ANALYSES

Faut-il repenser les missions de l’Organisation des Nations unies ?

Presse
5 décembre 2016
Le nouveau secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, aura pour défi de rendre l’ONU plus efficace et démocratique :

- efficace, car il faut donner plus de pouvoir d’application pratique à toutes ses décisions, ses résolutions, ses conventions, qui sont de beaux textes mais qui souvent restent lettre morte. L’ONU devrait pouvoir exercer, par exemple, des sanctions financières contre les entreprises qui ne respectent pas les conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT). Il faut que l’ONU contrôle les multinationales, au lieu de les associer et de leur donner du pouvoir ;

- démocratique, car il faut rendre plus transparent le recrutement et il faut mettre fin à l’injustice du veto, qui est un privilège que possèdent les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (France, États-Unis, Royaume-Uni, Chine, Russie). Ce veto bloque souvent l’ONU, comme actuellement avec la crise en Syrie, où la Russie a, en 2016, à plusieurs reprises, opposé son veto à la résolution française proposant de faire cesser les frappes en Syrie.

Pour que l’ONU parvienne vraiment à faire régner la paix dans le monde, il faudrait que le système de sécurité collective qui avait été pensé par les pères fondateurs de l’ONU en 1945, et qui est exprimé dans le chapitre VII de la charte de l’ONU, à savoir que l’ONU puisse déployer de véritables forces militaires en cas de menaces contre la paix, et pas seulement des casques bleus dépourvus du droit d’intervenir vraiment dans les affrontements, voie enfin le jour. Cela permettrait à l’ONU de se réaffirmer par rapport à l’Otan, organisation dominée par les États-Unis qui tend de plus en plus à se présenter comme l’agence la plus à même de régler les conflits dans le monde. Or, l’ONU, organisation universelle, est bien plus légitime que l’Otan pour intervenir dans les conflits. En Syrie comme ailleurs, c’est l’ONU qui doit intervenir et non pas telle ou telle grande puissance de manière unilatérale.

Loin d’être devenue obsolète ou inutile aujourd’hui, l’ONU a un rôle majeur à jouer au XXIe siècle, car avec la mondialisation, beaucoup de problèmes sont devenus transnationaux, ils transcendent les frontières étatiques : le problème des conflits, car aujourd’hui le conflit en Syrie a des répercussions sur les autres pays (pensons aux attentats en Europe), mais aussi le problème des inégalités dans le monde, qui s’accroissent de plus en plus, et que l’ONU pourrait s’attacher à réduire, ou encore le problème de la finance, que l’ONU pourrait s’employer à réglementer, le problème de l’évasion fiscale, que l’ONU pourrait interdire, le problème de la mafia, le problème de l’environnement, etc.

Loin de perdre confiance en l’ONU à cause de ses défauts et de sa fréquente inefficacité, il faut soutenir l’ONU, la faire mieux connaître du public et l’aider à s’améliorer, car c’est l’organisation internationale la plus démocratique : en effet, avec son Assemblée générale, où quasiment chaque État du monde est représenté (193 États membres), elle est l’instance la plus universelle, bien plus que l’OCDE, par exemple, qui ne rassemble que 35 pays parmi les plus riches du monde, ou que les G7, G8, G20, qui ne sont que des clubs de pays riches. L’ONU, avec son système « 1 État = 1 voix » (à l’Assemblée générale) est également plus démocratique que des organisations comme le FMI qui ont un système de vote pondéré, c’est-à-dire où ce sont les pays les plus riches qui disposent de davantage de voix.

Ces institutions financières internationales – Banque mondiale, Organisation mondiale du commerce et FMI – devraient d’ailleurs être placées sous la direction effective de l’ONU. Ainsi, l’ONU pourrait agir de manière juste et efficace pour réduire les inégalités dans le monde, en interdisant l’évasion fiscale, en contrôlant la finance.

La création de l’ONU, en 1945, était la victoire de l’esprit pacifiste, l’affirmation du multilatéralisme, belle idée progressiste. Il faut maintenir cet idéal multilatéraliste face aux velléités d’unilatéralisme. Il faut garder l’optimisme et l’espoir en l’ONU. Cette institution, actuellement en grave crise, est réformable et peut être améliorée.
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