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LA REVUE INTERNATIONALE ET STRATEGIQUE
N°41 - Printemps 2001

LE DOSSIER : 1991-2001 : Dix années qui ébranlèrent le monde
NUMERO SPECIAL


Sous la direction de Pascal Boniface


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Pascal Boniface : Editorial
Hubert Védrine (entretien) : Relations internationales : repenser les concepts, réinventer les méthodes
Serge Weinberg : Les entreprises françaises de 1991 à 2001. L'adaptation du système économique français au nouvel environnement international

Les paradigmes déchus ?
Jean Musitelli : 1991-2001 : permanences et changements
Bertrand Badie : Les grands débats théoriques de la décennie
André Fontaine : Les paradigmes artificiels

Nouveaux acteurs, nouvelles pratiques
Frédéric Tiberghien : La place de l'homme dans la société internationale
Sylvie Brunel : L'humanitaire, nouvel acteur des relations internationales
Philippe Hugon : Dix ans de politique de développement économique : échec ou réussite ?
Jean-Pierre Maulny et Franck-Emmanuel Caillaud : À l'heure de la mondialisation, les mutations de la relation État / entreprises de défense

Redéfinition de la donne géopolitique
Gérard Chaliand et Pierre Conesa : Réflexions sur une carte du monde mitée
Bastien Nivet : De Maastricht à Nice : la laborieuse ascension de l'Union européenne
Nadège Ragaru : Démocratisation et démocraties est-européennes : le miroir brisé
Arnaud Dubien : De l'URSS à la Russie
Manon Tessier et Michel Fortmann : Les États-Unis : mutation d'une superpuissance dans l'après-guerre froide
Valérie Niquet : La guerre froide est-elle toujours d'actualité en Asie orientale ?

NOTES DE LECTURE

LES ACTIVITÉS DE L'IRIS
(octobre, novembre, décembre 2000)


Serge Weinberg :   Les entreprises françaises de 1991 à 2001. L'adaptation du système économique français au nouvel environnement international

La décennie 1991-2001 a constitué une période de profondes mutations pour les entreprises françaises et pour le capitalisme français. Sous la pression de trois mouvements simultanés - politiques de privatisation, mondialisation et avènement de l'euro -, les grandes entreprises nationales se sont peu à peu renforcées dans les années 90, ce qui a considérablement modifié le paysage économique et industriel français. Cela a également eu une influence sur les pratiques du capitalisme hexagonal : on est ainsi passé d'un système où l'État jouait un rôle clé à un système plus ouvert à l'économie de marché, adoptant, par là même, de nombreux modes de fonctionnement anglo-saxon en matière de gouvernement d'entreprise. Néanmoins, si la France veut faire face aux nouveaux défis de l'économie globale et de l'Internet, elle doit d'abord dépasser certaines contradictions liées à l'" exception française ", sans pour autant renoncer à sa propre identité culturelle

Jean Musitelli :   1991-2001 : permanences et changements

La fin de la guerre froide a profondément modifié la carte du monde et la hiérarchie des puissances. Elle n'a cependant pas engendré un nouvel ordre mondial de nature à fonder les relations entre nations sur des valeurs coopératives et pacifiques. Le monde s'est structuré selon un schéma unipolaire sanctionnant la prédominance des États-Unis, que les progrès de l'Union européenne n'ont pas suffi à compenser. Le fossé Nord-Sud est resté béant et s'est imposé comme le défi majeur pour l'équilibre planétaire. Face aux risques de privatisation du monde que porte en elle une mondialisation exclusivement économique, les efforts pour en maîtriser le cours et l'orienter dans un sens plus démocratique, plus équitable et plus respectueux de l'intérêt commun de l'humanité n'ont produit que des résultats limités

Bertrand Badie :   Les grands débats théoriques de la décennie

La guerre froide s'est achevée sur des débats théoriques beaucoup plus tranchés que ceux qui avaient marqué ses débuts. En effet, c'est au cours de cette période historique que se sont développés les nouveaux paradigmes interprétatifs des relations internationales. Qu'ils s'agissent des transformations économiques et de l'essor des premières analyses interdépendantistes ; de la crise de l'État et de la remise en cause du paradigme réaliste, ou bien du mouvement de mondialisation et de l'émergence des thèses transnationalistes, la décennie écoulée a vu ces débats se prolonger et s'intensifier. Les évolutions récentes sont davantage le fait d'une adaptation liée à l'apparition de pratiques nouvelles sur la scène internationale, l'absence d'innovation scientifique en la matière dissimulant mal le désarroi intellectuel engendré par la fin de l'ordre bipolaire

