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LA REVUE INTERNATIONALE ET STRATEGIQUE
N°44 - Hiver 2001-2002

LE DOSSIER : Asie : équilibres incertains


Sous la direction de Valérie Niquet

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DOSSIER
Asie : équilibres incertains

Valérie NIQUET : Introduction : Vers une recomposition du paysage stratégique en Asie après les attentats du 11 septembre 2001 ?
Nathalie HOFFMANN : Les démocraties asiatiques et leurs capacités de résistance aux crises
Évelyne DOURILLE-FEER : Les butoirs de la croissance et de la puissance en Asie orientale
YANG Baoyun : " Confiance et prudence " : la diplomatie chinoise au début du XXIe siècle
Vassili MIKHEEV : Les nouveaux objectifs de la Russie au sein de la région Asie-Pacifique
François GUILBERT : Cinq ans de dialogue euro-asiatique " asemien "
Marianne PERON-DOISE : Enjeux de sécurité et mise en place de mesures de confiance autour de la péninsule Coréenne

CONTROVERSE
Annick HAMEL : L’accès aux soins des populations les plus démunies : un débat enfin ouvert
André DUMOULIN : Le « zéro-mort » : entre le slogan et le concept

TENDANCES
Charles JOSSELIN : Les nouveaux termes du dialogue Nord-Sud
Patrick MICHEL : Religion et politique dans un monde en quête de centralité
Michel FORTMANN et Hélène VIAU : Le Canada et la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) : une politique à la croisée des chemins
Jean-Jacques KOURLIANDSKY : Le Chili du président Lagos : de l’isolement imposé au volontarisme extérieur

EN LIBRAIRIE
Lecture critique
Barthélémy COURMONT : Caractéristiques et contraintes de la puissance américaine

Comptes rendus

LES AUTEURS

RESUMES-ABSTRACTS

LES ACTIVITÉS DE L'IRIS
(juillet, août, septembre 2001)


Annick Hamel :   L'accès aux soins des populations les plus démunies : un débat enfin ouvert

Le retrait, sous la pression publique, d'une plainte déposée par 39 laboratoires pharmaceutiques contre le gouvernement sud-africain a fait émerger dans le débat public la question de l'accès aux médicaments des malades les plus démunis. Le procès de Pretoria a mis en lumière la responsabilité de l'industrie pharmaceutique et des accords sur la propriété intellectuelle dans le prix et le statut du médicament. L'épidémie de sida a, quant à elle, montré les limites des théories sanitaires du " tout prévention " et la responsabilité des pouvoirs politiques nationaux et internationaux. Aujourd'hui, si le discours de la plupart des acteurs change, il reste encore à le traduire en actes pour que les médicaments et les soins deviennent une réalité pour les malades les plus démunis.

André Dumoulin :   Le " zéro-mort " : entre le slogan et le concept

Le slogan " zéro-mort ", introduit lors de la guerre du Golfe, est en voie de conceptualisation stratégique et culturelle dans le monde occidental. L'évolution des enjeux de la guerre, l'impact de la technologie en matière d'armement et la mutation des mentalités ont joué un rôle moteur dans l'avènement de cette volonté insistante de préserver les vies humaines. L'intégration progressive du " zéro-mort " génère d'ores et déjà de nombreuses modifications et des effets pervers dans les domaines de la stratégie militaire, de l'organisation nationale et internationale des armées, et de la psychologie des combattants. L'avenir de ce concept est cependant incertain, puisqu'il tend à nier la notion de risque dans l'intervention militaire, notion qui est pourtant inhérente à l'idée même de la guerre. Le concept de " zéro-mort " pourra-t-il orienter les stratégies militaires sans risquer de fragiliser la solidarité militaire occidentale et l'efficacité des missions ?

Charles Josselin :   Les nouveaux termes du dialogue Nord-Sud

Dans le combat engagé contre les inégalités dans le monde et l'imposition d'un " modèle unique ", la société civile a un rôle à jouer. Les chancelleries occidentales se doivent, dès lors, d'améliorer leurs rapports de confiance avec les pays du Sud, en renonçant, notamment, à la relation classique d'autorité Nord-Sud. Elles doivent également prendre conscience de l'incapacité que rencontrent ces pays dans l'application de normes qui leur ont été imposées de l'extérieur. Sur des bases de solidarité, de défense des droits de l'homme et de développement durable, les pays du Nord, tout en respectant la souveraineté de ceux du Sud, doivent renforcer leur politique de distribution de fonds financiers, ainsi que leur relations politique et culturelle.

