ANALYSES

Tir de missile nord-coréen : « La provocation la plus importante depuis longtemps »

Presse
29 août 2017
Interview de Olivier Guillard - Le Parisien
Quelle est la signification de ce nouveau tir de missile, le premier à survoler le Japon depuis près de dix ans ?

Ce n’est pas qu’un tir de missile de plus. Il s’agit de l’initiative la plus importante de la part de Pyongyang depuis très longtemps, alors que les Etats-Unis et la Corée du Sud sont en pleines manœuvres. Même si l’on ne dispose pas encore de tous les paramètres de tirs, le missile tiré semble être du même type que celui que le régime menace de tirer en direction de l’île de Guam. C’est une manière de montrer aux Américains que sa capacité technique sur ce type de munition est réelle. Et à défaut de viser la cible désignée, Pyongyang a décidé de l’envoyer en direction d’un autre ennemi historique, le Japon, qui est un allié indéfectible des Etats-Unis sur le dossier nord-coréen.

N’est-ce pas une réponse tardive aux déclarations de Donald Trump qui a promis de déclencher «le feu et la fureur» sur Pyongyang en cas d’agression ?

Il est vrai que tout le monde s’est trop rapidement emballé sur le fait que les Nord-Coréens n’avaient pas réagi après les déclarations de Donald Trump. Il n’y avait eu, si l’on peut dire, «que» trois tirs de missiles de courte portée, ce qui n’était même pas dans les hypothèses les plus basses de la réponse à attendre de Pyongyang. Et soudain, alors que tout le monde louait cette retenue de Pyongyang, le régime a passé la vitesse supérieure. Ce que l’on prenait pour un apaisement n’était en fait que la preuve que le pire restait à venir. Cela repousse encore la possibilité d’une reprise du dialogue. Et ce n’est probablement pas la dernière provocation d’ici la fin de l’été.

L’option militaire, évoquée par Donald Trump, est-elle renforcée par cette initiative ?

Tout est une question de mesure et de danger. Répondre avec le même niveau de provocation reviendrait à s’assurer un emballement de la crise, avec une escalade que l’on ne maîtriserait pas. L’option militaire est aussi incongrue qu’infaisable et c’est justement sur cette incapacité que joue la Corée du Nord.

Quelle réaction peut-on attendre de la part des principaux acteurs dans la région ?

La réunion en urgence du Conseil de sécurité de l’ONU (ndlr, demandée par le Japon) ne fera pas trembler la Corée du Nord. Il y aura sans doute de nouvelles sanctions qui s’ajouteront aux autres mais cela ne changera pas grand-chose. Sur le terrain, les Américains et leurs alliés vont sans doute prolonger leurs manœuvres et faire voler plus de matériel en direction de la Corée du Nord ou à proximité. Mais ce sera surtout de la rhétorique.

Propos recueillis par Florian Maussion
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