ANALYSES

« La Chine refuse de se plier à tout arbitrage international »

Presse
14 juillet 2016
La Cour permanente d’arbitrage (CPA) de La Haye a-t-elle les moyens de forcer Pékin à appliquer sa décision du 11 juillet sur la mer de Chine méridionale ?

La CPA, comme toutes les autres organisations de médiation internationale siégeant à la Haye, n’a aucun moyen de sanctionner les pays qui ne respectent pas ses arrêts. Cela a été démontré à plusieurs reprises, notamment dans la tentative de résolution du conflit israélien.
En revanche, sans avoir le pouvoir de frapper Pékin au portefeuille, la décision rendue par la CPA sur le contentieux en mer de Chine aura la vertu de montrer au monde entier le fonctionnement du pays. S’il y a des tensions - et il y aura des tensions puisque les autorités n’ont pas l’intention de se plier à l’arrêt de la CPA -, l’opinion internationale en imputera très largement la faute au gouvernement de Xi Jinping.

Le gouvernement chinois peut-il réellement être affecté par une décision qu’il qualifie de « farce » ?

Pékin a tendance à utiliser une vision de l’histoire qui lui est très personnelle, et une vision à géométrie variable de tout ce qui relève des traités et des frontières. La Chine les reconnaît non comme des documents ou des conventions contraignantes pour l’avenir, mais comme la photographie, à un instant donné, du rapport de force d’un pays sur un autre. Et quand ce rapport de force s’inverse, il n’hésite pas à remettre en cause les traités.
Le problème qui se pose aujourd’hui pour la Chine relève majoritairement de sa politique intérieure. Son président, Xi Jinping, a pratiquement gagné la guerre contre tous ses opposants au sein du pays. Après avoir manié pendant trois ans les armes du nationalisme et de la lutte contre la corruption, il avait réussi à prendre presque tout le pouvoir et à asseoir sa légitimité à la tête du pays.
Or la décision rendue par la Cour d’arbitrage de la Haye va l’obliger à gérer une population qui s’estime aujourd’hui profondément humiliée et en situation de défaite. Celle-ci est conditionnée depuis des années par le discours de « souverainisme » en mer de Chine méridionale, prêché par le « ministère de la vérité » pékinois, l’organe qui contrôle les médias.

Au fond, que révèle cette affaire sur la place de la Chine sur la scène internationale ?

Dans cette affaire de litige en mer de Chine, Pékin n’a pas réussi à s’assurer le soutien d’alliés pouvant peser dans la discussion internationale. Et après la fierté d’avoir organisé les Jeux olympiques d’été en 2008, la Chine est à nouveau avilie aux yeux du reste du monde.
En outre, la démonstration qu’elle fait de son absence de respect de la réglementation internationale lui sera très gênante vis-à-vis de ses obligés, notamment en Afrique. Ceux qui rêvaient d’une alliée économique amicale découvrent le visage d’une prédatrice qui refuse de se plier à un quelconque arbitrage international.

Propos recueillis par Malo Tresca
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