LA REVUE INTERNATIONALE ET STRATEGIQUE N°46 - été 2002
LE DOSSIER : Une voie venue d'Afrique
Sous la direction de Franck-Emmanuel Caillaud et Philippe Hugon
REGARDS CROISES Pascal Boniface et Pierre Hassner : Réflexions critiques sur la scène internationale
CONTROVERSE Benjamin R. Barber : Par-delà Djihad versus McWorld Nadège Ragaru : « L’heure de l’Europe » dans les Balkans ? Le mirage des promesses d’européanisation
TENDANCES Valérie Rosoux : Pièges et ressources de la mémoire dans les relations internationales Valérie Niquet : Allemagne-Japon : les voies du retour Amine Ait-Chaalal : L’Algérie depuis 1962 : retour sur une histoire contrastée Didier Billion : L’Iran : un partenaire essentiel Jean-Paul Huchon : La coopération décentralisée de la région Île-de-France : une expérience réussie
DOSSIER Michel Rocard (entretien) : Quels nouveaux outils pour repenser le développement en Afrique ?
L’Afrique à l’heure de la mondialisation Ahmedou Ould-Abdallah : Une nouvelle initiative pour le développement en Afrique John Igué : Le NEPAD : initiative de la dernière chance ? Philippe Hugon : Nouveaux défis économiques et financiers en Afrique subsaharienne Alain Dubresson et Jean-Pierre Raison : Dislocations et recompositions spatiales en Afrique subsaharienne Fanny Chabrol : Le sida en Afrique subsaharienne : perceptions d’un enjeu de sécurité internationale
L’Afrique et la France : quelles perspectives ? Denis Tillinac : Rénover les relations franco-africaines Xavier de Villepin : La politique française en Afrique à l’aube du nouveau siècle Anthony Bouthelier : La « riche Afrique » et les entreprises françaises
EN LIBRAIRIE Lecture critique François Lantz : Guerres de sens
Comptes rendus
LES AUTEURS
RESUMES-ABSTRACTS
LES ACTIVITÉS DE L'IRIS (janvier, février, mars 2002)
Benjamin R. Barber : Par-delà Djihad versus McWorld
Si les attaques terroristes du 11 septembre 2001 ont réellement transformé l’ordre mondial, elles n’ont guère modifié les approches idéologiques des partis politiques de gauche et de droite aux États-Unis. La politique étrangère américaine devrait pourtant tirer les leçons de ces événements, en abandonnant les principes de la Realpolitik tels qu’ils étaient traditionnellement entendus, au profit d’une démarche qui ferait de la question démocratique le principal fondement de toute politique étrangère. Poursuivant ses réflexions sur la nécessité de promouvoir la démocratie comme moyen de lutter contre les effets néfastes de la mondialisation et de l’intégrisme, Benjamin R. Barber nous livre les prémices de ce que devrait être une politique reposant sur un nouveau réalisme démocratique.
Nadège Ragaru : « L’heure de l’Europe » dans les Balkans ? Le mirage des promesses d’européanisation
Longtemps paralysée par le souvenir des déboires diplomatiques de 1991-1993, lorsqu’elle avait cru, hâtivement, son heure venue dans les Balkans, l’Union européenne (UE) semble désormais résolue à voir son rôle de premier bailleur de fonds recevoir une traduction politique visible en Europe du Sud-Est. Plusieurs questions restent en suspens : jusqu’à quel point peut-on agiter la « promesse européenne » pour contraindre les responsables balkaniques à la « modération » ou aux réformes ? Un élargissement de l’UE aux États des Balkans – y compris occidentaux – est-il sérieusement envisageable à terme ? Dans l’intermède, à quelle logique doit obéir la politique européenne d’aide à la région ? Enfin, comment penser une formule d’encouragement aux transformations démocratiques et économiques qui contribue à renforcer la légitimité interne des régimes émergents et qui prévienne la création d’un cercle vicieux de la dépendance ?
Valérie Rosoux : Pièges et ressources de la mémoire dans les relations internationales
Comment gérer le passé et comment déterminer son impact sur la scène internationale ? La mémoire que nous avons des événements se situe dans un jeu perpétuel d’interactions avec le présent. À cet égard, le passé dispose de la capacité d’influer sur la politique étrangère, par une série de mécanismes et de représentations que les décideurs politiques s’en font. D’une logique d’accentuation du souvenir de l’affrontement, caractéristique de la survalorisation, à un travail de mémoire, les interprétations du passé sont multiples. La nécessité de décloisonner les mémoires évite alors le développement d’une mémoire agressive sans pour autant gommer les événements du passé. Or ce travail de mémoire, s’il n’est pas applicable à tous les conflits, reste toutefois l’une des seules possibilités de dégager des compromis et de créer des liens entre les hommes.