André Fontaine :   Les paradigmes artificiels

Le nouvel ordre international tel qu'imaginé par George Bush, la " fin de l'Histoire " mise en avant par Francis Fukuyama, la quête de l'Empire universel et le " choc des civilisations " de Samuel Huntington constituent quatre des principaux paradigmes avancés au cours de la dernière décennie. L'auteur se propose de les soumettre à l'analyse critique, autrement dit d'étudier leur pertinence à la fois comme mode d'explication et de compréhension du réel et comme facteur de développement ou de " Progrès ". Les limites de ces modèles, tant au plan cognitif que conséquentiel, ne doivent pourtant pas faire oublier qu'il n'est d'autre loi, à défaut, que celle de la jungle

Frédéric Tiberghien :   La place de l'homme dans la société internationale

Le thème des droits de l'homme, réapparu à la fin des années 70, a été instrumentalisé par l'Occident, dans les années 80, pour contribuer à la chute du communisme. La valeur universelle de ces droits, quoiqu'en progression, est toujours contestée, en particulier par les pays du Sud. La chute du Mur a toutefois permis de réunifier, dans une même approche, les droits civils et politiques avec les droits économiques et sociaux. La notion de droits de l'homme a gagné en étendue dans les années 90, incorporant des domaines nouveaux comme la protection de l'environnement. Elle a également été déclinée à des groupes ou communautés, sous l'influence d'acteurs nouveaux. La montée en puissance des droits de l'homme s'accompagne d'une ascension du contrôle juridictionnel, gage de leur meilleur respect. Ce dernier reste toutefois limité, faute d'une institution ou d'un cadre juridique mondial chargés d'y veiller

Sylvie Brunel :   L'humanitaire, nouvel acteur des relations internationales

1988-2000 : douze ans qui ont changé l'humanitaire. La dernière décennie du siècle s'est ouverte sur la conviction que l'ingérence permettrait aux peuples pauvres et opprimés de recueillir enfin les " dividendes de la paix ". Elle s'est achevée sur un humanitaire technicisé et instrumentalisé qui trouve, dans la défense des droits de l'homme, un expédient à ses difficultés croissantes d'accès aux victimes. Dans l'intervalle pourtant, l'action humanitaire est devenue un acteur à part entière des relations internationales, et l'activisme des ONG a été consacré par deux prix Nobel de la paix. Mais la naissance d'une prétendue " diplomatie morale " a surtout eu pour conséquence de la transformer en un paravent commode pour la poursuite d'intérêts étatiques traditionnels

Philippe Hugon :   Dix ans de politique de développement économique : échec ou réussite ?

Après la " décennie perdue du développement " des années 80 pour l'Afrique et pour l'Amérique latine peut-on parler d'une décennie de développement gagnée durant la décennie 90 ? Les divergences dans les trajectoires de développement sont-elles liées à des différences de politiques de développement, à des divergences d'insertion dans l'économie mondiale ou à des effets de seuil conduisant, à défaut d'investissements suffisants, à des pièges de pauvreté ? Cet article différencie l'impact de la mondialisation sur la libéralisation des économies en développement et la diversité des politiques et des trajectoires des économies émergentes ou en voie de marginalisation.

Jean-Pierre Maulny et Franck-Emmanuel Caillaud :   À l'heure de la mondialisation, les mutations de la relation État / entreprises de défense

Depuis dix ans, l'industrie d'armement a foncièrement évolué. Certes, la guerre froide a eu d'indéniables répercussions sur ce secteur industriel, l'obligeant à se remettre en question. Cependant, elle n'explique pas, à elle seule, la vague de regroupement sur laquelle ont glissé les firmes de défense. En effet, la globalisation et la mondialisation, en homogénéisant les règles de fonctionnement des entreprises et en faisant voler en éclats les armatures nationales, ont grandement favorisé les " méga-restructurations ". De plus, l'internationalisation des entreprises, dans un contexte ambiant de privatisation, favorise la généralisation de l'actionnariat - plus ou moins dilué -, dont les objectifs sont parfois éloignés de ceux des gouvernements en place. Or, ce secteur industriel est, par essence, éminemment stratégique. Les États ne pouvaient pas ne pas réagir face à cette potentielle perte de contrôle

Gérard Chaliand et Pierre Conesa :   Réflexions sur une carte du monde mitée

La situation géopolitique, née avec la fin de l'URSS, se caractérise autant par la suprématie américaine que par la multiplication des " zones grises " dans lesquelles se poursuivent des crises sans issue politique et, de fait, appelées à durer. On peut les classer en deux catégories : les crises de fins d'Empire et la mort d'États peu ou pas colonisés. 300 à 350 millions de personnes sont aujourd'hui touchées par cette situation. Face à ces crises, contre lesquelles la suprématie militaire est sans effet et dont le risque de contagion est limité, les pays occidentaux adoptent une diplomatie froide, assise sur la mesure du risque plutôt que sur la défense des intérêts, à visée plus économique que politique, limitant leurs interventions aux enjeux majeurs pour la sécurité ou les ressources. La carte du monde unipolaire à venir sera donc parsemée de zones de désintérêt stratégique en crise durable

