ANALYSES

Retrait des États-Unis de l’Accord de Paris : quels impacts ?

Interview
2 juin 2017
Le point de vue de Bastien Alex, Alice Baillat
Concrètement, quelles vont-être les conséquences du retrait des États-Unis de l’Accord de Paris ? Sans leur engagement, l’Accord risque-t-il d’être mis en danger et de se déliter ?

Bastien Alex : Le retrait des États-Unis brise surtout la dynamique de l’Accord mais il ne met pas en danger son application par les autres pays. Les prises de positions des États à la suite du discours de Donald Trump montrent un soutien de la part de la Chine, de l’Union européenne (UE), du Canada et même la Russie. La décision du président américain ne détruit donc pas l’Accord mais l’affaiblit en faisant sortir le second émetteur de gaz à effet de serre, ce qui aura un impact s’il décidait de ne respecter aucune restriction des émissions.

D’un point de vue financier, Donald Trump a été très ferme en disant qu’il arrêterait le soutien des États-Unis au Fonds vert pour le climat. La promesse de don de la part de Washington de 3 milliards de dollars par an est donc annulée, ce qui signifie que si l’on veut doter l’enveloppe à hauteur de 100 milliards de dollars, il faudra trouver d’autres sources de financement et que les autres pays complètent.

Alice Baillat : Effectivement, le retrait des États-Unis brise la dynamique sans pour autant briser l’accord. Il rend cependant encore plus compliquée la réalisation de l’objectif des 2°C, dont on sait qu’il était déjà difficilement atteignable. En effet, en tant que deuxième émetteur avec environ 18% des émissions mondiales, le retrait des États-Unis menace complètement – voire rend impossible – la limitation de l’augmentation de la température.

Comment expliquer cet isolement international consciemment entrepris par l’administration américaine, alors que seuls le Nicaragua et la Syrie n’ont pas signé l’accord ? Le retrait des États-Unis ouvre-t-il une fenêtre d’opportunité pour d’autres grandes puissances (Chine, Europe) de se poser comme acteurs majeurs de lutte contre le changement climatique ?

Bastien Alex : La décision de Trump s’explique uniquement par la volonté de respecter une promesse de campagne qu’il avait faite, d’autant plus qu’il est dans une période difficile avec le limogeage du directeur du FBI dans le cadre de l’enquête sur les liens entre son administration et la Russie. Trump souhaite donc rassurer son électorat. Honorer cette promesse de campagne est cohérent d’un point de vue de politique intérieure puisqu’il l’a martelée lors des élections. Le retrait des États-Unis de l’Accord n’est donc pas vraiment une surprise. Mais le fait que la décision soit dénoncée par l’ensemble des grands pays parties à l’Accord est sans doute porteur de complications pour les États-Unis à l’avenir... Le retrait va certes sauver quelques emplois dans l’industrie charbonnière et sidérurgique mais il n’y aura pas la révolution en matière de création d’emplois que Trump prétend.

Alice Baillat : Par cette décision, Trump montre son respect de l’America first qu’il n’a cessé de répéter durant la campagne. Sur le plan international, il commet une très grave erreur. Toutes les déclarations des chefs d’État depuis hier montrent que la décision de Trump est largement rejetée. La France, l’Italie et l’Allemagne ont notamment déclaré qu’ils allaient augmenter leurs efforts pour sauver l’Accord de Paris. Idem du côté de la Chine et même de la Russie, qui a déclaré que l’accord serait probablement affaibli sans le participant clé que sont les États-Unis. Il y a donc effectivement une place à prendre, que l’UE et la Chine sont prêtes à occuper pour renforcer leur leadership climatique.

Selon certains, finaliser la sortie de l’accord prendrait jusqu’à 2020, soit l’année des prochaines élections présidentielles américaines… La décision de Trump n’aurait-elle donc aucun effet si elle était remise en question par le prochain président ? Pendant ce temps, les États américains et les grandes villes peuvent-ils passer outre la déclaration du président et s’engager à leur niveau à lutter contre le réchauffement climatique ?

Bastien Alex : Il est impossible de savoir si Trump sera réélu, s’il se représentera ou même s’il sera destitué avant la fin de son mandat. Certes, la sortie des États-Unis ne sera effective qu’en 2020 mais le président a d’ores et déjà annoncé qu’il arrêterait le financement du Fond vert et que la contribution des États-Unis à l’effort de réduction d’émissions ne serait pas respectée. Ainsi, même si la sortie n’est pas encore effective, elle a déjà un impact. Néanmoins, ce n’est pas parce que Donald Trump président des États-Unis prend cette décision que la Californie ou l’État de New-York vont changer de trajectoire. Par exemple, le gouverneur de New-York compte publier un décret marquant l’engagement de son État à respecter les termes de Paris. Il faut donc garder en tête deux choses : le processus international avec les COP et la réalité des actions qui seront menées. Il est difficile de dire quel sera le poids en termes d’émission de la décision de Trump. Assurément, elle va contribuer à diminuer l’effort de réduction du pays mais on ne sait pas encore comme cela va être compensé par certains États et grandes villes américaines.

Alice Baillat : La décision de Trump ne suffira pas à briser la dynamique très présente aux États-Unis d’aller vers une transition écologique et d’une économie bas-carbone. Plusieurs PDG de grandes entreprises pétrolières ont soutenu l’Accord de Paris et la décision de Trump n’y changera rien. Le fossé déjà très apparent entre Trump, le monde économique et les scientifiques va donc certainement se renforcer et le président sera encore davantage décrié, tant au niveau national qu’international.

Le plus regrettable dans ce retrait, c’est la perte de temps provoquée à un moment où le changement climatique s’accélère. Les États-Unis étant eux-mêmes très affectés par les catastrophes naturelles, cette décision de Trump va à contre-courant de la protection de ses propres citoyens. Pire, cette décision va faire perdre quatre ans de plus. Grâce au délai de sortie, le prochain président pourra certes revenir en arrière en réintégrant l’Accord. Mais en attendant, quatre ans auront passé, après déjà les huit années gaspillées avec la non-participation des États-Unis au protocole de Kyoto décidée sous George W. Bush. Ces années de perdues se ressentiront au niveau planétaire.
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