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La Revue Internationale et Stratégique N°48
hiver 2002

LE DOSSIER : Repenser la défense européenne

sous la direction de Bastien Nivet

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CONTROVERSE
Vers un nouveau traité de l’Élysée ?
Stephan MARTENS : Pour un nouveau prisme d’analyse de l’entente franco-allemande
Jérôme VAILLANT : La coopération franco-allemande à l'épreuve du traité de l'Élysée. Retour sur quarante ans d'attentes, de déceptions et de succès
Joachim SCHILD : Les relations franco-allemandes dans une Europe élargie : la fin d'une époque ?

TENDANCES
Immanuel WALLERSTEIN : L'atterrissage forcé de l'aigle américain
François CAILLETEAU : Le rôle et l'influence des responsables militaires dans la politique extérieure de la France. Les leçons du XXe siècle
Jean-Jacques KOURLIANDSKY : Forces armées d'Amérique latine. Une institution marginalisée, en situation de recours

DOSSIER : REPENSER LA DEFENSE EUROPEENNE
Bastien NIVET : La défense : problématiques et dynamiques d’un chantier européen

La défense européenne, quel objet pour quels outils d'analyse ?
Bastien IRONDELLE : Défense européenne et sciences sociales : où en est le débat théorique ?
Brian WHITE : Expliquer la défense européenne : un défi pour les analyses théoriques
Bastien NIVET : La fin du complexe européen de puissance ?
Paul A. CHILTON : La défense européenne, condition nécessaire à la formation d'une identité européenne ?

Au cœur d'un projet européen : genèse, acteurs et processus
Ben SOETENDORP : La construction d'une défense européenne : émergence d'un défi politique et appels à résolution
Giovanna BONO : L'ambiguïté des relations OTAN/PESD : faux débat ou enjeu réel ?
Jean-Pierre MAULNY : L'industrie d'armement, acteur et bénéficiaire de l'Europe de la défense ?
Philip EVERTS et Richard SINNOTT : Opinion publique, défense européenne et intervention militaire

EN LIBRAIRIE
Lecture critique
Pierre CONESA : L’émergence d’un néo-fondamentalisme identitaire

Comptes rendus
Avec Mariam ABOU ZAHAB, Pascal BONIFACE, Pierre CONESA, Barthélémy COURMONT, Stéphane DUBOIS, Philippe HUGON, Joseph KRULIC, Stephan MARTENS, Barah MIKAIL

LES AUTEURS

RESUMES-ABSTRACTS

LES ACTIVITÉS DE L'IRIS
(juillet, août, septembre 2002)


Stephan Martens :   Pour un nouveau prisme d’analyse de l’entente franco-allemande

Il existe, depuis le traité de l’Élysée, une sorte de logique propre qui veut que tant qu’il y a accord entre l’Allemagne et la France, l’Europe progresse. Malgré l’avènement d’une nouvelle Europe et de nouveaux défis, le dialogue franco-allemand, tout en fournissant les incitations essentielles, s’est plus souvent limité à une histoire bilatérale à surmonter, que fondé sur un avenir global à construire. Le 40e anniversaire du traité doit être l’occasion pour les deux partenaires de tracer un cadre d’action commun durable pour l’organisation de l’Europe élargie. Consensus stratégique et leadership visionnaire : à ces conditions, l’entente franco-allemande demeurera le moteur de la construction européenne.

Jérôme Vaillant :   La coopération franco-allemande à l’épreuve du traité de l’Élysée. Retour sur quarante ans d’attentes, de déceptions et de succès

Le traité de l’Élysée fête son 40e anniversaire en janvier 2003, alors que la question du rôle de la relation franco-allemande dans la construction européenne se pose avec plus d’intensité. Un retour sur la signature de ce traité montre ainsi que, dès 1963, les deux pays signataires connaissaient un certain nombre de désaccords, en particulier en ce qui concerne les motivations et la position des États-Unis. Le contexte de la guerre froide leur a cependant permis de dépasser ces divergences et d’instaurer des structures institutionnelles renforçant la coopération entre les deux États. Ce constat permet de considérer qu’aujourd’hui, plus qu’un nouveau traité, il est nécessaire de refonder la relation franco-allemande.

Joachim Schild :   Les relations franco-allemandes dans une Europe élargie : la fin d’une époque ?