Patrick Michel :   Religion et politique dans un monde en quête de centralité

L'effondrement du communisme a marqué la fin du processus menant à l'avènement d'un monde où l'absolu n'a plus sa place. Le religieux, basé sur la tradition, le passé, la stabilité, tente, avec difficultés, de s'adapter aux conséquences de cette réalité politique : un espace en perpétuelle mutation et un temps dont le sens n'est plus ni normatif ni collectif, mais individuel. L'individualisation du croire et le phénomène de " religion à la carte " - adaptation sociale du religieux - induisent des modifications dans la place attribuée au religieux par le politique. La croyance est en mouvement, individualisée, et ainsi inscrite dans la réalité. Elle deviendrait ainsi pour le politique " une ressource neutre, disponible à des fins de gestion d'une recomposition multiforme ". Et si le politique s'attache à utiliser le religieux, il ne fait que révéler son propre malaise, son incapacité à définir son rapport au sens et à ces " identités mobiles et plurielles ".

Michel Fortmann et Hélène Viau :   Le Canada et la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) : une politique à la croisée des chemins

" L'Identité de sécurité et de défense européenne n'est plus seulement une idée attrayante, c'est un besoin prioritaire ". En dépit des diverses tentatives infructueuses d'une Europe de la défense, les Canadiens écoutent avec attention George Robertson, secrétaire général de l'OTAN, pour voir l'Europe comme un point d'appui essentiel de leur politique étrangère. Le Canada ne veut plus être assimilé aux États-Unis, et craint d'être écarté des relations américano-européennes. Il s'agit, dès lors, pour le Canada de se présenter comme un interlocuteur et un partenaire privilégié de l'Union européenne (UE), notamment dans le cadre de la défense. Les diplomates canadiens ont joint leurs efforts pour tenter d'établir un mécanisme de consultation entre le Canada et l'UE, mais ils durent affronter la réticence des Européens avant de pouvoir émettre, en décembre 2000, une " déclaration conjointe Canada-UE sur la défense et la sécurité ".

Jean-Jacques Kourliandsky :   Le Chili du président Lagos : de l'isolement imposé au volontarisme extérieur

Le Chili a occupé, pendant plus de vingt ans, une place paradoxale dans les relations et les médias internationaux, celle d'un État repoussoir, dont l'isolement a été volontairement mis en évidence, pour des raisons morales. Le retour des libertés, difficilement négocié, a laissé des scories autoritaires cohabiter avec les institutions démocratiques. Dix ans après les premières élections, le Chili était toujours un pays paria, montré du doigt au travers du général Pinochet par la communauté occidentale. En quelques mois, le président élu en 1999, Ricardo Lagos, en mettant en examen Augusto Pinochet, a rendu sa dignité internationale au Chili. Récupérant par ricochet la pleine reconnaissance de sa souveraineté, le Chili d'aujourd'hui, sous l'impulsion du nouveau chef de l'État, affirme une identité extérieure, commerciale pour l'essentiel, qui a fait grincer bien des dents, du Brésil à l'Union européenne. Ce volontarisme reste fragile, soumis aux aléas d'élections difficiles au mois de décembre 2001.

Valérie Niquet :   Vers une recomposition du paysage stratégique en Asie après les attentats du 11 septembre 2001 ?

Ces dernières années, l'Asie s'est trouvée déstabilisée par deux crises majeures dont les conséquences se font encore ressentir et qui ont soumis à rudes épreuves ses capacités de réaction. L'épicentre de la première, d'ordre économique, se situait au cœur de la zone de développement asiatique. Celui de la seconde, d'ordre stratégique, se trouve aux États-Unis, loin, en apparence, de la zone considérée. Pourtant, les attaques terroristes qui ont frappé le territoire étatsunien, le 11 septembre 2001, risquent d'avoir d'importantes répercussions en Asie. On pourrait, de ce fait, à la faveur des circonstances récentes, assister à un réinvestissement de la zone par les États-Unis et à une nouvelle mise sous tutelle de l'Asie, qui ne laisseraient qu'une marge de manœuvre très limitée aux autres puissances, et ne pourraient que mettre à mal les aspirations multipolaires.

Nathalie Hoffmann :   Les démocraties asiatiques et leurs capacités de résistance aux crises

Avec la fin du système bipolaire et le changement des priorités qui en ont résulté, l'Occident accorde désormais une attention toute particulière au respect de certains principes, au premier rang desquels la démocratie et les droits de l'homme. Cette attention toute nouvelle a suscité un nombre croissant de tensions avec nombre de pays asiatiques depuis la fin des années 1980. Plusieurs pays asiatiques y ont répondu en insistant sur les différences d'interprétation possibles de ce concept et en soulignant les spécificités qui les caractérisent. La démocratisation de la plupart des régimes asiatiques, bien réelle, se trouve cependant à un tournant face aux difficultés qu'ils éprouvent en raison, notamment, de la crise financière et économique de l'été 1997, mais aussi du développement de contestations internes et de la radicalisation de certains acteurs qui font craindre, en Occident, une fragilisation de ces démocraties.

