ANALYSES

Incidents militaires à répétition entre Chine et Etats-Unis : la militarisation de Pékin mène-t-elle à un affrontement armé inéluctable entre super puissances ?

Presse
27 juillet 2017
Peut-on craindre que cela débouche sur une guerre ouverte entre la Chine et les Etats-Unis ?

Les Etats-Unis ont toujours déclaré qu’ils considéraient comme intangible la liberté de navigation maritime et aérienne dans les espaces internationaux et qu’ils la feraient respecter. Tenant les revendications chinoises pour illégales -conformément au jugement de la CPA-, ils continuent donc de considérer ces zones comme libres d’accès et y envoient régulièrement des patrouilles, bateaux et avions. On se souviendra aussi que Mr Le Drian, alors Ministre de la Défense, avait prononcé en juin 2016 un discours, appelant, pour la même raison, à la tenue de patrouilles maritimes militaires européennes dans cette mer.
Les interceptions d’avions américains ne sont pas nouvelles. Elles entrent dans la stratégie de déni d’accès que l’APL veut développer de plus en plus loin des côtes du pays. Une collision, due à l’incompétence d’un pilote chinois, avait conduit à un grave incident diplomatique en avril 2001. Elles se multiplient dans la mesure où les terrains construits sur des îlots et une esquisse de la maîtrise du ravitaillement en vol permettent aux avions de l’APL d’étendre leur zone d’action loin dans le Sud. Les harcèlements entre bateaux sont aussi fréquents, sachant que, outre leur marine de guerre, les dirigeants chinois ont largement développé les forces de garde côtes et qu’ils peuvent de plus compter sur des « pêcheurs » qui fonctionnent plutôt comme les membres d’une milice.
l n’y a pas -pour le moment au moins- pas de volonté d’entrer en guerre ouverte d’un côté comme de l’autre. Par contre, au cours de ces jeux du chat et de la souris, une collision accidentelle est toujours possible. Des années de Guerre froide entre OTAN et PAVA avaient conduit à de très nombreuses interceptions au-dessus des mers au Nord de l’Europe. Le professionnalisme des acteurs, des deux côtés, avait permis d’éviter les accidents. Les aviateurs chinois sont loin d’avoir le même niveau. Une collision plus grave que celle de 2001, qui entraînerait la mort de militaires américains (un équipage comprend souvent entre 10 et 20 membres) amènerait sans doute une réaction forte des Etats Unis. Et peut-être même une prise de conscience de la part d’une grande partie de la communauté internationale qui, aujourd’hui, se bouche les yeux.

Pékin revendique la quasi-totalité de la la mer de Chine méridionale, chose que la Cour permanente d’arbitrage (CPA) de La Haye refuse. Mais ne serait-ce logique d'un point de vue géographique ?

En Mer de Chine du Sud, Pékin construit en toute impunité des points d’appui militaires, ports, bases de missiles et pistes d’aviation, en s’appuyant sur des récifs sur lesquels il a déclaré unilatéralement une souveraineté. Ces constructions ont fait l’objet, en juillet 2016, d’une condamnation sans équivoques de la part de la CPA. En effet, elles violent incontestablement l’esprit et la lettre de la Convention des Nations Unis sur le droit de la Mer, convention que la Chine a pourtant signée et ratifiée (contrairement, entre autres, aux Etats Unis, au Pérou, au Venezuela à la Turquie et à Israël). Cette convention précise de manière très claire la manière dont sont délimitées les eaux territoriales, les zones économiques exclusives, le plateau continental. Elle indique aussi comment sont définis les îles (qui entraînent une souveraineté) et ce qui n’en est pas.
La revendication chinoise porte actuellement sur une très grande partie de la mer de Chine du Sud. L’intérêt des ressources géologiques (pétrole, gaz, nodules polymétalliques) reste à démontrer. L’intérêt halieutique est, par contre, très important. Mais, pour Pékin, la Mer de Chine du Sud est surtout un élément d’une stratégie plus globale. En effet, 40% des transports maritimes mondiaux de marchandises transitent par ce point d’entrée de la Route de la Soie maritime. C’est aussi le socle de la partie Sud de la construction de la « Première Chaîne d’îles», but à moyen terme de la stratégie maritime chinoise. Pourtant, sur un plan strictement géographique, les îlots et récifs occupés par la Chine ne correspondent pas aux définitions d’îles souveraines internationalement reconnues et ne font pas partie du plateau continental chinois. Ils sont de plus beaucoup plus proches des autres pays riverains, Philippines tout particulièrement.
La construction des points d’appui militaires, par agrandissement des récifs sur lesquels Pékin a déclaré une souveraineté, est de plus un désastre écologique. Le sable nécessaire au bétonnage des récifs est en effet récupéré, par dizaines de millions de mètres cube, en broyant des coraux qui sont les pouponnières où se développent les alevins qui ont vocation à peupler une bonne partie du Pacifique. Pratiquement toutes les ressources halieutiques sont en fait pillées, souvent de manière irréversible, mais ce reproche s’étend aussi aux pêcheurs d’autres pays riverains.
Il faut par ailleurs prendre en compte le fait que Xi Jingping doit encore consolider son pouvoir, qui semble toujours être contesté par certains, ce qui se traduit-entre autres- par la poursuite des arrestations pour « corruption ». La tenue, en octobre prochain du XIX° Congrès de Parti Communiste Chinois est une étape cruciale. Tout ce qui conforte le nationalisme chinois est très apprécié de l’opinion publique et lui est favorable.

Ce litige n'est-il pas inquiétant vis à vis de la Corée du Nord ? (dans le sens ou une coopération entre les deux pays pour faire face à Pyongyang serait donc impossible)

Il n’y pas de coopération à proprement parler entre la Chine et les Etats-Unis sur la question Nord-Coréenne. Toutefois, les deux pays ont des intérêts communs vis-à-vis de Pyongyang et tous deux souhaiteraient un « atterrissage en douceur » du Royaume Ermite. Le changement d’approche initié à la suite de la rencontre Xi-Trump a déjà conduit à un durcissement inédit de la politique chinoise vis-à-vis de Kim Jong-un. Mais il est évident que Pékin garde dans sa manche la possibilité d’agiter la carte du retour d’un soutien à Pyongyang en cas de conflit avec Washington.
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