ANALYSES

Convention républicaine : quelle dynamique pour Donald Trump ?

Interview
19 juillet 2016
Le point de vue de Marie-Cécile Naves
La Convention nationale du Parti républicain américain s’est ouverte lundi dans un climat tendu. Quel est l’état d’esprit actuel à Cleveland ? Les divisions internes, les défections historiques par leur ampleur ou encore les tentations d’une candidature parallèle menacent-elles l’unité du Grand Old Party ?

Le climat est plutôt tendu à Cleveland, mais peut-être plus encore à l’extérieur qu’à l’intérieur de la Convention. En effet, en l’absence d’alternative, le Parti républicain semble se mettre en ordre de marche derrière Donald Trump qui devrait vraisemblablement rassembler les cadres sur sa candidature. En revanche, beaucoup de manifestants se trouvent à l’extérieur de la Convention. Dans les jours qui vont suivre, la ville risque d’être à cran et de vivre avec une forte présence policière chargée de quadriller les rues. Les partisans de Donald Trump et les soutiens du port d’armes sont mobilisés à Cleveland, tout comme les opposants à la candidature du milliardaire, notamment des mouvements féministes ou des partisans de Black Lives Matter. Cette proximité participe à accroître les crispations et le risque d’affrontement.
En interne, plusieurs grands leaders du Parti républicain ont affiché leur soutien à Trump et vont l’exprimer lors de la Convention en qualité d’intervenants. Paul Ryan, le speaker de la Chambre des représentants, et certainement l’un des personnages les plus importants du Parti, en fait partie aux côtés de Mitch McConnell, chef de la majorité au Congrès, et des anciens candidats à la primaire républicaine que sont Ted Cruz, Marco Rubio et Ben Carson.
Il est vrai que plusieurs personnalités, dont la famille Bush et Mitt Romney, ont signifié leur vive opposition à la candidature de Donald Trump et ne participeront pas à la Convention. Pour autant, les leaders républicains sont de plus en plus nombreux à le rejoindre. Cette dynamique résulte notamment de l’absence de candidature alternative, le Parti républicain ayant été incapable de faire émerger une personnalité crédible capable de concurrencer Trump. De plus, les membres du Parti républicain ont en tête d’autres élections qu’ils ne veulent pas perdre : le renouvellement d’un tiers du Sénat et de l’intégralité de la Chambre de représentants, d’autant que les sénateurs républicains sont deux fois plus nombreux que les sénateurs démocrates à remettre leur siège en jeu. Il est donc essentiel de ne pas envoyer de message négatif à l’électorat et de ne pas s’aliéner de vote en faveur des républicains pour ces autres scrutins

Quels sont les enjeux de la Convention nationale ?
Les enjeux de la Convention nationale sont doubles.
Le vote des délégués sur la plateforme du Parti, c’est-à-dire la profession de foi des républicains, est certainement le premier enjeu. D’après ce que l’on a pu en voir, ce programme est très marqué à droite, clairement ultraconservateur. Par exemple, sur les sujets de société, la feuille de route républicaine réaffirme le mariage entre un homme et une femme, condamne l’union homosexuelle et soutient l’enseignement obligatoire de la Bible dans les écoles publiques. En termes économiques, le projet se distingue également pour ses positions très conservatrices lorsqu’il rejette toute régulation du secteur de l’énergie et considère le charbon comme une énergie propre. L’influence de Donald Trump dans le texte programmatique transparaît également. La construction d’un mur le long de la frontière mexicaine y est ainsi approuvée. C’est donc un projet extrêmement conservateur qui est envisagé pour les 4 ans à venir, situé encore plus à droite que celui adopté en 2012.
Le deuxième enjeu de cette Convention est la capacité ou non de Donald Trump de faire émerger un maximum de soutiens sur sa propre candidature et faire en sorte que le plus possible de délégués votent en sa faveur. Le candidat doit envoyer un message d’unité à l’électorat, ce qui est assez paradoxal puisque jusqu’alors, Donald Trump s’est évertué à dénoncer les « losers » et les traîtres de l’establishment républicain. Désormais, il est contraint de les faire entrer dans son giron et de s’appuyer sur la hiérarchie républicaine. C’est le deuxième grand enjeu de la Convention et il est en passe de réussir.

Le futur candidat républicain à la présidentielle a sélectionné Mike Pence pour l’accompagner durant la campagne en tant que vice-président. Comment analysez-vous ce choix ? Alors que la question raciale prend une importance considérable en Amérique, quelle impulsion souhaite donner Donald Trump à sa campagne présidentielle ?
Mike Pence est un choix stratégique. En sélectionnant ce gouverneur de l’Indiana, Donald Trump envoie un message ultraconservateur à l’Amérique. En effet, M. Pence est connu pour ses positions réactionnaires sur les libertés sexuelles, sur l’immigration ou encore sur l’écologie. Il est par exemple opposé à l’avortement quelles que soient les circonstances, y compris en cas de malformation du fœtus ou de viol. C’est donc une caution que Donald Trump souhaite envoyer au monde conservateur, lui qui a divorcé deux fois et que Ted Cruz, notamment, a décrit comme incarnant la société new-yorkaise décadente.
Ce choix révèle aussi une stratégie. M. Trump semble vouloir faire le plein de voix dans l’électorat traditionnel du Parti républicain : un profil plutôt « blanc », non diplômé du supérieur, âgé de plus de 50 ans, masculin et protestant. Il cible le cœur de l’électorat et ne semble pas convoiter une base électorale élargie aux femmes et aux minorités. C’est un pari risqué dans la mesure où cet électorat, certes encore majoritaire, ne cesse de se rétrécir en termes démographiques.
Concernant la question raciale, elle est d’ores et déjà au programme d’Hillary Clinton qui a promis de s’engager contre les discriminations et les violences policières. Or, à l’instar de la quasi-totalité des leaders républicains, Donald Trump a du mal à aborder la thématique du racisme, préférant évoquer des problèmes de désordre et dénoncer le laxisme d’Obama sur la sécurité intérieure. L’ordre et la sécurité constituent à la fois des thèmes majeurs de la Convention, mais aussi des arguments de vente de Donald Trump, présenté en homme providentiel seul capable de réinstaurer l’ordre aux Etats-Unis. La question raciale va donc naturellement s’inviter dans l’agenda républicain, mais sous l’angle du rétablissement de la sécurité et d’un amalgame entre immigration et insécurité, non de la lutte contre les discriminations.
Sur la même thématique
Faut-il avoir peur de Donald Trump ?