ANALYSES

La crise vénézuélienne en rebond diplomatique ?

Tribune
18 septembre 2017
Les gazettes et les agences de presse ont annoncé le 13 septembre 2017 la reprise de contacts à Saint-Domingue, entre les autorités et opposition vénézuéliennes. La nouvelle a surpris. Les semaines écoulées avaient en effet été marquées par une montée croissante des tensions. Montée émaillée d’affrontements, verbaux et physiques, et plusieurs dizaines de victimes.

Les parties en présence avaient élargi, au fil des évènements, leur incompréhension mutuelle. L’opposition contestait la légitimité du président élu en 2013. S’appuyant sur la majorité acquise au parlement en décembre 2015, elle appelait ses partisans à prendre la rue pour contraindre le chef d’Etat à la démission. Le premier magistrat, Nicolas Maduro avait surenchéri en faisant élire une assemblée constituante à sa botte. Les uns et les autres refusaient la cohabitation imposée par les urnes.

La « Communauté internationale » avait été appelée à témoin par les deux camps. Cette mobilisation avait un peu plus embourbé les chemins de traverse qui auraient permis une sortie de crise. Les amis bolivariens de l’ALBA, sollicités par les autorités, avaient soutenu sans réserve Nicolas Maduro. Chine et Russie avaient également saisi l’opportunité vénézuélienne pour signaler leur existence internationale. Tandis que les gouvernements latino-américains d’essence libérale, Argentine, Colombie, Mexique, Paraguay, Pérou appelaient à sanctionner le Venezuela, l’ONU gardait le silence. Le secrétaire général de l’OEA (Organisation des Etats américains) et l’Union européenne, poussée par l’Espagne et plus tardivement par la France, se joignaient au camp des sanctionnistes.

Cela c’était encore la situation en début septembre.  Le 13 septembre, donc, le constat que l’on peut faire est celui d’un changement de contexte. Comment comprendre ce retournement d’une situation qui paraissait de plus en plus insoluble au dialogue ? Quels sont les facteurs qui ont joué en faveur de ce scénario qui tout d’un coup a fait sauter les bouchons d’incommunication ?

Les éléments d’évolution intérieurs ont sans doute leur part de responsabilité. Après les chocs violents de ces derniers mois, les combattants, quelque peu sonnés, ont tiré les leçons d’une réalité sans issue.

Le pouvoir est économiquement aux abois. Contrairement aux espérances nourries il y a quelques mois, les prix du pétrole ont à peine frémi. Le besoin d’argent frais, venu nécessairement de l’extérieur se fait pressant. Les soutiens du gouvernement fatiguent en raison des difficultés quotidiennes. Les gérants du pouvoir, les forces armées, ont compris que la voie de répression avait atteint ses limites.

L’opposition avait privilégié la ligne dure ces derniers temps. Ce n’est pas nouveau. En 2002, en 2014, les partisans du dégagement forcé par la rue avaient également pris le dessus.  Ce choix a enfoncé un peu plus le pays dans la crise et l’incertitude. Consultés dimanche 12 septembre pour désigner leurs candidats aux élections régionales, 900 000 opposants ont écarté les durs de Volonté Populaire. Action démocratique (centre gauche), Primero Justicia (centre droit) et Avanzada progresista (gauche) ont emporté la mise. Privilégiant les batailles d’idées et l’alternance par la voie électorale ces formations, logiquement, étaient ouvertes à l’idée d’une reprise de contact avec le camp d’en face.

Encore fallait-il des facilitateurs. Le Pape François, loin d’être échaudé par l’échec de la médiation vaticane fin 2016 a reçu en deux occasions, plusieurs évêques vénézuéliens : en juin au Vatican, et le 9 septembre en Colombie. Il a de façon publique signalé ses vœux d’une résolution pacifique de la crise. L’UNASUR - l’Union des nations d’Amérique du Sud - avait également mobilisé trois anciens présidents : le Dominicain, Leonel Fernandez, l’Espagnol José Luis Rodriguez Zapatero, et le Panaméen, Martin Torrijos. José Luis Rodriguez Zapatero a repris son bâton de pèlerin en septembre. Et le contact du 13 a été organisé en République dominicaine. Les autorités locales ont publiquement apporté leur caution, en présence de José Luis Rodriguez Zapatero. Henrique Capriles, chef de Primero Justicia a souhaité la présence du Vatican. Le pape François le 11 septembre a en effet signalé que « le Saint Siège a beaucoup fait », et qu’il avait appelé l’ONU à aider le Venezuela.

Rien ne dit que ces contacts déboucheront sur la fabrication d’un compromis mutuellement accepté. La prudence verbale des uns et des autres est plutôt de bon aloi. Tout cela sera suivi avec attention par une population qui n’avait d’autre recours que de quitter le pays pour s’en sortir. Cette issue surprenante met en porte en faux les institutions internationales ayant vocation à aplanir les tensions et favoriser les sorties de crise pacifiques. Or, en cette affaire, l’ONU est restée en retrait, jusqu’au 13 septembre. Le 13 septembre, Antonio Guterres, Secrétaire général a pris acte d’une « opportunité que doivent saisir opposition et gouvernement ». L’OEA qui a privilégié la voie des sanctions, ainsi que l’Union européenne, ont agi en ONG plus qu’en organisations internationales responsables de paix et des équilibres.
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