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LA REVUE INTERNATIONALE ET STRATEGIQUE
N°35 - Automne 1999

LE DOSSIER : LA NOUVELLE ALLEMAGNE

Sous la direction de Stephan Martens

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ENTRETIEN
François Fejtö : Réflexions autour du dixième anniversaire de la chute du communisme

REGARDS CROISES
Pascal Boniface et Antoine Garapon : Morale et relations internationales

POINT SUR
Eric Mechoulan : Le Royaume-Uni face aux institutions de défense en Europe
(1998-1999) : un revirement historique ?
Pascal Boniface : L'opinion publique française et l'arme nucléaire

DOSSIER : La nouvelle Allemagne
Cinquante ans après la fondation de la RFA, dix ans après la chute du Mur de Berlin, un an après l'élection du chancelier Schröder
Hubert Védrine : La relation franco-allemande

Les cinquante ans de la République fédérale d'Allemagne
Kurt Sontheimer : Une tentative de bilan
Egon Bahr : La 'normalisation' de la politique extérieure allemande

Coopération émancipée au lieu de tutelle commode
Stephan Martens : Variations sur une puissance 'intégrative'

L'Allemagne de Schröder
Sebastian Bartsch : La recomposition du paysage politique allemand après les élections
Jérôme Vaillant : Les grands chantiers de politique intérieure
Riva Kastoryano : Être allemand aujourd'hui et demain
Hans Brodersen : L'économie sociale de marché : modèle dépassé ?

L'Allemagne en Europe
Michael Meimeth : L'Allemagne et l'organisation de la sécurité collective dans la nouvelle Europe
Jacques-Pierre Gougeon : La politique européenne de l'Allemagne
Gilles Lepesant : La gestion des frontières extérieures de l'Union européenne :
approches allemande et polonaise
Edouard Husson : Faut-il repenser les relations franco-allemandes ?
Dieter Mahncke et Jens Boysen : L'Allemagne et la Russie : une relation aléatoire
Ferdinand Kinsky : L'Allemagne vue d'Europe centrale
Thomas Jansen : L'Europe, unité de culture et communauté de destin

Chronologie et bibliographie sélective

Chronique des ouvrages récents parus sur l'Allemagne

LES ACTIVITÉS DE L'IRIS
(avril, mai, juin 1999)

Presses Universitaires de France, Paris, Automne 1999, 248 pages.


Eric Méchoulan :   Le Royaume-Uni face aux institutions de défense en Europe (1998-1999) : un revirement historique ?

Tout en relevant le caractère nouveau de l’attitude britannique à l’égard des questions de défense européenne, l’auteur s’attache à inscrire cette évolution dans une perspective historique marquée par les systèmes d’alliances et par l’attachement au principe de souveraineté. L’ouverture actuelle du Royaume-Uni s’expliquerait par sa volonté de peser davantage sur le processus de construction européenne, et notamment dans les domaines diplomatique et militaire. Pour autant, ce revirement, ou du moins, cette adaptation pragmatique, ne constitue nullement une remise en cause des liens particuliers unissant le Royaume-Uni aux Etats-Unis, et encore moins du rôle prépondérant de l’OTAN comme instrument de sécurité et de défense de l’Europe.

Pascal Boniface :   L’opinion publique française et l’arme nucléaire

Si la possession d’armes nucléaires par la France apparaît aujourd’hui acceptée par une large majorité de Français, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une approbation conditionné et souvent assortie de réserves. Ainsi, plusieurs catégories peuvent être distinguées au sein de l’opinion publique : les opposants systématiques, les partisans inconditionnels, les partisans conditionnels et ceux dont l’opinion n’est pas véritablement arrêtée. Or, de l’attitude de ce dernier groupe dépend l’avenir de l’adhésion de l’opinion publique française à la politique nucléaire nationale. Le risque d’une disparition du consensus pourrait provenir de l’adhésion d’une majorité de Français au principe du non emploi en premier ; ce concept, s’il peut contribuer à rendre plus légitime l’arme nucléaire, conduit à une perte de légitimité de la dissuasion.

