François Fejtö : Réflexions autour du dixième anniversaire de la chute du communisme
Sebastian Bartsch : La recomposition du paysage politique allemand après les élections
Michael Meimeth : L'Allemagne et l'organisation de la sécurité collective dans la nouvelle Europe
Dieter Mahncke et Jens Boysen : L'Allemagne et la Russie : une relation aléatoire
Eric Méchoulan : Le Royaume-Uni face aux institutions de défense en Europe (1998-1999) : un revirement historique ?
Tout en relevant le caractère nouveau de lattitude britannique à légard des questions de défense européenne, lauteur sattache à inscrire cette évolution dans une perspective historique marquée par les systèmes dalliances et par lattachement au principe de souveraineté. Louverture actuelle du Royaume-Uni sexpliquerait par sa volonté de peser davantage sur le processus de construction européenne, et notamment dans les domaines diplomatique et militaire. Pour autant, ce revirement, ou du moins, cette adaptation pragmatique, ne constitue nullement une remise en cause des liens particuliers unissant le Royaume-Uni aux Etats-Unis, et encore moins du rôle prépondérant de lOTAN comme instrument de sécurité et de défense de lEurope.
Pascal Boniface : Lopinion publique française et larme nucléaire
Si la possession darmes nucléaires par la France apparaît aujourdhui acceptée par une large majorité de Français, il nen demeure pas moins quil sagit dune approbation conditionné et souvent assortie de réserves. Ainsi, plusieurs catégories peuvent être distinguées au sein de lopinion publique : les opposants systématiques, les partisans inconditionnels, les partisans conditionnels et ceux dont lopinion nest pas véritablement arrêtée. Or, de lattitude de ce dernier groupe dépend lavenir de ladhésion de lopinion publique française à la politique nucléaire nationale. Le risque dune disparition du consensus pourrait provenir de ladhésion dune majorité de Français au principe du non emploi en premier ; ce concept, sil peut contribuer à rendre plus légitime larme nucléaire, conduit à une perte de légitimité de la dissuasion.
Kurt Sontheimer : Les 50 ans de la République fédérale dAllemagne. Une tentative de bilan
Au terme dune histoire cinquantenaire qui est en soi un fait remarquable, la RFA incarne une nouvelle identité allemande qui a mis fin au rêve du Sonderweg et se reconnaît dans la tradition démocratique et humaniste occidentale. Le consensus sur lequel est fondé lEtat a été renforcé par les efforts dadaptation quont exigés le mouvement de libéralisation de la société puis le processus de réunification : nouveaux acteurs et nouvelles revendications ont été intégrés dans un système politique étonnamment stable. Cette démocratie de consensus, acceptée par des Allemands lassés des grandes expériences historiques, a relevé de nombreux défis.
Egon Bahr : La normalisation de la politique extérieure allemande. Coopération émancipée au lieu de tutelle commode
Comment faire pour jouir pleinement de sa souveraineté - et notamment en matière de politique extérieure -, comment assumer les droits et les responsabilités qui laccompagnent lorsque les stigmates du passé nont pas encore disparu et que le débat sur le devoir de mémoire revient au premier plan ? En se référant au concept de normalité , Egon Bahr explique quil est temps pour la République de Berlin, cinquante ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, de défendre au même titre que les autres Etats, ses intérêts. Il exhorte ainsi le gouvernement actuel à prendre conscience de sa puissance, mais sans arrogance. La politique de lAllemagne devant être résolument tournée vers lintégration européenne, qui doit permettre à lUnion de devenir une puissance civile, ouverte à lEst et émancipée des Etats-Unis.
Stephan Martens : Variations sur une puissance intégrative
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne s'est forgée une culture de la non-puissance. Sa démocratisation et son occidentalisation, son intégration militaire et économique à l'Ouest, sa réconciliation avec l'Est et sa responsabilité envers son passé constituent les quatre fondements de sa politique intérieure et extérieure. L'unification de l'Allemagne, qui recouvre sa souveraineté, lui permet d'affirmer plus nettement ses intérêts nationaux. Ancrée à l'Ouest et prônant la stabilité du versant oriental du continent, elle est la puissance centrale en Europe de par son poids politico-économique, même si elle reste soumise à de fortes contraintes. Puissance civile , elle doit désormais combiner le multilatéralisme, clé de voûte de sa politique étrangère, et les nouvelles dimensions de sécurité, pour prendre acte des nouvelles responsabilités qui lui incombent dans une Europe en pleine mutation. Le défi, qu'elle relève avec succès, est de faire un usage responsable de sa puissance.
