ANALYSES

Donald Trump : « Un programme économique encore très imprécis »

Presse
1 mars 2017
On s’attendait à des clarifications sur les mesures à venir. Mais Donald Trump est resté très flou, hier soir, lors de son discours devant le Congrès, sur ses intentions économiques, réaffirmant simplement ses promesses de campagne. Décryptage avec Sylvie Matelly, économiste et directrice adjointe de l’Institut des relations internationales et stratégiques.

Qu’avez-vous pensé de ce discours ?

C’était un discours sur la forme, pour rassurer après des jours chaotiques. Il a fait du Obama avec des idées de Trump. Il a voulu faire rêver, entraîner, à l’opposé de son attitude très critique. Et, pour une fois, il n’a attaqué personne.

Je suis quand même surprise que son discours ait rassuré. Il y a des éléments très contradictoires. Quand il explique qu’il n’interviendra plus sur la Terre entière mais qu’en même temps il augmente de 10 % le budget de la Défense. Il y a encore beaucoup de paradoxes et d’incertitudes et ce n’est pas forcément rassurant.

Et sur son programme économique ?

Il n’y a pas eu grand-chose sur la partie économique, à part ce qu’il avait déjà annoncé. Il n’y a pas de chiffrage, pas de calendrier… On n’a pas appris grand-chose. Ce qui est sûr c’est qu’il ne change pas de cap. Est-ce de la prudence ? A-t-il pris conscience qu’on ne peut pas tout faire à tout prix ? C’est une hypothèse.

En tout cas, les marchés sont rassurés car il promet à la fois des baisses massives d’impôts et des milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures. Les entreprises sont ravies, ce serait une aubaine pour beaucoup d’entre elles.

Mais quelle marge de manœuvre a-t-il pour l’appliquer ?

Sa marge de manœuvre est importante. Les États-Unis sont une superpuissance économique donc il peut - presque - tout faire. Tout va dépendre des conséquences de sa politique et de la réaction des autres acteurs économiques américains ou étrangers.

Si l’inflation augmente trop, les consommateurs vont perdre en pouvoir d’achat et vont commencer à ne pas être satisfaits. Et la Réserve fédérale américaine (Fed) ne regardera pas l’inflation sans agir. La directrice a déjà exprimé son inquiétude sur cette politique économique parce qu’elle peut générer de l’inflation. Si c’est le cas, elle réagira via la politique monétaire en augmentant les taux d’intérêt.

L’autre limite, c’est l’emploi. Ses investissements en infrastructure vont nécessiter beaucoup de main-d’œuvre peu qualifiée qui n’est, aujourd’hui, pas disponible autrement que par l’immigration. Or, même s’il s’est modéré sur l’immigration, il continue de vouloir la freiner en autorisant uniquement les talents.

Il va probablement céder sur certains dossiers pour en faire avancer d’autres parce que ce n’est pas possible autrement. Mais aujourd’hui, après ce discours, on a du mal à voir sur quoi il va céder.
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