Kurt Sontheimer :   Les 50 ans de la République fédérale d’Allemagne. Une tentative de bilan

Au terme d’une histoire cinquantenaire qui est en soi un fait remarquable, la RFA incarne une nouvelle identité allemande qui a mis fin au rêve du Sonderweg et se reconnaît dans la tradition démocratique et humaniste occidentale. Le consensus sur lequel est fondé l’Etat a été renforcé par les efforts d’adaptation qu’ont exigés le mouvement de libéralisation de la société puis le processus de réunification : nouveaux acteurs et nouvelles revendications ont été intégrés dans un système politique étonnamment stable. Cette démocratie de consensus, acceptée par des Allemands lassés des grandes expériences historiques, a relevé de nombreux défis.

Egon Bahr :   La “ normalisation ” de la politique extérieure allemande. Coopération émancipée au lieu de tutelle commode

Comment faire pour jouir pleinement de sa souveraineté - et notamment en matière de politique extérieure -, comment assumer les droits et les responsabilités qui l’accompagnent lorsque les stigmates du passé n’ont pas encore disparu et que le débat sur le devoir de mémoire revient au premier plan ? En se référant au concept de “ normalité ”, Egon Bahr explique qu’il est temps pour la République de Berlin, cinquante ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, de défendre au même titre que les autres Etats, ses intérêts. Il exhorte ainsi le gouvernement actuel à prendre conscience de sa puissance, mais sans arrogance. La politique de l’Allemagne devant être résolument tournée vers l’intégration européenne, qui doit permettre à l’Union de devenir une puissance civile, ouverte à l’Est et émancipée des Etats-Unis.

Stephan Martens :   Variations sur une puissance “ intégrative ”

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne s'est forgée une culture de la non-puissance. Sa démocratisation et son occidentalisation, son intégration militaire et économique à l'Ouest, sa réconciliation avec l'Est et sa responsabilité envers son passé constituent les quatre fondements de sa politique intérieure et extérieure. L'unification de l'Allemagne, qui recouvre sa souveraineté, lui permet d'affirmer plus nettement ses intérêts nationaux. Ancrée à l'Ouest et prônant la stabilité du versant oriental du continent, elle est la puissance centrale en Europe de par son poids politico-économique, même si elle reste soumise à de fortes contraintes. “ Puissance civile ”, elle doit désormais combiner le multilatéralisme, clé de voûte de sa politique étrangère, et les nouvelles dimensions de sécurité, pour prendre acte des nouvelles responsabilités qui lui incombent dans une Europe en pleine mutation. Le défi, qu'elle relève avec succès, est de faire un usage responsable de sa puissance.

Sebastian Bartsch :   La recomposition du paysage politique allemand après les élections

Au premier abord, l’écrasante victoire électorale des partis d’opposition et le changement de gouvernement en 1998 ressemblent à un changement politique relativement clair. Mais lorsque l’on y regarde de plus près, les résultats électoraux, les conditions de la campagne et les conséquences confirment que la scène politique de la République fédérale a connu un véritable revirement. Parmi les signes révélateurs, on constate une contradiction majeure entre la victoire irréprochable de l’opposition d’une part et d’autre part le manque de substance de son programme et de sa campagne électorale, le manque d’orientation claire des différents partis, les nouveaux facteurs de la compétition politique nationale qui rendent le comportement électoral instable. On assiste enfin à un phénomène d’européanisation asymétrique du processus politique, qui voit le paysage politique national allemand fortement influencé par les problématiques européennes.

Jérôme Vaillant :   Les grands chantiers de politique intérieure

Le dilemme n’est pas nouveau, bien au contraire, il fait partie des réalités politiques post-électorales auxquelles sont soumis les vainqueurs ; et l’élection de Gerhard Schröder à la Chancellerie, en septembre 1998, le confirme parfaitement. Comment concilier les promesses électorales avec les réalités politique, économique et sociale de l’Allemagne, et notamment lorsque l’on a mené sa campagne sur le thème, ô combien porteur, de la modernisation de la société ? Malgré un démarrage difficile, voire chaotique, la coalition SPD/Verts au pouvoir a mis en œuvre un certain nombre de réformes symboliques, partiellement atteintes (code de la nationalité, abandon du nucléaire). Toutefois, concernant les réformes structurelles économique et sociale (réduction des déficits budgétaires, emploi, retraite, fiscalité), le flou demeure, qui oblige pourtant le gouvernement à agir et à réaliser de véritables choix de société au milieu d’une conjoncture politique et économique peu favorable.

