ANALYSES

« Sans l’ONU, il y aurait beaucoup plus de guerres »

Presse
7 octobre 2016
Interview de Pascal Boniface - L'Alsace
Le monde serait-il plus dangereux et instable sans l’Onu ?

Il est de bon ton de critiquer l’Onu à cause de son impuissance à résoudre certains conflits, mais elle n’est due qu’à la division des membres permanents du Conseil de sécurité. On voit les guerres mais pas les conflits qui se terminent ou qui ne se déclenchent pas grâce à l’Onu. Ce n’est pas un gouvernement mondial mais si l’Onu n’existait pas, il y aurait beaucoup plus de guerres et de conflits qu’aujourd’hui.

Faut-il réformer l’Onu et élargir le Conseil de sécurité ?

Oui. Le défaut majeur, c’est que la composition actuelle correspond à l’état du monde en 1945. Les projets d’élargissement portés en 2005 par Kofi Annan ont été bloqués par les veto chinois et américain. Même si le Conseil de sécurité était élargi, ça ne changerait pas la division des membres permanents actuels. Les pays évoqués étaient l’Allemagne et le Japon qui ne sont plus les vaincus et puis l’Afrique et Sud et le Brésil pour que tous les continents soient représentés, ainsi que l’Inde, deuxième pays le plus peuplé du monde.

En Syrie, l’Onu est-elle condamnée à regarder le désastre sans rien pouvoir faire ?

Rien ne changera tant qu’il y aura une division profonde entre les Russes d’un côté, les Occidentaux et les pays arabes de l’autre et que les Russes soutiendront quoi qu’il en coûte Bachar al-Assad. L’Onu est bloquée par le droit de veto, mais s’il n’y avait pas le droit de veto, l’Onu n’existerait pas.

Le choix d’Antonio Guterres est-il un bon choix ?

C’est un excellent choix. Il a l’habitude du multilatéralisme puisqu’il a été à la tête du Haut-commissariat aux réfugiés pendant dix ans. C’est une des crises actuelles. Il a de l’énergie et une force personnelle. On peut penser qu’il sera plus indépendant par rapport aux membres permanents que ne l’était Ban Ki-moon.
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