ANALYSES

TTIP/TAFTA: les Européens n’ont rien compris aux enjeux

Presse
7 septembre 2016
Interview de Nicholas Dungan - Challenges
Comment expliquez-vous les tensions autour du Tafta (Transatlantic Free Trade agreement)?

Ce projet a été très mal vendu aux opinions publiques. Au lieu de le réduire à une négociation de marchands de tapis entre l’Europe et les Etats-Unis sur une harmonisation et un abaissement des droits de douanes, il aurait fallu le vendre comme la création d’un marché commun entre les deux zones dont une partie des échanges est déjà encadrée. Autre problème, derrière le Tafta se cache un but publiquement inavouable. Il s’agit d’établir des normes auxquelles les Chinois seront obligés de se soumettre. Même s’il faut se méfier des comparaisons, les Etats-Unis veulent avec ce traité de libre-échange appliquer à l’expansionnisme commercial chinois la stratégie de l'endiguement ou containment pratiquée pendant la guerre froide, afin de stopper alors l'extension de la zone d'influence soviétique au-delà des limites atteintes en 1947 et de contrer les États susceptibles d'adopter le communisme.

Manifestement, les Etats Unis ont eu moins de difficultés à parvenir à un accord de libre-échange du coté Pacifique ?

Ce traité -dont est justement exclu la Chine- s’inscrit parfaitement dans la logique du containment. S’il est ratifié par les douze parlements nationaux des pays qui l’ont signé le 4 février 2016, le traité Transpacifique ou TPP figurera parmi l’un des accords de libre-échange les plus importants jamais négociés. A moins que le TAFTA ne trouve une issue positive, ce qui semble mal engagé pour le moment.

Comment analysez-vous la défiance de certains pays européens vis-à-vis des Etats Unis sur ce dossier ?

Certains Européens ne voient dans le Tafta qu’une tentative impérialiste des Américains d’imposer leur poulet au chlore! Peut-être que si nous, Américains, n’avions pas envahi l’Irak, si nous n’étions pas restés aussi longtemps en Afghanistan et si nous n’avions pas cette obsession de jouer les gendarmes du monde, la défiance des Européens serait moins forte. Et puis, comment les dirigeants européens pourraient-ils faire confiance aux américains, après avoir appris que la NSA avait mis Angela Merkel et les présidents français sur écoutes…

Ne pensez-vous pas aussi que le Tafta pâtit de la mauvaise image du libre-échange aux Etats Unis comme en Europe ?

Oui, effectivement, la montée du chômage liée en partie à la désindustrialisation des pays du Nord au profit du développement des pays du Sud a rendu les opinions publiques pour le moins sceptiques. Alors dans un climat préélectoral, certains hommes politiques rassurent les gens en leur servant un discours protectionniste. En clair, Marine Le Pen et Donald Trump !

Propos recueillis par Jean-Pierre de la Rocque
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