Valérie Niquet : Allemagne-Japon : les voies du retour
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne et le Japon partagent une communauté de destin qui, à partir du début des années 1990, passe par une extension remarquable des missions de leurs forces armées. Derrière les apparences d’un commun retour à la « normalité », des différences sensibles se développent cependant entre les deux États. Ces différences se situent en particulier dans la perception et la prise en compte de la légitimité de leurs revendications en matière de défense, dans des contextes stratégiques régionaux tout à fait dissemblables. Alors qu’en termes de « nécessité stratégique », cette volonté de retour à la « normalité » s’avère peut-être plus légitime dans le cas du Japon – confronté dans sa zone à des déséquilibres patents –, c’est en Allemagne que le débat suscité par une telle volonté entraîne les réticences les moins significatives.
Amine Ait-Chaalal : L’Algérie depuis 1962 : retour sur une histoire contrastée
Depuis son indépendance, le 5 juillet 1962, l’Algérie est devenue un protagoniste influent de la scène internationale. Face à des problématiques sociales lourdes, le pays a su élaborer des politiques crédibles véhiculant l’image d’un partenaire économique important. Malgré une situation politique interne troublée, l’Algérie a développé un jeu diplomatique pragmatique lui donnant tout son poids sur la scène internationale. Cependant depuis 1992, le pays doit faire face à des événements d’une grande violence opposant le pouvoir en place à une nébuleuse de groupes armés. Il importe désormais à l’Algérie de régler les difficultés structurelles qu’elle rencontre au plan interne si elle veut disposer d’une réelle capacité d’action internationale.
Didier Billion : L’Iran : un partenaire essentiel
La révolution islamique de 1979 a forgé de l’Iran une image peu nuancée : pays déstabilisateur, menaçant les intérêts occidentaux, inassimilable par la communauté internationale. Or la réorientation actuelle de la politique extérieure iranienne rend cette représentation obsolète. S’articulant autour de deux priorités, internationale et régionale, la politique étrangère de Téhéran s’attache d’une part, à mettre un terme à l’isolement de l’Iran sur la scène internationale, et d’autre part, à conforter son influence régionale, en utilisant des atouts propres à lui assurer le titre de pôle de stabilité et de puissance. Face à cette double volonté, l’Iran doit faire face à l’opposition américaine, qui constitue le principal obstacle à l’extension de son rôle au niveau régional et international. Dans ce jeu complexe, l’Union européenne doit renforcer ses relations avec l’Iran afin de conforter la tendance dans laquelle la République islamique est engagée.
Jean-Paul Huchon : La coopération décentralisée de la région Île-de-France : une expérience réussie
La région Île-de-France dispose aujourd’hui d’une politique de coopération décentralisée claire et visible, qui se décline selon trois formes complémentaires : coopération institutionnelle, coopération de projets, coopération de société à société. Cette coopération est mise en œuvre avec 12 partenaires prioritaires en Afrique, dans la Méditerranée, en Asie, aux Amériques et en Europe. Elle se complète également d’une présence très forte et très active de la région Île-de-France dans les réseaux internationaux de villes et d’autorités locales. Vitrine des savoir-faire de l’Île-de-France, elle constitue enfin une contribution de la région au développement mondial dans le respect des hommes et de leurs cultures.
Ahmedou Ould-Abdallah : Une nouvelle initiative pour le développement en Afrique
De nombreuses initiatives économiques ont été élaborées afin de lutter contre la pauvreté en Afrique, et beaucoup d’entre elles n’ont jamais abouti, à l’instar de l’Initiative spéciale pour l’Afrique, annoncée par le Secrétaire général des Nations unies en 1996. Lancé en juillet 2001, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) ravive toutes les espérances. Projet novateur, il constitue la synthèse de plusieurs plans antérieurs, mais s’en distingue tant par son approche, que par son champ d’application et, surtout, en par le suivi qu’il propose de ses actions. Sa viabilité n’en demeure pas moins conditionnée aux questions de son financement et de sa réappropriation par les populations africaines. Or ces problématiques devront être rapidement levées afin, non seulement, d’assurer son efficacité et sa pérennité, mais surtout de tenir ses promesses.
John Igué : Le NEPAD : initiative de la dernière chance ?
L’Afrique se trouve aujourd’hui dans une situation difficile, aussi bien au plan politique que social. Paupérisation, expansion du sida et crises sociopolitiques ont conduit certains chefs d’États africains à élaborer de nouvelles initiatives pour sortir l’Afrique de ses difficultés, et l’ensemble de ces projets a trouvé son aboutissement dans le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD). Cependant, la création même du NEPAD suscite beaucoup d’interrogations. Le contexte dans lequel il fut élaboré, son appropriation par les populations et sa manipulation par la communauté internationale lui imposent de se recentrer sur des objectifs proprement africains, afin de répondre le plus efficacement possible aux enjeux stratégiques auxquels le continent est confronté.
