ANALYSES

Dunhuang et la route de la soie : quand la Chine doit s’ouvrir pour continuer à prospérer

Tribune
29 septembre 2017


La semaine passée, les autorités chinoises et le Quotidien du peuple (People’s Daily) ont organisé un Forum international de coopération des médias autour de l’initiative de la route de la soie ou OBOR (One Belt, One Road). Organisé à Dunhuang, une ville de la Province de Gansu au milieu du désert et à quelques encablures de la Mongolie. Dunhuang est aujourd’hui connu pour ses dunes chantantes et ses grottes de Mogao, inscrites depuis 1987 au patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est aussi une ville qui était au carrefour des trois routes de la soie, le choix du lieu n’était donc pas anodin pour regrouper quelques 300 journalistes en provenance du monde entier.

L’objectif du Forum était bien entendu de faire parler de la route de la soie. Xi Jinping a lancé cette initiative en 2014 y voyant une opportunité unique de relancer les investissements en Chine et ailleurs, donc de soutenir le développement du commerce et au-delà de l’économie en Asie centrale, au Proche et Moyen-Orient ou en Afrique. Dans le contexte actuel, l’engagement chinois en faveur du libre-échange est plus que jamais d’actualité et la nécessité de convaincre les partenaires de ce pays de ne pas tomber dans le piège du protectionniste est fondamental.

Durant ce forum, un think tank a également été créé, le International Study Center of People's Daily. Il vise à fédérer des chercheurs de plusieurs pays pour qu’ils réfléchissent sur les enjeux du projet OBOR, les moyens à mettre en œuvre, etc.

La Chine a au moins deux contraintes qui la pousse à préserver un commerce international dynamique : des débouchés pour ses exportations et des approvisionnements en énergie. Elle se trouve aujourd’hui confrontée à plusieurs menaces :

  • La montée du protectionnisme (pas seulement aux Etats-Unis même si le positionnement bien tranché de Trump est une aubaine pour convaincre des partenaires plus libéraux, Union européenne en tête cf. Xi Jinping à Davos) ;

  • Le ralentissement du commerce mondial depuis 2014 qui est une conséquence de ce qui précède ;

  • Le manque d’investissements dans les infrastructures qui, de fait, pénalise aussi le commerce – des routes, autoroutes, aéroports et ports modernes et entretenus sont favorables aux échanges…


Au-delà de cela, l’enjeu est aussi géopolitique. En Asie du Sud et du Sud-Est, la toute-puissance chinoise est contestée et contestable. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les Indiens ou les Japonais, pour ne pas citer les Coréens, etc., ne sont pas des plus enthousiastes sur ce projet de route de la soie. La Chine y voit aussi une opportunité en soutenant le développement de ses partenaires en Asie centrale et ailleurs, de favoriser la paix dans la région.

Mais, et c’est la raison de cette semaine de rencontres, beaucoup voit dans cette initiative, une nouvelle forme d’impérialisme ou encore la volonté de refonder une nouvelle gouvernance mondiale plus au service des intérêts chinois. Ensuite, beaucoup s’inquiètent des fragilités chinoises : croissance ralentie, chômage persistant des jeunes et, paradoxalement, vieillissement massif de la population, risques d’éclatement de bulles spéculatives et surendettement… Le Vice-Premier Ministre, Zhang Gaoli (l’un des 5 membres du comité permanent du bureau politique du parti communiste chinois donc l’un des 5 hommes forts du régime), qui a reçu les journalistes à Pékin à l’issue du Forum, n’avait qu’un seul message : rassurer sur la capacité de contrôle et de maîtrise des défis économiques auxquels est confrontée la Chine aujourd’hui. Par ailleurs, la Chine a besoin de mobiliser les gouvernements sur la route de la soie et des moyens financiers nouveaux, publics et privés, afin d’asseoir son projet. Expliquer et faire parler de ce dernier dans les médias est alors un bon moyen de convaincre…

Il est clair que l’initiative OBOR est, dans le contexte actuel, l’un des projets les plus convaincants pour poursuivre la mondialisation. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à évoquer la possibilité que ce soit une nouvelle étape de l’intégration tant elle vise le développement de pays et des régions qui n’ont pas totalement profité pour l’instant de toutes les opportunités offertes par cette intégration économique. Par ailleurs, investir dans les infrastructures dans un monde qui a eu tendance à négliger le long terme au profit du court terme et où, aujourd’hui, ce type d’investissements est indiscutablement insuffisant, est pertinent. Investir dans les infrastructures est aussi un moyen de relever les différents défis qui se posent aujourd’hui à l’économie mondiale, qu’il s’agisse du changement climatique, des inégalités ou encore de la nécessité d’une croissance plus inclusive.

Pour autant, cette initiative posera aussi de multiples défis à la Chine : le défi de l’ouverture d’abord (les journalistes présents au Forum s’en sont fait l’écho à plusieurs reprises à l’heure où de nombreux médias restent encore interdits ou inaccessibles dans ce pays !), le défi d’un commerce plus équilibré avec ses partenaires ou encore, le défi de la stabilisation et de la consolidation de la croissance économique sans parler des défis politiques et stratégiques…

 
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