Sebastian Bartsch : La recomposition du paysage politique allemand après les élections
Au premier abord, lécrasante victoire électorale des partis dopposition et le changement de gouvernement en 1998 ressemblent à un changement politique relativement clair. Mais lorsque lon y regarde de plus près, les résultats électoraux, les conditions de la campagne et les conséquences confirment que la scène politique de la République fédérale a connu un véritable revirement. Parmi les signes révélateurs, on constate une contradiction majeure entre la victoire irréprochable de lopposition dune part et dautre part le manque de substance de son programme et de sa campagne électorale, le manque dorientation claire des différents partis, les nouveaux facteurs de la compétition politique nationale qui rendent le comportement électoral instable. On assiste enfin à un phénomène deuropéanisation asymétrique du processus politique, qui voit le paysage politique national allemand fortement influencé par les problématiques européennes.
Jérôme Vaillant : Les grands chantiers de politique intérieure
Le dilemme nest pas nouveau, bien au contraire, il fait partie des réalités politiques post-électorales auxquelles sont soumis les vainqueurs ; et lélection de Gerhard Schröder à la Chancellerie, en septembre 1998, le confirme parfaitement. Comment concilier les promesses électorales avec les réalités politique, économique et sociale de lAllemagne, et notamment lorsque lon a mené sa campagne sur le thème, ô combien porteur, de la modernisation de la société ? Malgré un démarrage difficile, voire chaotique, la coalition SPD/Verts au pouvoir a mis en uvre un certain nombre de réformes symboliques, partiellement atteintes (code de la nationalité, abandon du nucléaire). Toutefois, concernant les réformes structurelles économique et sociale (réduction des déficits budgétaires, emploi, retraite, fiscalité), le flou demeure, qui oblige pourtant le gouvernement à agir et à réaliser de véritables choix de société au milieu dune conjoncture politique et économique peu favorable.
Riva Kastoryano : Etre allemand aujourdhui et demain
La loi sur la citoyenneté votée par le Parlement allemand, au printemps 1999, constitue une véritable rupture dans lhistoire allemande. Ce texte qui vient modifier le principe du droit du sang comme fondement de la citoyenneté, au profit du droit du sol, marque une avancée juridique majeure, mais soulève encore de nombreuses interrogations. Celles-ci se sont focalisées autour du maintien de la double nationalité - finalement supprimée - pour les étrangers désireux de devenir citoyen allemand - et notamment pour la communauté turque dAllemagne. Comment faire en effet, pour dépasser les réalités sociales, voire mentales, qui ont structuré pendant de nombreuses années la conception allemande de la nation, pour permettre à ces nouveaux citoyens de sidentifier pleinement à leur nouvelle communauté de destin.
Hans Brodersen : L'économie sociale de marché : un modèle dépassé ?
La République Fédérale d'Allemagne a connu pendant plusieurs décennies un grand succès économique que l'on attribue généralement à une culture capitaliste spécifique étiquetée économie sociale de marché . Ce modèle, s'il en est un, peut-il fournir les clés pour résoudre les problèmes économiques actuels du pays ? A y regarder de près, on constate que le prédendu modèle est passé par plusieures étapes qui l'ont profondément modifié. A chaque étape, une nouvelle synthèse entre passé et présent, entre nécessités économiques et politiques a permis de trouver des reponses aux défis posés. Le dépassement bien que relatif et parfois laborieux du modèle a été donc la règle.
Michael Meimeth : LAllemagne et lorganisation de la sécurité collective dans la nouvelle Europe
Les bouleversements stratégiques consécutifs à la fin de lantagonisme Est-Ouest contraignirent lAllemagne réunifiée à réviser sa politique de sécurité et de défense. Les responsables politiques et militaires allemands durent redéfinir les intérêts de sécurité face aux nouveaux risques internationaux et fixer des priorités en matière dalliance entre les partenaires européens de lAllemagne et les Etats-Unis. De ce nouveau contexte et devant la nécessité de participer à des opérations multilatérales de gestion des crises, lAllemagne se trouva dans lobligation de procéder à une révision constitutionnelle. Au-delà des aspects conceptuels et institutionnels, les forces allemandes furent contrainte, non sans difficulté, dopérer des restructurations pour sadapter aux défis futurs de la sécurité internationale et de la gestion des crises.
Jacques-Pierre Gougeon : La politique européenne de lAllemagne
A peine arrivée au pouvoir, le gouvernement de Gerhard Schröder a été confronté à un exercice diplomatique difficile : assumer la présidence de lUnion européenne. Concernant la question européenne, le chancelier allemand a connu un véritable parcours initiatique qui la progressivement éloigné de ses premières positions. La politique européenne du gouvernement allemand a ainsi connu de nombreuses inflexions comme dans le cas de la revendication dune baisse de la contribution allemande au budget européen, et ce, au nom de l intérêt européen , expression jusquà lors absente du langage de M. Schröder. Lautre fait marquant est le revirement du gouvernement allemand sur la politique économique européenne qui a déconcerté le partenaire français : dune politique volontariste au début de la législature, on sest acheminé vers une démarche social-libérale favorisant un rapprochement germano-britannique. Au sujet de lautre thème fondamental de la construction européenne, lélargissement de lUnion, lAllemagne fait preuve dune grande prudence, tout en se prévalant toujours du rôle davocat de lEurope centrale, mais en des termes qui ont beaucoup changé par rapport au milieu des années 90.
