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LA REVUE INTERNATIONALE ET STRATEGIQUE
N°33 - Printemps 1999

LE DOSSIER : L'AFRIQUE, ENTRE GUERRE ET PAIX

Sous la direction de Hugo Sada

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REGARDS CROISES
débat entre Jean-Louis Dufour et Jacques Rupnik : Kosovo : retour sur un conflit

POINT DE VUE
Pierre Moscovici : Elargir l'Union européenne : un choix politique
L'Allemagne de Schröder : une nation en quête de normalité ?
Régine Robin : La honte nationale comme malédiction
Autour de 'l'affaire Walser-Bubis'
Nicolas Weill : La culpabilité allemande, entre mythe et réalités

POINT SUR
Victor-Yves Ghebali : L'OSCE au Kosovo : vers un rôle de 'shérif adjoint' de l'Otan dans les Balkans ?
Franck Latty : La création de la Cour pénale internationale : de Nuremberg à La Haye
Frédéric Lasserre : Le prochain siècle sera-t-il celui des guerres de l'eau ?
Nacer-Eddine Ghozali : L'avis consultatif de la Cour Internationale de Justice (CIJ) sur l'emploi des armes nucléaires : un avis inabouti

DOSSIER
L'Afrique entre guerre et paix
Introduction, par Hugo Sada
Valérie Pascalini : L'évolution des conflits en Afrique
Marie Joannidis et Christophe Champin : République démocratique du Congo : le dossier d'un conflit régional
Thierry Perret et Christophe Champin : Mines antipersonnel, trafic d'armes légères : des obstacles de taille à l'imposition d'une paix durable
Francine Quentin et Marie Joannidis : Trafic et blanchiment : L'Afrique, cible de choix pour les filières criminelles
Valérie Pascale : Les Nations Unies et la sécurité en Afrique : jusqu'où ira le désengagement ?
François Prkic et Marie Joannidis : Gestion régionale des conflits : l'Afrique de l'Ouest montre la voie
Christophe Champin et Thierry Perret : Elections en Afrique francophone : des progrès relatifs
Valérie Gas : Les élections en Afrique (1989-1996)
Paul Quilès (entretien) : La France et la sécurité de l'Afrique
Hugo Sada : Le changement à petits pas des relations franco-africaines
Valérie Niquet : L'Afrique, un nouvel enjeu pour le Japon

BIBLIOGRAPHIE

Presses Universitaires de France, Paris, Printemps 1999, 273 pages.


Pierre Moscovici :   L’élargissement de l’Union européenne : un choix politique

La maîtrise du processus d’élargissement de l’UE comporte trois volets : la Conférence européenne, les partenariats pour l’adhésion, et les négociations d’adhésion proprement dites. La candidature hongroise est en excellente position dans chacune de ces enceintes, et il convient de poursuivre les efforts sans oublier que l’élargissement est un processus global qui requiert l’assentiment des populations concernées et que dès lors ce serait sans doute une erreur de se donner une échéance trop précise. L’Union européenne de demain devra déterminer les limites de son élargissement par un choix politique, se doter d’une dimension de sécurité et de défense propre, améliorer sa capacité à prendre des décisions en réformant ses institutions. C’est dans ce contexte que les relations bilatérales franco-hongroises, qui connaissent un dynamisme exceptionnel, pourront jouer un rôle déterminant et nos deux pays constituer un môle d’intégration, notamment grâce aux mécanismes de coopération renforcée.

Régine Robin :   La honte nationale comme malédiction

Après les années 60 et le refus par les enfants de la génération gauchiste du mutisme de leurs pères qui marquait l’impossibilité de reconnaître ce qui s’était passé, les années 80 et 90 ont vu un “ retournement de conjoncture ”, difficile à dater, qui passe par la querelle des historiens, les polémiques autour de la visite de Reagan au cimetière de Bitburg ou de la commémoration du cinquantenaire de la Nuit de cristal, enfin le rejet de la RDA en bloc et le recouvrement par strates de l’histoire allemande. C’est dans ce contexte que la question de la normalité vient hanter le discours social allemand, en particulier à l’occasion de la controverse Walser-Bubis. L’auteur revient sur le dialogue de sourds inévitable dans une polémique très vive où les rôles semblaient être assignés à l’avance. Alors que la mémoire juive et la mémoire allemande n’arrivent pas à se rejoindre, la souffrance de la première ne pouvant s’articuler à la honte de la seconde, on assiste plus généralement au passage à une “ post-mémoire ”, c’est-à-dire une mémoire qui n’est plus celle des témoins et qui recourt à d’autres formes de représentations.