L’évolution des relations bilatérales entre la France et l’Allemagne depuis la fin de la guerre froide a pu donner l’impression qu’un changement profond était intervenu, surtout en ce qui concerne leur capacité conjointe à donner une impulsion à la construction européenne. Pourtant, au cours de la dernière décennie, la mutation des relations franco-allemandes au sein de l’Union s’est accompagnée d’une rhétorique officielle de la continuité qui s’avère de plus en plus décalée par rapport à la réalité. S’agit-il simplement d’une « mauvaise passe » ou bien assistons-nous plutôt à un changement d’époque ? Certes les divergences d’intérêts à court et moyen termes risquent de gagner en importance, mais si l’Allemagne et la France ne perdent pas de vue la valeur de leur relation stratégique, ils pourront peut-être mieux les surmonter.

Immanuel Wallerstein :   L’atterrissage forcé de l’aigle américain

Les États-Unis sont-ils en déclin ? Peu de gens aujourd’hui approuveraient cette assertion. Cette croyance, qui consiste à affirmer que la fin de l’hégémonie américaine a déjà commencé, ne résulte pas de la vulnérabilité mise au jour par les événements du 11 septembre 2001. En réalité, le déclin des États-Unis comme puissance globale date des années 1970, et la réponse américaine aux attentats terroristes a contribué à son accélération. En examinant les évolutions géopolitiques du XXe siècle, et surtout depuis ces trente dernières années, une conclusion simple et indéniable s’impose : les facteurs économiques, politiques et militaires, qui ont contribué à forger l’hégémonie américaine sont les mêmes qui contribueront inexorablement à ce que les États-Unis continuent de voir leur influence décisive sur les affaires internationales décliner.

François Cailleteau :   Le rôle et l’influence des responsables militaires dans la politique extérieure de la France. Les leçons du XXe siècle

Le rôle des responsables militaires ne dépend pas uniquement de l’importance du facteur militaire dans la politique extérieure mais, bien souvent, de la situation des élites militaires dans le système de décision politico-administratif. À cet égard, l’histoire du XXe siècle est riche d’enseignements. En ce début de XXIe siècle, la situation est-elle en train d’évoluer ? La politique extérieure a subi une véritable révolution depuis dix ans, et la société militaire bénéficie désormais des progrès de la formation de ses élites. Pourtant, les militaires éprouvent toujours des difficultés à formuler les grands choix futurs relatifs à l’organisation structurelle des armées.

Jean-Jacques Kourliandsky :   Forces armées d’Amérique latine. Une institution marginalisée, en situation de recours

Les déceptions accumulées par des électeurs en attente de démocratie, mais aussi de meilleures conditions de vie, ont incontestablement donné une nouvelle légitimité politique aux militaires en Amérique latine. De plus, la formation d’une nouvelle alliance avec les États-Unis pour lutter contre le terrorisme et le narcotrafic suppose une remobilisation des forces armées latino-américaines. Ce double facteur de légitimité a été reçu de façon positive par les militaires, mécontents d’avoir été écartés du pouvoir sans avoir reçu de missions particulières à remplir et sans fonction sociale reconnue de la part des nouvelles autorités démocratiques latino-américaines. Les armées ont ainsi cherché à instrumentaliser une situation leur offrant une fenêtre d’opportunités d’abord en termes budgétaires, et qui se traduit parfois par un surcroît d’influence politique.

Bastien Irondelle :   Défense européenne et sciences sociales : où en est le débat théorique ?

Pour établir un bilan du débat théorique sur la défense européenne dans le champ des sciences sociales, toujours dominé par la science politique, il faut analyser la primauté des approches empirico-descriptives. En ce sens, une normalisation des paradigmes et des outils théoriques s’avère nécessaire pour étudier l’objet « défense européenne ». Cette démarche se place alors à l’encontre d’une posture s’appuyant sur la nature sui generis de l’intégration européenne pour promouvoir un paradigme de l’exception européenne. Elle permet enfin de développer des perspectives de recherche pluridisciplinaires autour des problématiques de l’institutionnalisation de l’Europe de la défense et de l’européanisation.

Brian White :   Expliquer la défense européenne : un défi pour les analyses théoriques

Les théories classiques de l’analyse de l’intégration européenne dans le domaine de la défense, que sont le néofonctionnalisme, le néoréalisme et l’intergouvernementalisme, ont dû faire face au développement de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) depuis 1998. Si certains postulats de base sur lesquels reposaient ces théories ont été remis en cause, il apparaît cependant que l’intergouvernementalisme est la théorie la plus appropriée pour fournir une analyse pertinente de la PESD. Néanmoins, le concept d’« européanisation » et les approches constructivistes constituent des perspectives alternatives qui posent un défi fondamental aux analyses classiques.

Bastien Nivet :   La fin du complexe européen de puissance ?

