ANALYSES

Trump, 45e président des Etats-Unis : le début d’une nouvelle ère ?

Interview
9 novembre 2016
Le point de vue de Nicholas Dungan
Comment analysez-vous la victoire de Donald Trump quand de nombreux observateurs estimaient que les jeux étaient faits en faveur d’Hillary Clinton ? Quelle Amérique illustre cette victoire ?

Les observateurs qui considéraient que les jeux étaient faits ont mal observé. Les jeux n’ont jamais été faits. Je n’ai cessé de répéter, depuis janvier, qu’il fallait prendre Donald Trump au sérieux. Le Républicain incarne à lui seul trois phénomènes. Le populisme, tout d’abord, celui que nous voyons partout en Occident, voire ailleurs. L’aspect Far West ou jacksonien qui correspond au caractère combattif de l’Américain, où les problèmes se résolvent par la confrontation. De nombreux Américains s’identifient à ce caractère de Donald Trump qui lui permet, aux Etats-Unis, d’être parfaitement reconnaissable, alors qu’en Europe, le Républicain est loin de représenter l’Américain tel que se le figure l’imaginaire collectif. Troisième phénomène : le réveil américain. Après des décennies, les Américains réalisent que le pouvoir d’achat du foyer moyen n’a pas avancé depuis 40 ans et que la crise financière de 2008 a eu des effets néfastes sur le pays. Barack Obama les a bercés pendant huit ans ; aujourd’hui, le moment est venu pour les Américains de s’ériger contre les élites qui les ont mis dans cette difficulté.

Le 8 novembre marque une double voire une triple défaite des démocrates qui ne sont pas parvenus à récupérer le Sénat et à la Chambre des représentants. Cette gifle est-elle à mettre au crédit de l’impopularité d’Hillary Clinton, de Barack Obama ou du Parti démocrate dans sa globalité ?

Cette défaite est aussi bien celle d’Hillary Clinton, de Barack Obama que du Parti démocrate. Cela fait une génération que les démocrates, tout comme la gauche en Occident, ne sont pas en mesure de produire des idées neuves. Après huit ans de présidence de Barack Obama, le Parti démocrate est considéré comme un parti qui est resté trop longtemps au pouvoir. Quant à Hillary Clinton, elle est présente dans les médias depuis plus de trente ans, ce qui suscite une sorte de rejet chez une partie de l’opinion.

Avec deux chambres acquises aux Républicains, que doivent attendre les Américains de la politique de leur nouveau président ?

Ce qu’il a promis ! Le propre de la politique, surtout aux Etats-Unis, est de promettre une chose, et une fois arrivé au pouvoir, d’en faire une autre. Aux Etats-Unis, les présidents américains ont souvent tenu des discours du type : « Le Congrès m’empêche de tenir mes promesses ».
Aujourd’hui, Donald Trump peut revendiquer avoir obtenu un mandat clair de la part du peuple américain car il a remporté la Pennsylvanie et bien plus de voix que nécessaire. En gardant la Chambre des représentants et le Sénat, Donald Trump a la possibilité de mettre en œuvre son programme, situation assez exceptionnelle pour un président américain. Et Donald Trump, compte tenu de son discours, doit impérativement l’appliquer. Cela signifie qu’il va peut-être essayer de mettre en place ses promesses les plus radicales, comme la construction d’un mur à la frontière mexicaine ou une baisse drastique des impôts.

« Make America great again » était le principal slogan de Donald Trump durant la campagne. Selon-vous, comment se dessineront les futures relations des Etats-Unis avec le monde ?

Donald Trump n’a aucune expérience en politique étrangère. Dans ce domaine, on peut s’attendre à une cohérence inversée. C’est-à-dire que les réponses de Donald Trump sur les grandes questions manquent de logique. Sa seule cohérence sera celle de la défense des intérêts des Américains. Donald Trump a été le premier à dire que le pays va mal. Par le slogan « Make America great again », il entend remédier à ce problème et rétablir la grandeur des Etats-Unis.
Barack Obama laisse au nouveau président trois grands vides stratégiques : les relations avec la Russie, notamment sur l’Ukraine ; le Moyen-Orient au sens large, incluant la Turquie, l’Iran ainsi que l’Arabie Saoudite ; et le pivot vers l’Asie qui n’a pas fonctionné. Si Donald Trump sera contraint de traiter ces sujets un à un, je n’ai pas l’impression qu’il ait une stratégie globale et cohérente.
L’ère des Etats-Unis omniprésents sur la scène internationale est révolue.
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