Philippe Hugon : Nouveaux défis économiques et financiers en Afrique subsaharienne
Les rapports de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement ou de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) nous éclairent sur une Afrique ambivalente, marginalisée, connaissant une situation économique stagnante, souvent handicapée par un système financier défaillant, qui assiste à un retrait de l’État de ses fonctions régaliennes. Ce constat ne saurait résumer à lui seul la situation du continent, qui est aussi caractérisée par ce que Georges Balandier appelait une « dynamique du dedans », réussissant à gérer une démographie exponentielle et amorçant une ouverture vers la démocratie. L’Afrique se trouve maintenant confrontée à des défis internes et internationaux, ainsi qu’à une modification de l’environnement international par le phénomène de la mondialisation, remettant en cause ses structures sociales et rendant le continent largement dépendant des fluctuations de l’économie mondiale et de ses bailleurs de fonds.
Alain Dubresson et Jean-Pierre Raison : Dislocations et recompositions spatiales en Afrique subsaharienne
Victime de « nouvelles malédictions » et d’une économie en crise, on assiste en Afrique à une recomposition de la typologie spatiale et sociale du continent. Caractérisée par une augmentation de la mobilité entre villes et campagnes – qui n’est pas en elle-même une nouveauté –, cette nouvelle typologie tend à exacerber l’ambiguïté de la construction urbaine africaine. La crise qui frappa l’Afrique affecta le monde urbain et rural à des rythmes et avec des effets différents. Elle fut non seulement le révélateur d’une mosaïque régionale et d’une diversité des espaces, mais également des inégalités spatiales et sociales, à la fois entre régions et à l’intérieur même de celles-ci. Aujourd’hui, la nécessité de restructurer la mosaïque africaine s’impose et doit se faire en redécouvrant le rôle central de l’État dans une dynamique locale et régionale.
Fanny Chabrol : Le sida en Afrique subsaharienne : perceptions d’un enjeu de sécurité internationale
D’ores et déjà ravagée par la pauvreté, la mortalité infantile, le paludisme et les conflits, l’Afrique est la première victime de l’épidémie du sida qui, depuis plus d’une décennie, connaît des taux records, 70 % des personnes atteintes du VIH/sida dans le monde, vivent en Afrique subsaharienne. Par son acuité sur le continent africain, le sida nourrit l’image négative d’une Afrique inutile et déclassée. La gravité et l’ampleur de la pandémie sont liés à une accumulation de handicaps, et ses répercussions démographiques et économiques menacent des équilibres géopolitiques déjà fragiles. L’impact de cette maladie sur les sociétés africaines a été envisagé comme une menace primordiale aux acquis du développement, puis défini comme un puissant facteur de déstabilisation, et reconnu enfin comme une menace à la sécurité et à la paix mondiale. L’Afrique est en crise dans son existence même et « le sida en Afrique » est en train de devenir un objet à part entière, qui demande la plus grande préoccupation internationale.
Xavier de Villepin : La politique française en Afrique à l’aube du nouveau siècle
À partir de 1962, l’ensemble des anciennes colonies françaises d’Afrique subsaharienne avaient recouvert leur souveraineté. Au début des années 1990, celles-ci ont été le théâtre de mutations profondes qui remettent aujourd’hui en cause la politique franco-africaine du « pré carré ». Afin de maintenir son engagement en Afrique, la France cherche à développer dans les domaines économique, politique et militaire un partenariat fondé sur des intérêts partagés par les deux acteurs. Face à cette volonté, la diminution de l’aide publique au développement, qui n’est qu’une des manifestations d’un affaiblissement plus général de l’ensemble du système de coopération français, semble poser la question de la réalisation effective d’un partenariat plus large entre la France et l’Afrique.
Anthony Bouthelier : La « riche Afrique » et les entreprises françaises
Comment parler de la « riche Afrique » dans le contexte actuel de multiplication des conflits et des désastres humanitaires que connaît le continent ? La diversité des cultures et des paysages donne de l’Afrique une image multiple, dont il est possible toutefois de reconnaître deux ensembles : l’Afrique du Nord, partenaire actuel, et l’Afrique subsaharienne, en devenir. Les investisseurs internationaux, notamment français, conditionnant l’orientation de leurs investissements à une certaine stabilité politique, ne font pas de l’Afrique une destination prioritaire. Il apparaît dès lors que le développement de l’Afrique ne pourra se faire que grâce à un véritable partenariat public/privé, à l’instar de ce que connaissent un certain nombre de pays asiatiques, et qui constitue le principal enjeux du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD).
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