politique et militaire à travers la planète. Pourtant, l'effet immédiat de ces attentats fut la réaffirmation de la domination américaine. Collaborer plus étroitement avec leurs alliés et les organisations internationales contribuerait à la sécurité des États-Unis. À défaut, les États-Unis devront faire face à une hostilité croissante à travers le monde.

Gilles Guiheux :   Sociologie des acteurs économiques dans une Chine en transition

La Chine est en train de passer d'une " économie d'employés " à une " économie de patrons ". L'analyse macroéconomique du dynamisme chinois montre que ce sont les acteurs privés qui sont le moteur de la croissance. Pourtant, de nombreux éléments suggèrent que les entrepreneurs privés ne constituent pas un groupe social distinct et qu'ils entretiennent des relations de proximité avec l'État et ses appareils. En outre, les réformes conduisent à la transformation des acteurs politiques et bureaucratiques, et les structures collectives n'ont pas dit leur dernier mot. La question qu'il faut poser est non pas tant celle de l'émergence d'une économie privée sur le modèle de l'histoire économique et sociale occidentale, que celle des transformations de l'État chinois et de ses rapports à la société.

Georges Le Guelte :   Plaidoyer pour une doctrine

Un État, dans la mise en œuvre d'une politique étrangère, doit tenir compte d'importantes considérations de politique intérieure. Il doit aussi évaluer les rapports de force sur le plan international, les réactions des autres pays, les contraintes économiques ou budgétaires, et estimer ses propres obligations juridiques internationales. Le nombre de paramètres est tel que seule une attitude empirique semble adaptée, chaque décision étant prise en fonction des circonstances du moment. Cependant, il est essentiel pour les autres pays que la politique internationale d'un État soit prévisible, surtout dans les situations les plus tendues. La doctrine peut-elle trouver place parmi les innombrables facteurs qui interviennent dans les relations internationales ?

Graciela Ducatenzeiler :   La " gauche " au pouvoir en Amérique latine. Révolution sociale ou banalisation populiste ?

L'Amérique latine connaît une période de stabilité démocratique qui ne correspond pourtant pas à une période de grande prospérité économique. L'ouverture, la dérégulation et les privatisations des économies nationales dans les années 1990 ont fait des réformes néolibérales et de la globalisation deux processus indissociables. Mais les récentes élections ont mis en évidence une croissance de forces politiques critiquant les réformes économiques. Cependant, les alternatives, systémiques comme antisystémiques, demeurent relativement modérées. Dans la mesure où la structure politique offre des alternatives, le choix reste dans le cadre des institutions ; le populisme demeure alors un deuxième choix favorisé par l'absence d'alternatives institutionnelles.

Pascal Boniface :   Désarmement et développement

Le concept du désarmement pour le développement est fondé sur l'idée d'un choix entre " le beurre ou les canons ". Les dépenses militaires étant généralement analysées comme des dépenses improductives, et donc, comme un gaspillage, leur réduction semble nécessairement favorable à la croissance de l'économie mondiale. Le désarmement, représenté par la réduction des dépenses militaires, constituerait donc un instrument de développement. Si, au cours de la décennie 1990, on a assisté à une réduction des dépenses militaires mondiales, il n'y a pas eu, pour autant, de réaffectation des sommes ainsi dégagées vers l'aide publique au développement : au contraire, cette dernière a également diminué au cours de la décennie et dans des proportions encore plus importantes que les dépenses militaires mondiales.

Nancy L. Green :   Concepts historiques des flux migratoires : dualités et fausses découvertes

Les distinctions entre nature marginale ou structurale de l’immigration, entre formes temporaires ou permanentes du phénomène ou bien entre notions d’immigration de travail ou de peuplement ont pendant longtemps structuré la pensée autour des migrations, et elles sous-tendent bien des questions encore aujourd’hui. Réexaminer les usages de tels concepts nous amène à nous interroger sur leurs temporalités implicites. Voir l’immigration de la fin du XXe siècle comme une nouveauté revient à manquer d’imagination et de connaissance historique. La présence de femmes immigrées est elle-même un phénomène de longue durée. Il convient de réinterroger la dualité des concepts de pensée migratoire et de comprendre leur historicité.