Évelyne Dourille-Feer :   Les butoirs de la croissance et de la puissance en Asie orientale

Renommés pour des taux de croissance records dans les années 1970, les États d'Asie orientale durent assumer les faiblesses de leurs systèmes financier et monétaire lors de la crise de 1997-1998. En dépit de quelques réformes structurelles, les progrès sont lents, et les prévisions de croissance 2001, initialement calculées autour de 5 %, tendent à la baisse en raison, notamment, du ralentissement de l'économie nord-américaine. Concentrant près d'un tiers de la population mondiale, l'environnement, la sécurité alimentaire, le contrôle des énergies primaires, une forte urbanisation et le vieillissement de la population sont des questions centrales dans le développement de ces États. Bien que le Japon présente une avancée certaine, il n'arrive pas à s'imposer comme la puissance économique dominante, car la Chine et l'Inde se présentent comme les deux puissances montantes de la région.

Yang Baoyun :   " Confiance et prudence " : la diplomatie chinoise au début du XXIe siècle

En 1978, la Chine établissait des relations diplomatiques avec les États-Unis. Depuis, l'évolution de la situation internationale, l'approfondissement des réformes et l'ouverture de la société chinoise semblent déterminer une recomposition des relations diplomatiques entre Pékin et le reste du monde. Sur la scène internationale, la Chine de l'après-guerre froide se positionne à la fois en fonction de nécessités internes liées à son propre développement économique et du rôle qu'il lui incombe d'assumer au triple titre d'acteur international influent, de puissance régionale incontournable et de chef de file d'un nouvel ordre mondial, respectueux de la sécurité économique et de la souveraineté nationale. Au début du XXIe siècle, la diplomatie chinoise propose une configuration du monde originale.

Vassili Mikheev :   Les nouveaux objectifs de la Russie au sein de la région Asie-Pacifique

Les récentes visites du président russe, Vladimir Poutine, en Chine, en Corée du Nord et du Sud, en Inde, au Japon, en Mongolie et au Viêtnam, montrent le regain d'intérêt de la Russie pour la région Asie-Pacifique (RAP). Comme au temps de la guerre froide, la Russie cherche à conserver son prestige politique dans cette région. Or, la notion de puissance recouvre aujourd'hui une dimension bien plus économique et financière que militaire. Il est, dès lors, de l'intérêt de la Russie de s'intégrer économiquement dans la RAP. Souffrant d'un profond déséquilibre entre ses parties européenne et orientale, le régionalisme économique semble représenter pour la Russie une perspective de développement économique aux niveaux national et régional. La Russie s'est intéressée à une éventuelle coopération avec ses voisins d'Asie du Nord-Est, mais les questions du financement d'un tel processus et des litiges frontaliers se sont posées. Pourtant, les perspectives d'un marché commun en Asie du Nord-Est pourraient être les prémices de la résolution de ces litiges et d'une coopération en matière énergétique.

François Guilbert :   Cinq ans de dialogue politique euro-asiatique " asemien "

Plus que d'un projet politique construit, les relations euro-asiatiques sont nées d'une intuition - l'Asie devient le " centre " du monde - et d'un espoir secret de rééquilibrer la puissance américaine dans la région. Dans une recherche aussi bien partagée le long des rives du Pacifique que sur les côtes de l'Atlantique, de construire un monde tripolaire, l'ASEM (Rencontre Asie-Europe) apparaît comme un instrument nécessaire… mais insuffisant. Cinq ans après sa création, en 1996, l'ASEM n'en demeure pas moins l'archétype d'un nouveau mode de coopération, susceptible de valoriser les stratégies médianes de l'Union européenne face aux tentatives des États-Unis d'instrumentaliser les États asiatiques.

Marianne Péron-Doise :   Enjeux de sécurité et mise en place de mesures de confiance autour de la péninsule Coréenne

Suspendues en mars 2001, après les espoirs qu'avait laissés entrevoir la rencontre des deux dirigeants coréens au mois de juin 2000, les négociations intercoréennes vers une éventuelle réunification ont repris au mois de septembre 2001. Depuis le communiqué commun Nord-Sud de 1972, les deux Corées s'efforcent en effet d'instaurer - non sans quelques désaccords - un régime de sécurité et de confiance dans la Péninsule. Mais les attentats du 11 septembre 2001 ne sont pas sans perturber ces nouveaux espoirs de réconciliation. En effet, ces derniers réveillent l'image de l'État paria nord-coréen, ainsi que les nombreuses tensions politiques de la région, susceptibles de mettre un coup d'arrêt définitif au processus de réconciliation. La mesure des interventions militaires américaines et la prise en compte du poids politique des puissances régionales, comme la Chine, le Japon et l'Inde, détermineront l'avenir de la Péninsule.


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