L’Europe apparaît, à travers les grands dossiers géostratégiques médiatisés, comme une « étrange superpuissance », dotée de pouvoirs dans le domaine économique et commercial, mais impuissante sur le plan politique et stratégique. Le développement de la PESD est alors aujourd’hui fréquemment présenté comme le signal que l’UE s’approche peu à peu du statut de « puissance ». Cette interprétation doit toutefois être nuancée, au vu des rapports ambigus qu’elle entretient avec la notion de puissance. L’irruption de la défense dans le champ d’action de l’UE est peut-être alors en réalité plus l’expression d’une prise de conscience des éléments fondamentaux du complexe européen de puissance, que le moyen pour les Européens d’accéder collectivement au rang de puissance sur la scène internationale.

Paul A. Chilton :   La défense européenne, condition nécessaire à la formation d’une identité européenne ?

De quelle manière un lien de causalité peut-il être établi au sein du triptyque constitué par les termes défense, identité et Europe ? Pour répondre à cette question, il faut envisager dans quelle mesure la construction d’une défense commune est le moteur ou le catalyseur de l’identité européenne. Pour ce faire, il est nécessaire d’étudier les conditions de la formation de l’identité et de les appliquer à la notion de défense. Ainsi, il sera alors possible de déterminer les conditions – tant socio-historiques que cognitives – grâce auxquelles la conceptualisation de la défense correspond à celle de l’identité et, par conséquent, de mesurer comment la notion de défense pourrait contribuer à la genèse d’une identité européenne.

Ben Soetendorp :   La construction d’une défense européenne : émergence d’un défi politique et appels à résolution

La politique de sécurité ayant longtemps été considérée par les États membres de l’Union européenne comme appartenant au domaine réservé de l’État-nation, l’élaboration de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) a, par conséquent, suscité un vif débat entre les États membres quant à la manière de répondre à cet objectif politique. Cet article analyse les arguments de ce débat, ainsi que leur évolution, en mettant l’accent en particulier sur l’opportunité, la nature et la forme que devrait prendre la défense commune européenne. En effet, si les arguments utilisés par les États reflètent leurs intérêts et leurs préférences, leur conceptualisation change au cours de leur interaction.

Giovanna Bono :   L’ambiguïté des relations OTAN-PESD : faux débat ou enjeu réel ?

Depuis sa création lors du Conseil de Helsinki en décembre 1999, la PESD suscite de nombreux malentendus entre l’OTAN et l’UE. Le Conseil de Nice, en décembre 2000, semblait avoir esquissé une solution en instaurant des canaux institutionnels de communication entre les deux partenaires. Toutefois, les événements du 11 septembre 2001 ont créé de nouvelles divergences, notamment en ce qui concerne leur interprétation : les Américains défendant leur vision de « lutte contre le Mal » face à l’exigence de multilatéralisme des Européens. Afin de construire un nouvel équilibre, les États-Unis devront laisser l’Union européenne devenir un partenaire égal, tandis que les Quinze renonceraient à toute rhétorique antiaméricaniste.

Jean-Pierre Maulny :   L’industrie d’armement : acteur et bénéficiaire de l’Europe de la défense ?

Les entreprises d’armement ont-elles profité de la construction de l’Europe de la défense ? Les États constituent-ils aujourd’hui un moteur pour l’Europe de la défense et l’Europe de l’armement ? Les réponses à ces questions doivent être nuancées car elles varient avec le temps. En effet, s’il est incontestable que l’industrie d’armement est contrainte par la volonté des États – dans la mesure où l’État définit le cadre légal dans lequel elle évolue et qu’il en est l’unique client –, elle obéit de plus en plus à un mouvement qui lui est propre, du fait de son insertion dans la globalisation économique. Ainsi, et contrairement a ce qui a souvent été avancé, la restructuration de l’industrie européenne d’armement ne constitue ni le préalable, ni la résultante des avancées de l’Europe de la défense.

Philip Everts et Richard Sinnott :   Opinion publique, défense européenne et intervention militaire

Cet article traite des enjeux de la défense européenne du point de vue des opinions publiques. Après une brève présentation de la nature et du rôle des opinions publiques sur les questions de sécurité et de défense, il analyse les signes d’un possible soutien des opinions publiques pour une européanisation des processus de décision dans le domaine de la défense, et en faveur d’une politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Le soutien des opinions publiques ayant été traité en des termes généraux, l’analyse se poursuit par une présentation du positionnement actuel de l’opinion publique sur la question particulière d’une intervention militaire contre l’Irak, en incluant, dans un but comparatif, des considérations sur l’opinion publique américaine. De cette analyse peuvent découler des enseignements sur les implications de l’opinion publique pour une coordination dans le domaine de la sécurité et de la défense.


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