Nicolas Weill :   La culpabilité allemande entre mythe et réalités

Selon Martin Walser, l’Allemagne, qui depuis la guerre s’est acquittée consciencieusement de son travail de mémoire, est aujourd’hui lassée de le voir instrumentalisé en permanence. Cependant ni les débats de l’Allemagne des années zéro ni les démarches de réparation de l’ère Adenauer ne correspondent à cette image d’un peuple et surtout d’une élite politique et intellectuelle écrasée par le remords. En vérité l’Allemagne comprend qu’elle n’en a pas fini avec la réparation, y compris matérielle, et c’est peut-être la conscience de cette charge présente et à venir qui provoque le malaise et les controverses contemporains.

Victor-Yves Ghebali :   L’OSCE au Kosovo : vers un rôle de “ sheriff-ajoint ” de l’Otan dans les Balkans ?

Dans l’accord Holbrooke-Milosevic (octobre 1998), ce dernier faisait une concession de taille en acceptant pour la première fois l’intrusion d’une partie tierce dans le conflit ; les modalités de l’autonomie du Kosovo restaient cependant du ressort de la RFY et la menace de l’Otan était écartée à bon compte. Une mission de vérification de l’OSCE (MVK) fut instituée, comportant un volet militaire et une “ dimension humaine ”, mais la médiation politique restait le fait de l’Otan. Cette opération est sans précédent par son envergure, mais aussi par l’étape qu’elle marque dans les relations entre l’OSCE et l’Otan : le leadership de l’organisation atlantique va de pair avec le développement d’une rudimentaire identité paneuropéenne de sécurité. Dans le contexte d’une internationalisation progressive de la crise du Kosovo, le pessimisme est de mise, puisque la solution logique -partition du territoire - est impossible du fait de la présence de Milosevic dont toute concession entamerait la légitimité politique, et de l’attachement de la communauté internationale au principe de l’intégrité territoriale.

Franck Latty :   La création de la Cour pénale internationale : de Nuremberg à La Haye

Les tribunaux de Nuremberg et de Tokyo présentaient des caractères inédits : définition dans un accord international des crimes de guerre, contre la paix et contre l’humanité ; jugement, pour la première fois, de hauts représentants de l’Etat en tant qu’agents publics. Ils provoquèrent un débat sur la création d’une cour criminelle internationale, mais la guerre froide empêcha tout consensus sur le sujet. Ce processus de négociation au sein de l’Onu fut à la fois perturbé et relancé par les conflits au Rwanda et en ex-Yougoslavie. Ces derniers furent à l’origine de tribunaux ad hoc, aux compétences limitées dans le temps et dans l’espace, institués par des résolutions du Conseil de sécurité et non par un traité contraignant pour les seuls signataires. La conférence diplomatique de Rome (06-07/1998) visait à passer du provisoire au permanent, seule garantie d’un effet dissuasif. Mais les marchandages de la conférence, le souci de certains Etats de soustraire leurs ressortissants à un éventuel jugement (Etats-Unis) ou de suspendre pour une période renouvelable l’application de la convention sur les crimes de guerre (France), ne laissent pas d’inquiéter sur les faiblesses de la Cour.

Frédéric Lasserre :   Le prochain siècle sera-t-il celui des guerres de l’eau ?

Alors que les ressources en eau se raréfient, leur très inégale répartition, aggravée par la pression démographique et l’accroissement de la consommation par habitant (lié à l’élévation du niveau de vie), est source de nombreuses tensions entre Etats voisins, qu’il s’agisse de différences de niveau de consommation sur un même bassin, en fonction de rapports de force ou de niveaux de développement différents, ou de la nécessité vitale de s’assurer d’un approvisionnement constant et garanti sur une longue durée. Mais, au-delà, ces litiges qu’un droit international flou et contradictoire ne permet pas de résoudre, s’enracinent souvent dans des contentieux régionaux plus anciens et constituent à ce titre de véritables questions géopolitiques.