Mirjana Morokvasic :   Migrations en Europe : l'impact de l'élargissement à l'Est de l'Union

En repoussant ses frontières à l'est, l'Union européenne s'ouvre et se ferme à la fois, elle inclut tout en excluant. La perception des migrants comme constituant une menace et les politiques de la peur qui en découlent, ont inspiré le contenu des conditions imposées aux futurs adhérents en matière migratoire. Mais ces craintes ne semblent pas être fondées. De plus, l'impact de l'élargissement que l'on craignait déstabilisant pour l'Union en termes de flux potentiels, semble être plus déstabilisant pour les nouveaux membres de l'UE, notamment en ce qui concerne leurs relations avec leurs voisins exclus de l'élargissement. Paradoxalement, la nouvelle " frontière Schengen " et les mesures restrictives, en empêchant la circulation de personnes, risquent aussi d'encourager l'illégalité.

Marcello Maneri :   La construction d'un sens commun sur l'immigration en Italie. Les " gens " dans le discours médiatique et politique

Dans le discours politique, la référence aux comportements des citoyens est un argument de première importance : souvent, en Italie, pour justifier des politiques restrictives sur l'immigration ou sur les droits de citoyenneté accordés aux étrangers, il est fait référence au manque de préparation du tissu social ou au fait qu'une politique trop ouverte " augmenterait le racisme des Italiens ". Pour autant, il ne faut pas exagérer le rôle des attitudes individuelles dans l'élaboration des politiques qui régissent l'immigration. L'opinion publique, ainsi communément utilisée, est surtout une fiction, quand elle n'a pas une simple fonction discursive. " L'opinion des gens ", que nous connaissons parfois de manière " scientifique " à travers les sondages d'opinion, n'est pas seulement le résultat final et déformé de dynamiques sociales complexes et interdépendantes, mais aussi un référent imaginé.

Heike Hagedorn :   L'immigration dans le débat politique allemand

Depuis le changement de gouvernement en 1998, le débat sur l'immigration a gagné du terrain dans la politique allemande. L'une des premières mesures prises par la coalition des sociaux-démocrates et des Verts a consisté à réformer la loi sur la citoyenneté. Peu après, un débat hautement polémique sur une nouvelle politique de l'immigration s'est engagé. Par maints aspects, il a apporté des éléments positifs à l'image des étrangers en Allemagne, tels que le bénéfice économique des travailleurs immigrés. Néanmoins, ce débat s'adresse avant tout aux électeurs allemands, et non aux étrangers. Les partis politiques se disputent le rôle de parti le plus apte à résoudre le " problème des étrangers ", en utilisant ce thème pour améliorer leur propre image.

Albert Kraler :   Les élections autrichiennes de novembre 2002 : de l'extrême droite au national-populisme

De prime abord, l'issue des dernières élections législatives autrichiennes peut laisser penser que la xénophobie et la question de l'immigration ont fini par disparaître de l'agenda politique autrichien. Cependant, il serait réducteur d'analyser la xénophobie, le racisme et les formes plus courantes et modérées des " politiques anti-immigration " uniquement en termes de vote pour un parti spécifique. À cet égard, il est nécessaire de distinguer deux dimensions importantes du problème. Tout d'abord, l'instrumentalisation de la xénophobie et du racisme par les élites politiques et, ensuite, des formes plus indirectes d'exclusion et de cristallisation du problème des immigrés par les politiques gouvernementales et les institutions publiques. Cet article traite également du contexte général qui a conduit à la formation d'une coalition de " centre-droit ", ainsi que de la nature précise du populisme prôné par le FPÖ.