Bastien Nivet :   De Maastricht à Nice : la laborieuse ascension de l'Union européenne

L'Union économique et monétaire matérialisée par l'euro ainsi que la Politique étrangère et de sécurité commune constituent, au regard de ces dix dernières années, les avancées les plus significatives de la construction européenne. Au demeurant, l'Europe reste marquée par l'absence d'un projet commun politiquement cohérent, oscillant entre fédéralisme et souverainisme, dont le sommet de Nice de décembre 2000 fournit une dernière illustration. À ce titre, l'Union semble davantage s'analyser comme un instrument de promotion et de protection des intérêts propres aux États. Aussi, l'avenir européen, et notamment le projet d'une grande Europe - en raison de l'élargissement à 28 ou 30 États membres -, risque d'être source de nouvelles désillusions si une profonde remise en cause des habitus tant nationaux qu'européens n'est pas entreprise

Nadège Ragaru :   Démocratisation et démocraties est-européennes : le miroir brisé

Les pays de l'ex-Europe soviétique se sont vus proposés un modèle de développement fondé sur le libéralisme politique et économique, censé être la représentation synthétique de la normalité européenne, et constituant le référant critique de la plupart des interprétations données du processus de démocratisation dans ces États. Or, une telle grille de lecture est réductionniste. Elle se fonde sur une vision moniste et appréhende les difficultés rencontrées par ces nouvelles démocraties depuis une décennie de manière autoréférentielle. Une approche contextualiste peut permettre de fournir les cadres d'une interprétation susceptible d'intégrer le vocabulaire et les problématiques propres à ces États, et à même de reconnaître leur rôle participatif à la compréhension et à la formation des concepts de démocratie et d'économie libérale

Arnaud Dubien :   De l'URSS à la Russie

Jamais pays n'a connu, en une décennie, davantage de bouleversements que la Russie. Solder l'héritage soviétique, s'adapter à une perte manifeste de puissance, réformer le pays, autant de défis que la Russie est mise en demeure de relever. Fossoyeur de l'URSS, la Russie a fait les frais du déclin de son influence au moment de l'échec de la CEI. Sur le plan économique, le caractère inachevé des réformes mises en branle l'a empêchée de se doter d'une véritable économie de marché, cependant que la richesse nationale a connu un effondrement sans précédent. La décrépitude de son économie fait écho à l'instabilité politique chronique dont elle pâtit. Une nouvelle Russie peut-elle dès lors émerger ? L'élection de Vladimir Poutine, la refonte du système fédéral, la volonté affichée de mettre au pas les " oligarques ", la restauration de l'autorité de l'État sembleraient le prouver. Mais cela ne va pas sans atteinte aux libertés fondamentales

Manon Tessier et Michel Fortmann :   Les États-Unis : mutation d'une superpuissance dans l'après-guerre froide

Qualifier les États-Unis de superpuissance, dans l'état actuel des choses, s'apparente à un truisme. Cependant, superpuissance n'est pas synonyme d'omnipotence. Depuis la fin de la guerre froide, les États-Unis traversent une phase d'introspection sur la définition de leur puissance et sur les moyens d'en user - dans un contexte planétaire ambiant de montée de l'antiaméricanisme. Malgré le fait de posséder la première armée de la planète, les États-Unis n'ont pas, pour autant, la capacité d'imposer leur loi à l'échelle du monde : leur liberté d'action n'est pas absolue mais bridée par des impératifs d'ordre diplomatique, politique et moral. À une époque où les gouvernants américains ont érigé l'autodissuasion en dogme, comment la puissance américaine se répercute-t-elle à la surface du globe ?

Valérie Niquet :   La guerre froide est-elle toujours d'actualité en Asie orientale ?

Pour ne pas être placée directement sur le devant de la scène internationale, l'Asie n'en est pas moins secouée par des problèmes de type " transnationaux ". La fin de la guerre froide a entraîné le retrait total de l'influence soviétique, partiel de celle des États-Unis, laissant la place à une puissance chinoise qui affirme clairement ses ambitions. Retrouvant sa centralité en Asie orientale, la Chine inquiète donc ses voisins qui, à l'instar du Japon, redéfinissent, à cette aune, leur politique de défense. De fait, la guerre froide semble toujours perdurer : il n'y a pas eu disparition mais transfert de la bipolarisation du niveau mondial au niveau régional. Pour faire contrepoids à la Chine, la présence des États-Unis dans la région s'avère donc nécessaire


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