Victor-Yves Ghebali : L'OSCE au Kosovo : vers un rôle de 'shérif adjoint' de l'Otan dans les Balkans ?
Franck Latty : La création de la Cour pénale internationale : de Nuremberg à La Haye
Nacer-Eddine Ghozali : L'avis consultatif de la Cour Internationale de Justice (CIJ) sur l'emploi des armes nucléaires : un avis inabouti
Marie Joannidis et Christophe Champin : République démocratique du Congo : le dossier d'un conflit régional
Thierry Perret et Christophe Champin : Mines antipersonnel, trafic d'armes légères : des obstacles de taille à l'imposition d'une paix durable
Francine Quentin et Marie Joannidis : Trafic et blanchiment : L'Afrique, cible de choix pour les filières criminelles
Valérie Pascale : Les Nations Unies et la sécurité en Afrique : jusqu'où ira le désengagement ?
François Prkic et Marie Joannidis : Gestion régionale des conflits : l'Afrique de l'Ouest montre la voie
Christophe Champin et Thierry Perret : Elections en Afrique francophone : des progrès relatifs
Pierre Moscovici : Lélargissement de lUnion européenne : un choix politique
La maîtrise du processus délargissement de lUE comporte trois volets : la Conférence européenne, les partenariats pour ladhésion, et les négociations dadhésion proprement dites. La candidature hongroise est en excellente position dans chacune de ces enceintes, et il convient de poursuivre les efforts sans oublier que lélargissement est un processus global qui requiert lassentiment des populations concernées et que dès lors ce serait sans doute une erreur de se donner une échéance trop précise. LUnion européenne de demain devra déterminer les limites de son élargissement par un choix politique, se doter dune dimension de sécurité et de défense propre, améliorer sa capacité à prendre des décisions en réformant ses institutions. Cest dans ce contexte que les relations bilatérales franco-hongroises, qui connaissent un dynamisme exceptionnel, pourront jouer un rôle déterminant et nos deux pays constituer un môle dintégration, notamment grâce aux mécanismes de coopération renforcée.
Régine Robin : La honte nationale comme malédiction
Après les années 60 et le refus par les enfants de la génération gauchiste du mutisme de leurs pères qui marquait limpossibilité de reconnaître ce qui sétait passé, les années 80 et 90 ont vu un retournement de conjoncture , difficile à dater, qui passe par la querelle des historiens, les polémiques autour de la visite de Reagan au cimetière de Bitburg ou de la commémoration du cinquantenaire de la Nuit de cristal, enfin le rejet de la RDA en bloc et le recouvrement par strates de lhistoire allemande. Cest dans ce contexte que la question de la normalité vient hanter le discours social allemand, en particulier à loccasion de la controverse Walser-Bubis. Lauteur revient sur le dialogue de sourds inévitable dans une polémique très vive où les rôles semblaient être assignés à lavance. Alors que la mémoire juive et la mémoire allemande narrivent pas à se rejoindre, la souffrance de la première ne pouvant sarticuler à la honte de la seconde, on assiste plus généralement au passage à une post-mémoire , cest-à-dire une mémoire qui nest plus celle des témoins et qui recourt à dautres formes de représentations.
Nicolas Weill : La culpabilité allemande entre mythe et réalités
Selon Martin Walser, lAllemagne, qui depuis la guerre sest acquittée consciencieusement de son travail de mémoire, est aujourdhui lassée de le voir instrumentalisé en permanence. Cependant ni les débats de lAllemagne des années zéro ni les démarches de réparation de lère Adenauer ne correspondent à cette image dun peuple et surtout dune élite politique et intellectuelle écrasée par le remords. En vérité lAllemagne comprend quelle nen a pas fini avec la réparation, y compris matérielle, et cest peut-être la conscience de cette charge présente et à venir qui provoque le malaise et les controverses contemporains.
Victor-Yves Ghebali : LOSCE au Kosovo : vers un rôle de sheriff-ajoint de lOtan dans les Balkans ?
Dans laccord Holbrooke-Milosevic (octobre 1998), ce dernier faisait une concession de taille en acceptant pour la première fois lintrusion dune partie tierce dans le conflit ; les modalités de lautonomie du Kosovo restaient cependant du ressort de la RFY et la menace de lOtan était écartée à bon compte. Une mission de vérification de lOSCE (MVK) fut instituée, comportant un volet militaire et une dimension humaine , mais la médiation politique restait le fait de lOtan. Cette opération est sans précédent par son envergure, mais aussi par létape quelle marque dans les relations entre lOSCE et lOtan : le leadership de lorganisation atlantique va de pair avec le développement dune rudimentaire identité paneuropéenne de sécurité. Dans le contexte dune internationalisation progressive de la crise du Kosovo, le pessimisme est de mise, puisque la solution logique -partition du territoire - est impossible du fait de la présence de Milosevic dont toute concession entamerait la légitimité politique, et de lattachement de la communauté internationale au principe de lintégrité territoriale.