Nacer-Eddine Ghozali :   L’avis consultatif de la Cour internationale de Justice (C.I.J) sur l’emploi des armes nucléaires : un avis inabouti

L’auteur revient sur le refus de la Cour internationale de justice, sollicitée par l’Assemblée générale des Nations unies, de déclarer la menace ou l’emploi d’armes nucléaires incompatible avec le droit international. En jugeant inapplicables les règles relatives au droit à la vie, à l’interdiction du génocide, et à la protection de l’environnement, la Cour a choisi une position “ formaliste ”, qui s’interdisait une analyse approfondie de l’ancrage particulier de ces principes dans la “ conscience de l’humanité ”. Le droit international ni conventionnel, ni coutumier (la Cour mettant en balance la dissuasion théorisée par le “ club nucléaire ” et l’opinio juris majoritaire contestant l’usage des armes nucléaires) ne permettant pas de trancher, la question se posait au regard du Droit international humanitaire (DIH).Consciente des “ caractéristiques uniques ” des armes nucléaires à l’aune des principes du DIH, la Cour s’est néanmoins refusé à conclure avec certitude.

Valérie Pascalini :   L’évolution des conflits en Afrique

Après les conflits liés à la décolonisation et ceux des années 80 marqués par des interventions extérieures, la fin de la guerre froide en Afrique a vu le désengagement massif des puissances américaine et soviétique. Le continent africain est devenu une zone d’instabilité marquée par une nouvelle forme de conflits. Ceux-ci portent la marque de la crise interne des Etats africains : privatisation des acteurs (intervention de sociétés privées) dans une course à l’appropriation des ressources, échec des transitions démocratiques qui fait de la violence, pour les jeunes générations, le seul moyen d’accession au pouvoir, autonomisation des stratégies belliqueuses des Etats africains

Marie Joannidis et Christophe Champin :   République démocratique du Congo (RDC) : le dossier d’un conflit régional

L’enjeu de la crise que traverse la RDC, depuis le début du mois d’août, dépasse largement les frontières de l’ex-Zaïre. Cette guerre s’est d’abord accompagnée d’un éclatement des alliances régionales qui s’étaient constituées à la faveur de la chute de Mobutu Sese Seko, en mai 1997. Au fil des semaines, le conflit a pris une dimension régionale, mais à côté des Etats impliqués militairement dans la guerre (Ouganda, Rwanda, Angola, Zimbabwe, Namibie), une kyrielle de mouvements armés ont participé de près ou de loin à la recomposition en cours en Afrique centrale. Quant aux puissances occidentales, elles ont préféré ne pas s’impliquer directement dans le conflit, même si l’issue de la guerre n’est pas sans influence sur leurs intérêts économiques et stratégiques dans cette partie du monde. Seule, la France a tenté, avec succès, d’obtenir une promesse de paix, à l’occasion du sommet France-Afrique, fin novembre, mais en s’abritant derrière l’OUA et l’Onu, conformément à la nouvelle option “ multilatéraliste ” de sa politique africaine.

Thierry Perret et Christophe Champin :   Mines antipersonnel, trafic d’armes légères : des obstacles de taille à l’imposition d’une paix durable

Confier aux acteurs locaux la responsabilité du maintien de la paix en Afrique subsaharienne n'est pas une fin en soi. Le traitement de bien des dossiers requiert qu’on y associe l'ensemble des acteurs mondiaux, qu'il s'agisse de désamorcer la bombe à retardement des mines antipersonnel, ou de contrôler les flux d'armes légères : deux exemples des obstacles qui s'opposent aux tentatives de reconstruction et d'imposition d'une paix durable. De ce point de vue, la responsabilité des Africains doit être appréciée à la mesure... de la volonté de leurs partenaires de s'engager.

Francine Quentin et Marie Joannidis :   Trafic et blanchiment : l’Afrique, cible de choix pour les filières criminelles

Avec le renforcement de la lutte contre le blanchiment de l’argent sale dans les pays développés, l’Afrique est devenue une base de repli de choix pour tous les trafiquants. Le phénomène le plus marquant est le développement fulgurant du trafic de drogue, contre lequel la lutte est encore timide, les pays africains n’en faisant pas une priorité et les pays occidentaux y consacrant des budgets encore insuffisants

Valérie Pascale :   Les Nations unies et la sécurité en Afrique : jusqu’où ira le désengagement ?

