ANALYSES

Le JEFTA : un message pour Washington et Pékin

Tribune
18 juillet 2017
Le sommet du G20 de Hambourg ne fut pas un succès. Ceux qui espéraient un retour des Etats-Unis dans l’Accord de Paris ont rapidement déchanté devant la détermination de Donald Trump ; et derrière de longues rencontres entre les dirigeants des grandes puissances et un engagement commun contre le terrorisme, ce sommet ne restera pas dans les annales. Au niveau commercial, aucune avancée notable et des difficultés illustrées par les velléités protectionnistes de Donald Trump.

Prenant presque à contre-courant les impasses que l’actualité politique et commerciale nous impose, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, le président du Conseil européen Donald Tusk et le Premier ministre japonais Shinzo Abe annoncèrent la veille des rencontres de Hambourg, à l’occasion d’un sommet Union européenne (UE)-Japon, un accord de principe sur un accord de libre-échange entre l’UE et le Japon, désigné sous le sigle de JEFTA (Japan-Europe Free Trade Agreement). Si cet évènement fut peu médiatisé, il s’agit tout de même de l’accord commercial le plus important jamais signé par l’UE. Et chaque milliard d’euros d’exportations vers le Japon, troisième partenaire commercial de l’UE, supporte par ailleurs 14 000 emplois en Europe, estime la Commission. Il s’agit donc d’un accord majeur, beaucoup plus important que le CETA avec le Canada par exemple.

Le JEFTA est aussi et surtout un message très clair adressé à Washington et à Pékin. En abandonnant le TPP (Trans Pacific Partnership) en dépit des efforts d’Abe Shinzo pour l’en dissuader, Donald Trump a laissé le Japon orphelin. En se montrant hostile au TAFTA (accord UE - Etats-Unis), le président américain semble vouloir refermer des négociations qui ont duré des années et imprime sa volonté de privilégier un protectionnisme commercial renforcé. Avec le FEFTA, dont les négociations durent depuis quatre ans et dont il convient malgré tout de signaler qu’elles ne sont pas terminées, l’UE réussit le tour de force d’apparaître comme le champion du libre-échange et de récupérer un accord avec une puissance commerciale de premier plan, par ailleurs troisième économie mondiale et connue pour ses droits de douane particulièrement élevés. Côté chinois, on se réjouit depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump du retrait progressif des Etats-Unis  de la scène économique et commerciale asiatique et Pékin n’a pas tardé à récupérer les anciens membres du TTP. Le Japon, pour des raisons multiples, était le plus réticent à répondre aux sirènes de la Chine, et les dirigeants chinois gageaient sans doute sur un épuisement progressif de son voisin, qui aurait fini par frapper à sa porte. Le JEFTA est une réponse par la négative et la promesse d’une ouverture vers l’Europe de la deuxième puissance asiatique. Nul doute d’ailleurs que l’échec du TTP et les craintes liées à l’hégémon chinois en Asie orientale ont joué un rôle important dans la volonté de Tokyo de trouver un accord rapidement avec Bruxelles. Et les partenaires européens ont bien saisi pour leur part l’opportunité offerte par ces réajustements politico-économiques.
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