Franck Latty : La création de la Cour pénale internationale : de Nuremberg à La Haye
Les tribunaux de Nuremberg et de Tokyo présentaient des caractères inédits : définition dans un accord international des crimes de guerre, contre la paix et contre lhumanité ; jugement, pour la première fois, de hauts représentants de lEtat en tant quagents publics. Ils provoquèrent un débat sur la création dune cour criminelle internationale, mais la guerre froide empêcha tout consensus sur le sujet. Ce processus de négociation au sein de lOnu fut à la fois perturbé et relancé par les conflits au Rwanda et en ex-Yougoslavie. Ces derniers furent à lorigine de tribunaux ad hoc, aux compétences limitées dans le temps et dans lespace, institués par des résolutions du Conseil de sécurité et non par un traité contraignant pour les seuls signataires. La conférence diplomatique de Rome (06-07/1998) visait à passer du provisoire au permanent, seule garantie dun effet dissuasif. Mais les marchandages de la conférence, le souci de certains Etats de soustraire leurs ressortissants à un éventuel jugement (Etats-Unis) ou de suspendre pour une période renouvelable lapplication de la convention sur les crimes de guerre (France), ne laissent pas dinquiéter sur les faiblesses de la Cour.
Frédéric Lasserre : Le prochain siècle sera-t-il celui des guerres de leau ?
Alors que les ressources en eau se raréfient, leur très inégale répartition, aggravée par la pression démographique et laccroissement de la consommation par habitant (lié à lélévation du niveau de vie), est source de nombreuses tensions entre Etats voisins, quil sagisse de différences de niveau de consommation sur un même bassin, en fonction de rapports de force ou de niveaux de développement différents, ou de la nécessité vitale de sassurer dun approvisionnement constant et garanti sur une longue durée. Mais, au-delà, ces litiges quun droit international flou et contradictoire ne permet pas de résoudre, senracinent souvent dans des contentieux régionaux plus anciens et constituent à ce titre de véritables questions géopolitiques.
Nacer-Eddine Ghozali : Lavis consultatif de la Cour internationale de Justice (C.I.J) sur lemploi des armes nucléaires : un avis inabouti
Lauteur revient sur le refus de la Cour internationale de justice, sollicitée par lAssemblée générale des Nations unies, de déclarer la menace ou lemploi darmes nucléaires incompatible avec le droit international. En jugeant inapplicables les règles relatives au droit à la vie, à linterdiction du génocide, et à la protection de lenvironnement, la Cour a choisi une position formaliste , qui sinterdisait une analyse approfondie de lancrage particulier de ces principes dans la conscience de lhumanité . Le droit international ni conventionnel, ni coutumier (la Cour mettant en balance la dissuasion théorisée par le club nucléaire et lopinio juris majoritaire contestant lusage des armes nucléaires) ne permettant pas de trancher, la question se posait au regard du Droit international humanitaire (DIH).Consciente des caractéristiques uniques des armes nucléaires à laune des principes du DIH, la Cour sest néanmoins refusé à conclure avec certitude.
Valérie Pascalini : Lévolution des conflits en Afrique
Après les conflits liés à la décolonisation et ceux des années 80 marqués par des interventions extérieures, la fin de la guerre froide en Afrique a vu le désengagement massif des puissances américaine et soviétique. Le continent africain est devenu une zone dinstabilité marquée par une nouvelle forme de conflits. Ceux-ci portent la marque de la crise interne des Etats africains : privatisation des acteurs (intervention de sociétés privées) dans une course à lappropriation des ressources, échec des transitions démocratiques qui fait de la violence, pour les jeunes générations, le seul moyen daccession au pouvoir, autonomisation des stratégies belliqueuses des Etats africains
Marie Joannidis et Christophe Champin : République démocratique du Congo (RDC) : le dossier dun conflit régional
Lenjeu de la crise que traverse la RDC, depuis le début du mois daoût, dépasse largement les frontières de lex-Zaïre. Cette guerre sest dabord accompagnée dun éclatement des alliances régionales qui sétaient constituées à la faveur de la chute de Mobutu Sese Seko, en mai 1997. Au fil des semaines, le conflit a pris une dimension régionale, mais à côté des Etats impliqués militairement dans la guerre (Ouganda, Rwanda, Angola, Zimbabwe, Namibie), une kyrielle de mouvements armés ont participé de près ou de loin à la recomposition en cours en Afrique centrale. Quant aux puissances occidentales, elles ont préféré ne pas simpliquer directement dans le conflit, même si lissue de la guerre nest pas sans influence sur leurs intérêts économiques et stratégiques dans cette partie du monde. Seule, la France a tenté, avec succès, dobtenir une promesse de paix, à loccasion du sommet France-Afrique, fin novembre, mais en sabritant derrière lOUA et lOnu, conformément à la nouvelle option multilatéraliste de sa politique africaine.