Smaïn Laacher :   L'État, la frontière et l'étranger " indélicat "

Il est aujourd'hui impossible d'aborder les questions de l'immigration et du droit d'asile sans faire référence aux " dysfonctionnements " institutionnels et juridiques de l'Union européenne. La solution la plus fréquemment avancée avec conviction résiderait dans une " harmonisation " européenne des politiques migratoires. Cet enjeu existe mais il nous semble subordonné à une croyance fondamentale qui est celle d'une vision de l'ordre national et de sa sécurité symbolique déterminant une hiérarchie des impératifs catégoriques : ce qui doit être défendu, ce n'est pas tant l'intégrité physique du territoire de la nation (qui n'est objectivement menacée par personne), mais la société contre une menace d'anomie.

Joseph Krulic :   La notion légale de réfugié et le droit d'asile en France

L'agitation médiatique qui a entouré le fonctionnement et la suppression du camp de Sangatte a de nouveau attiré l'attention sur le problème des " réfugiés ", au risque pour ce dernier de se voir confondu ou de se fondre avec celui des " immigrés ", voire des " clandestins " ou des " sans-papiers ", alors que ces concepts ou réalités ont chacun leurs particularités. En France, depuis 1993, la question de l'accueil et du traitement des réfugiés s'est retrouvée au cœur de plusieurs réformes légales ou constitutionnelles. À cet égard, la fin de la guerre froide, l'évolution du droit européen et la guerre civile en Algérie ont déterminé une évolution originale du droit d'asile en France : la prise en compte des persécutions non étatiques, des compétences communautaires accrues et de nouveaux principes propres au droit des réfugiés relatifs à l'unité de la famille.

Frédérique Bourgeois et Olivier Brachet :   Tensions dans les rapports pouvoirs publics / associations dans le dossier de l'asile

Cet article invite à décrypter les relations entre associations et pouvoirs publics sur un dossier sensible, celui de l'asile, en se penchant plus particulièrement sur la question de l'accueil des demandeurs d'asile. L'article vise à démontrer, à partir de l'exemple de Forum réfugiés, comment les associations sont à la fois dépendantes et victimes de l'absence de politique publique et se retrouvent dans une position contradictoire qui confine à la schizophrénie. Elles sont en effet en situation de construction de la politique publique pour pallier les défaillances d'une politique globale inexistante. Dans le même temps, elles interpellent et dénoncent les déficiences d'une politique qu'elles sont par ailleurs obligées d'appliquer, tout en essayant de maintenir et de contenir leurs relations avec les pouvoirs publics.

Dominique Daniel :   La politique de l'immigration aux États-Unis

Depuis 1965, date de l'abolition des quotas nationaux, la politique d'immigration américaine se caractérise par une relative générosité fondée sur le principe de la réunification familiale. Une dialectique entre forces d'inclusion et d'exclusion s'est alors instaurée. L'ouverture a été maintenue malgré une opinion publique de plus en plus hostile à l'immigration dans les années 1980 et la mobilisation de groupes de pression xénophobes. Cette ouverture est due, entre autres, à la persistance de l'idéologie de la terre d'accueil, entretenue par les associations pour les droits de l'homme et la défense des minorités ethniques, ainsi qu'à des intérêts économiques dans certains secteurs clés, et au fonctionnement des institutions politiques nationales qui tendent à isoler les dirigeants de l'opinion publique.

Yann Moulier Boutang :   Repenser les politiques migratoires en Europe : un banc d'essai pour l'Europe fédérale

Le développement de compétences fédérales en matière de migrations internationales au sein de l'Union européenne ne peut pas se limiter à des mesures de police aux frontières, ni à la simple coordination ou coopération renforcée des États membres ; elle implique la définition d'un statut constitutionnel des migrations de peuplement et de travail. Les Européens se trouvent confrontés au problème complexe d'avoir à inventer une forme de gouvernement postnational dans un continent qui connaît toutes les variétés de minorités et qui ne pourra s'unifier à partir d'un petit royaume capétien ou à partir de l'usage d'une langue commune. La capacité des tenants du fédéralisme à proposer un statut juridique satisfaisant à cette expression de la mondialisation par excellence que sont les immigrés constituerait une propédeutique exemplaire.


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