Dès la fin de la guerre froide, les grandes puissances ont laissé les Nations unies jouer le rôle de nouveau gendarme du désordre international. Aujourd’hui le rôle de l’Onu dans le maintien de la paix en Afrique est de plus en plus limité, sans qu’apparaissent de solutions de substitution vraiment crédibles à court terme. Ce désengagement a déjà un revers : l’explosion des sociétés de mercenariat qui s’engouffrent dans le vide laissé par les Occidentaux.

François Prkic et Marie Joannidis :   Gestion régionale des conflits : l’Afrique de l’ouest montre la voie

Les échecs de l'organisation mondiale en Afrique (Somalie ou Rwanda par exemple) ont conduit les principaux acteurs - Onu et grandes puissances - à privilégier une forme de “ sous-traitance ” du maintien de la paix aux Africains eux-mêmes. Encore faut-il que cette forme de délégation aux Africains de la gestion de leurs crises ne signifie pas, dans les faits, un désengagement pur et simple. C'est ce que veut éviter le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, qui prône un engagement accru au côté de l'Afrique pour renforcer les capacités locales de maintien de la paix. C'est le sens aussi des initiatives de la France qui, par exemple dans le cadre du programme Recamp, défend l'idée d'une implication massive des grandes puissances dans cet appui désormais “ multilatéral ”. Côté continental, en tout cas, le message a été bien reçu et les organisations régionales, telles la Cedeao, ou avec moins de bonheur la SADC, sont décidées à mettre en place, de manière de moins en moins empirique, leurs propres mécanismes de prévention et de traitement des conflits.

Christophe Champin et Thierry Perret :   Elections en Afrique francophone : des progrès relatifs

Le bilan de la deuxième vague d’élections qu’a connues l’Afrique francophone est plutôt inégal : les progrès sont limités en raison de difficultés matérielles d’organisation ou d’une mauvaise volonté politique, et l’alternance politique reste l’exception. En fait il n’y a pas de solution qui garantisse absolument la régularité des élections, qu’il s’agisse des commissions électorales indépendantes dont le bilan mitigé dépend pour beaucoup du contexte politique, ou des missions d’observation internationales, qui gagnerait à prendre une dimension plus politique, notamment dans le cadre de la francophonie.

Hugo Sada :   Le changement à petits pas des relations franco-africaines

La nature profonde des relations franco-africaines est en train d'évoluer, après une longue période d'immobilisme, pendant laquelle, souvent, la rhétorique du changement annoncé dans les discours est restée bien décalée par rapport à la réalité. Crise économique et montée du libéralisme, fin de la guerre froide et revendications démocratiques, exigences européennes et nouvelle politique de défense, mouvements des générations et politiques d'immigration : tous ces éléments ont pesé sur l'évolution de la politique africaine de la France. Ils ont largement contribué à renverser le rapport des forces, en France même, entre ceux qui préconisaient une redéfinition de cette politique et ceux qui ont voulu résister à la nécessité du changement. De fait, d'Edouard Balladur à Lionel Jospin, en passant par Alain Juppé, et à travers des étapes décisives comme la dévaluation du franc CFA en janvier 1994 ou la crise rwandaise, le changement s'est imposé.

Valérie Niquet :   L'Afrique, un nouvel enjeu pour le Japon

En dépit ou peut-être du fait de la faiblesse des liens historiques et économiques qui lient le Japon au continent africain, Tokyo a fait de ce continent un élément d’une stratégie plus vaste de réintégration de la puissance japonaise sur la scène mondiale, dont l’horizon est l’obtention d’un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’Onu. Les moyens mis en œuvre - depuis l’aide au développement jusqu’au soutien accordé aux positions africaines au sein des instances internationales en passant par la participation modeste aux opérations de maintien de la paix - correspondent aux capacités réelles du Japon et à ses intérêts mais également au souci de mettre en place un modèle de développement présenté comme différent. Dans cette perspective, la politique japonaise en Afrique pourrait rejoindre celle de la France qui a l’expérience du continent et partage ses efforts pour parvenir à un monde multipolaire.


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