Riva Kastoryano :   Etre allemand aujourd’hui et demain

La loi sur la citoyenneté votée par le Parlement allemand, au printemps 1999, constitue une véritable rupture dans l’histoire allemande. Ce texte qui vient modifier le principe du droit du sang comme fondement de la citoyenneté, au profit du droit du sol, marque une avancée juridique majeure, mais soulève encore de nombreuses interrogations. Celles-ci se sont focalisées autour du maintien de la double nationalité - finalement supprimée - pour les étrangers désireux de devenir citoyen allemand - et notamment pour la communauté turque d’Allemagne. Comment faire en effet, pour dépasser les réalités sociales, voire mentales, qui ont structuré pendant de nombreuses années la conception allemande de la nation, pour permettre à ces nouveaux citoyens de s’identifier pleinement à leur nouvelle communauté de destin.

Hans Brodersen :   L'économie sociale de marché : un modèle dépassé ?

La République Fédérale d'Allemagne a connu pendant plusieurs décennies un grand succès économique que l'on attribue généralement à une culture capitaliste spécifique étiquetée “ économie sociale de marché ”. Ce modèle, s'il en est un, peut-il fournir les clés pour résoudre les problèmes économiques actuels du pays ? A y regarder de près, on constate que le prédendu “ modèle ” est passé par plusieures étapes qui l'ont profondément modifié. A chaque étape, une nouvelle synthèse entre passé et présent, entre nécessités économiques et politiques a permis de trouver des reponses aux défis posés. Le “ dépassement ” bien que relatif et parfois laborieux du modèle a été donc la règle.

Michael Meimeth :   L’Allemagne et l’organisation de la sécurité collective dans la nouvelle Europe

Les bouleversements stratégiques consécutifs à la fin de l’antagonisme Est-Ouest contraignirent l’Allemagne réunifiée à réviser sa politique de sécurité et de défense. Les responsables politiques et militaires allemands durent redéfinir les intérêts de sécurité face aux nouveaux risques internationaux et fixer des priorités en matière d’alliance entre les partenaires européens de l’Allemagne et les Etats-Unis. De ce nouveau contexte et devant la nécessité de participer à des opérations multilatérales de gestion des crises, l’Allemagne se trouva dans l’obligation de procéder à une révision constitutionnelle. Au-delà des aspects conceptuels et institutionnels, les forces allemandes furent contrainte, non sans difficulté, d’opérer des restructurations pour s’adapter aux défis futurs de la sécurité internationale et de la gestion des crises.

Jacques-Pierre Gougeon :   La politique européenne de l’Allemagne

A peine arrivée au pouvoir, le gouvernement de Gerhard Schröder a été confronté à un exercice diplomatique difficile : assumer la présidence de l’Union européenne. Concernant la question européenne, le chancelier allemand a connu un véritable parcours initiatique qui l’a progressivement éloigné de ses premières positions. La politique européenne du gouvernement allemand a ainsi connu de nombreuses inflexions comme dans le cas de la revendication d’une baisse de la contribution allemande au budget européen, et ce, au nom de l’“ intérêt européen ”, expression jusqu’à lors absente du langage de M. Schröder. L’autre fait marquant est le revirement du gouvernement allemand sur la politique économique européenne qui a déconcerté le partenaire français : d’une politique volontariste au début de la législature, on s’est acheminé vers une démarche social-libérale favorisant un rapprochement germano-britannique. Au sujet de l’autre thème fondamental de la construction européenne, l’élargissement de l’Union, l’Allemagne fait preuve d’une grande prudence, tout en se prévalant toujours du rôle d’avocat de l’Europe centrale, mais en des termes qui ont beaucoup changé par rapport au milieu des années 90.

Gilles Lepesant :   La gestion des frontières extérieures de l’Union européenne. Approches allemande et polonaise

L’étude comparative des perceptions qu’ont l’Allemagne et la Pologne de leur frontière orientale respective illustre à quel point les frontières européennes font système. Dans le cadre de l’élargissement de ces deux institutions, les fonctions de sécurité (sécurité migratoire et sécurité militaire notamment) sont appelées à être transférées de l’Oder-Neisse au Bug. Le long de ces deux fleuves, un modèle géopolitique de gestion de la frontière se développe, fondé sur des eurorégions, une réconciliation historique, des projets d’aménagement et en l’absence des minorités. A l’instar de l’Allemagne qui a soutenu l’entrée de ses deux voisins orientaux (Pologne et République tchèque) dans l’UE et l’OTAN pour ne pas être à la frontière de la stabilité, la Pologne développe une politique à l’Est dynamique dont la traduction géographique privilégie l’Ukraine et la Lituanie. Cette politique se heurte néanmoins à l’absence de perspective d’intégration à l’UE à court terme de l’Ukraine et pose la question du modèle idoine de gestion des marges de l’UE et de l’OTAN élargies.