Gilles Lepesant : La gestion des frontières extérieures de lUnion européenne. Approches allemande et polonaise
Létude comparative des perceptions quont lAllemagne et la Pologne de leur frontière orientale respective illustre à quel point les frontières européennes font système. Dans le cadre de lélargissement de ces deux institutions, les fonctions de sécurité (sécurité migratoire et sécurité militaire notamment) sont appelées à être transférées de lOder-Neisse au Bug. Le long de ces deux fleuves, un modèle géopolitique de gestion de la frontière se développe, fondé sur des eurorégions, une réconciliation historique, des projets daménagement et en labsence des minorités. A linstar de lAllemagne qui a soutenu lentrée de ses deux voisins orientaux (Pologne et République tchèque) dans lUE et lOTAN pour ne pas être à la frontière de la stabilité, la Pologne développe une politique à lEst dynamique dont la traduction géographique privilégie lUkraine et la Lituanie. Cette politique se heurte néanmoins à labsence de perspective dintégration à lUE à court terme de lUkraine et pose la question du modèle idoine de gestion des marges de lUE et de lOTAN élargies.
Edouard Husson : Faut-il repenser les relations franco-allemandes ?
Une véritable coopération franco-allemande ne peut sortir que dune confrontation et dune acceptation réciproque des aspirations nationales les plus spécifiques. Au fond, une action commune de la France et de lAllemagne peut-être moins supranationale quinternationale. La supranationalité a échoué dans les années 1950, parce quelle était fondée sur une méfiance réciproque. Cest paradoxalement le général de Gaulle, le plus farouche défenseur de lindépendance française, qui, parmi les dirigeants français, a souhaité, trente ans à lavance, la réunification. Lamitié franco-allemande devait, selon lui, servir la grande Europe , alors que celle-ci ne fut plus la préoccupation de ses successeurs, qui sont revenus progressivement à lidée supranationale par peur de la puissance économique et politique grandissante de lAllemagne. Mais labandon des revendications propres pour saligner sur celles dun partenaire jugé plus puissant nen fait pas pour autant une authentique coopération.
Dieter Mahncke et Jens Boysen : LAllemagne et la Russie : une relation aléatoire
Malgré la division forcée de lAllemagne et la menace militaire soviétique, lAllemagne réunifiée a, depuis la fin de la guerre froide, orienté les efforts occidentaux dans le sens dun soutien à la Russie post-soviétique. Lobjectif est de contribuer à établir une démocratie stable en Russie, ce qui au bout du compte est indispensable à un espace européen prospère et sécurisé. Cest pourquoi lAllemagne a intensifié ses échanges économiques et financiers, à la fois dans le cadre des relations bilatérales et par le biais de lUnion européenne. A cela sajoute le fait quil existe une volonté de maintenir des relations politiques étroites entre la Russie et les institutions occidentales.
Ferdinand Kinsky : LAllemagne vue dEurope centrale
Dix ans après leur émancipation, les démocraties populaires dEurope centrale se sont résolument orientées vers un ancrage à louest. Dans cette optique, il est des relations quil est indispensable de clarifier tant elles sont marquées par le poids de lhistoire et la force des représentations culturelles. Au centre de lEurope, et notamment en Pologne, en République tchèque, en Hongrie et en Slovénie, la perception de lAllemagne a du mal à se défaire de ces tendances lourdes, voire de laction face à lAllemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale. Si la vision dune Allemagne aux velléités impérialistes sest fortement réduite dans lopinion publique, sa puissance économique et démographique fait parfois craindre un retour plus ou moins déguisé à une telle politique. Toutefois, cette attitude se trouve de moins en moins fondée tant lAllemagne apparaît comme lavocat de lintégration des pays de la Mitteleuropa aux structures dîtes occidentales . Dans ce sens, laccroissement des échanges entre les sociétés civiles devrait, à lavenir, modifier ces perceptions hostiles qui caractérisent encore les peuples concernés.
Thomas Jansen : LEurope, unité de culture et communauté de destin
Alors que lEurope ne cesse de sunifier, et ce, malgré la diversité historique des nations européennes, il importe de sinterroger sur la réalité de lidentité européenne, et notamment sur les sources culturelles, voire religieuse, de celle-ci. De même que lon parle, à propos des nations, de communauté de destin, il est possible, eu égard aux origines culturelles communes, dinvoquer une communauté de valeurs pour lEurope. A cet effet, le christianisme a joué un rôle considérable dans la prise de conscience de lunité européenne grâce à linstauration dune véritable culture de consensus, indispensable depuis le début de lintégration européenne. Toutefois, si le christianisme apparaît comme un fondement certain de cette identité, il est important de garder à lesprit linfluence majeure de lensemble des sources méditerranéennes de la culture européenne.