Thierry Perret et Christophe Champin : Mines antipersonnel, trafic darmes légères : des obstacles de taille à limposition dune paix durable
Confier aux acteurs locaux la responsabilité du maintien de la paix en Afrique subsaharienne n'est pas une fin en soi. Le traitement de bien des dossiers requiert quon y associe l'ensemble des acteurs mondiaux, qu'il s'agisse de désamorcer la bombe à retardement des mines antipersonnel, ou de contrôler les flux d'armes légères : deux exemples des obstacles qui s'opposent aux tentatives de reconstruction et d'imposition d'une paix durable. De ce point de vue, la responsabilité des Africains doit être appréciée à la mesure... de la volonté de leurs partenaires de s'engager.
Francine Quentin et Marie Joannidis : Trafic et blanchiment : lAfrique, cible de choix pour les filières criminelles
Avec le renforcement de la lutte contre le blanchiment de largent sale dans les pays développés, lAfrique est devenue une base de repli de choix pour tous les trafiquants. Le phénomène le plus marquant est le développement fulgurant du trafic de drogue, contre lequel la lutte est encore timide, les pays africains nen faisant pas une priorité et les pays occidentaux y consacrant des budgets encore insuffisants
François Prkic et Marie Joannidis : Gestion régionale des conflits : lAfrique de louest montre la voie
Les échecs de l'organisation mondiale en Afrique (Somalie ou Rwanda par exemple) ont conduit les principaux acteurs - Onu et grandes puissances - à privilégier une forme de sous-traitance du maintien de la paix aux Africains eux-mêmes. Encore faut-il que cette forme de délégation aux Africains de la gestion de leurs crises ne signifie pas, dans les faits, un désengagement pur et simple. C'est ce que veut éviter le secrétaire général de lOnu, Kofi Annan, qui prône un engagement accru au côté de l'Afrique pour renforcer les capacités locales de maintien de la paix. C'est le sens aussi des initiatives de la France qui, par exemple dans le cadre du programme Recamp, défend l'idée d'une implication massive des grandes puissances dans cet appui désormais multilatéral . Côté continental, en tout cas, le message a été bien reçu et les organisations régionales, telles la Cedeao, ou avec moins de bonheur la SADC, sont décidées à mettre en place, de manière de moins en moins empirique, leurs propres mécanismes de prévention et de traitement des conflits.
Christophe Champin et Thierry Perret : Elections en Afrique francophone : des progrès relatifs
Le bilan de la deuxième vague délections qua connues lAfrique francophone est plutôt inégal : les progrès sont limités en raison de difficultés matérielles dorganisation ou dune mauvaise volonté politique, et lalternance politique reste lexception. En fait il ny a pas de solution qui garantisse absolument la régularité des élections, quil sagisse des commissions électorales indépendantes dont le bilan mitigé dépend pour beaucoup du contexte politique, ou des missions dobservation internationales, qui gagnerait à prendre une dimension plus politique, notamment dans le cadre de la francophonie.
Hugo Sada : Le changement à petits pas des relations franco-africaines
La nature profonde des relations franco-africaines est en train d'évoluer, après une longue période d'immobilisme, pendant laquelle, souvent, la rhétorique du changement annoncé dans les discours est restée bien décalée par rapport à la réalité. Crise économique et montée du libéralisme, fin de la guerre froide et revendications démocratiques, exigences européennes et nouvelle politique de défense, mouvements des générations et politiques d'immigration : tous ces éléments ont pesé sur l'évolution de la politique africaine de la France. Ils ont largement contribué à renverser le rapport des forces, en France même, entre ceux qui préconisaient une redéfinition de cette politique et ceux qui ont voulu résister à la nécessité du changement. De fait, d'Edouard Balladur à Lionel Jospin, en passant par Alain Juppé, et à travers des étapes décisives comme la dévaluation du franc CFA en janvier 1994 ou la crise rwandaise, le changement s'est imposé.
Valérie Niquet : L'Afrique, un nouvel enjeu pour le Japon
En dépit ou peut-être du fait de la faiblesse des liens historiques et économiques qui lient le Japon au continent africain, Tokyo a fait de ce continent un élément dune stratégie plus vaste de réintégration de la puissance japonaise sur la scène mondiale, dont lhorizon est lobtention dun siège de membre permanent au Conseil de sécurité de lOnu. Les moyens mis en uvre - depuis laide au développement jusquau soutien accordé aux positions africaines au sein des instances internationales en passant par la participation modeste aux opérations de maintien de la paix - correspondent aux capacités réelles du Japon et à ses intérêts mais également au souci de mettre en place un modèle de développement présenté comme différent. Dans cette perspective, la politique japonaise en Afrique pourrait rejoindre celle de la France qui a lexpérience du continent et partage ses efforts pour parvenir à un monde multipolaire.