Edouard Husson :   Faut-il repenser les relations franco-allemandes ?

Une véritable coopération franco-allemande ne peut sortir que d’une confrontation et d’une acceptation réciproque des aspirations nationales les plus spécifiques. Au fond, une action commune de la France et de l’Allemagne peut-être moins supranationale qu’internationale. La supranationalité a échoué dans les années 1950, parce qu’elle était fondée sur une méfiance réciproque. C’est paradoxalement le général de Gaulle, le plus farouche défenseur de l’indépendance française, qui, parmi les dirigeants français, a souhaité, trente ans à l’avance, la réunification. L’amitié franco-allemande devait, selon lui, servir la “ grande Europe ”, alors que celle-ci ne fut plus la préoccupation de ses successeurs, qui sont revenus progressivement à l’idée supranationale par peur de la puissance économique et politique grandissante de l’Allemagne. Mais l’abandon des revendications propres pour s’aligner sur celles d’un partenaire jugé plus puissant n’en fait pas pour autant une authentique coopération.

Dieter Mahncke et Jens Boysen :   L’Allemagne et la Russie : une relation aléatoire

Malgré la division forcée de l’Allemagne et la menace militaire soviétique, l’Allemagne réunifiée a, depuis la fin de la guerre froide, orienté les efforts occidentaux dans le sens d’un soutien à la Russie post-soviétique. L’objectif est de contribuer à établir une démocratie stable en Russie, ce qui au bout du compte est indispensable à un espace européen prospère et sécurisé. C’est pourquoi l’Allemagne a intensifié ses échanges économiques et financiers, à la fois dans le cadre des relations bilatérales et par le biais de l’Union européenne. A cela s’ajoute le fait qu’il existe une volonté de maintenir des relations politiques étroites entre la Russie et les institutions occidentales.

Ferdinand Kinsky :   L’Allemagne vue d’Europe centrale

Dix ans après leur émancipation, les démocraties populaires d’Europe centrale se sont résolument orientées vers un ancrage à l’ouest. Dans cette optique, il est des relations qu’il est indispensable de clarifier tant elles sont marquées par le poids de l’histoire et la force des représentations culturelles. Au centre de l’Europe, et notamment en Pologne, en République tchèque, en Hongrie et en Slovénie, la perception de l’Allemagne a du mal à se défaire de ces tendances lourdes, voire de l’action face à l’Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale. Si la vision d’une Allemagne aux velléités impérialistes s’est fortement réduite dans l’opinion publique, sa puissance économique et démographique fait parfois craindre un retour plus ou moins déguisé à une telle politique. Toutefois, cette attitude se trouve de moins en moins fondée tant l’Allemagne apparaît comme l’avocat de l’intégration des pays de la Mitteleuropa aux structures dîtes “ occidentales ”. Dans ce sens, l’accroissement des échanges entre les sociétés civiles devrait, à l’avenir, modifier ces perceptions hostiles qui caractérisent encore les peuples concernés.

Thomas Jansen :   L’Europe, unité de culture et communauté de destin

Alors que l’Europe ne cesse de s’unifier, et ce, malgré la diversité historique des nations européennes, il importe de s’interroger sur la réalité de l’identité européenne, et notamment sur les sources culturelles, voire religieuse, de celle-ci. De même que l’on parle, à propos des nations, de communauté de destin, il est possible, eu égard aux origines culturelles communes, d’invoquer une communauté de valeurs pour l’Europe. A cet effet, le christianisme a joué un rôle considérable dans la prise de conscience de l’unité européenne grâce à l’instauration d’une véritable culture de consensus, indispensable depuis le début de l’intégration européenne. Toutefois, si le christianisme apparaît comme un fondement certain de cette identité, il est important de garder à l’esprit l’influence majeure de l’ensemble des sources méditerranéennes de la culture européenne.


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