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Rencontre Macron-Poutine : « L’enjeu est de fixer le ton de la relation franco-russe »

Presse
29 mai 2017
Sur quels dossiers la France et la Russie s'opposent-elles principalement aujourd'hui ?

Il y a deux grands dossiers qui sont prépondérants, c'est l'Ukraine et la Syrie. Sur le dossier syrien, la France s'est toujours opposée à la Russie, notamment sur le sort de Bachar el-Assad et sur le règlement du conflit.

Avec cette nouvelle séquence politique qui s'ouvre en France, des évolutions sont envisageables. La Russie pourrait orienter sa position vers un règlement du conflit plus inclusif, dans le sens où il impliquerait davantage les puissances occidentales qui ont été tenues à l'écart jusque-là. En effet, l'accord d'Astana ne donne qu'une place très réduite à la France et aux pays occidentaux en général.

A priori, Emmanuel Macron a une chance de faire évoluer la position française dans un sens plus coopératif. L'idée, c'est que la France ne revienne pas forcément à l'initiative, mais qu'elle soit au moins incluse dans le processus de négociation autour de la Syrie. L'objectif serait que la Russie n'ait pas totalement la main sur ce dossier. C'est là, le principal défi d'Emmanuel Macron sur le conflit en Syrie.

Concernant l'Ukraine, des évolutions sont-elles possibles ?

Là aussi, la France et le reste des pays européens se sont opposés à la Russie. Il serait possible de se diriger vers un renouveau du "format Normandie", cette configuration diplomatique adoptée pendant la Guerre du Donbass, qui avait rassemblé la Russie, l'Allemagne, la France et l'Ukraine.

Il s'agirait de renouveler les discussions, mais il est difficile de dire si cela pourrait porter ses fruits. Pour l'instant le dossier ukrainien est extrêmement délicat: la situation économique et sociale se dégrade fortement à l'intérieur du pays. La Russie et la France pourraient profiter de ce momentum qui suit l'élection d'Emmanuel Macron pour faire bouger leurs positions.

Il serait concevable de trouver un consensus sur l'avenir du dossier ukrainien et le respect des accords de Minsk, sur le dossier du Donbass. Mais a priori, concernant l'annexion de la Crimée, il est peu probable qu'il y ait une évolution. La France et l'Union européenne semblent avoir accepté bon gré mal gré, la situation telle qu'elle est.

Mais il y a également la question des sanctions économiques qui visent la Russie autour du dossier ukrainien. C'est un enjeu important pour Vladimir Poutine, qui souhaiterait alléger les sanctions européennes à son encontre. Est-ce que Emmanuel Macron pourrait faire pression sur ses alliés européens pour les alléger où les lever ? Cela reste encore à déterminer, mais ça pourrait dépendre en partie de cette première rencontre.

Que peut-on donc attendre de cette première entrevue entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine ?

Emmanuel Macron arrive en position plutôt favorable dans sa rencontre avec Vladimir Poutine, après son élection assez large, et un G7 assez réussi, sans faux pas sur la scène internationale. Les deux pays comprennent que la situation précédente de confrontation n'est favorable pour personne, mais qu'il s'agit de faire des consensus. Donc le fait qu'il y ait eu un changement à la tête de la France peut permettre une évolution sur certains dossiers, bien que rien ne soit certain.

Il apparaît clair que le règlement de la crise syrienne et de la crise ukrainienne ne va pas se faire à Versailles aujourd'hui. L'idée va plus être de prendre contact, d'essayer d'assainir la relation et de trouver un moyen de renouer le dialogue qui patinait ces dernières années entre les deux pays.

C'est donc un premier contact qui a en général son importance dans les rapports de force futurs, puisque au niveau personnel, une relation entre deux hommes va se nouer. L'enjeu sera donc de fixer le ton de la relation, avant pour la suite d'entrer dans le concret. Cependant, il faudra d'autres rencontres pour qu'on puisse voir une réelle évolution.
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