ANALYSES

« Les Britanniques vont s’apercevoir du coût à payer »

Presse
24 juin 2016
Est-ce vraiment une surprise, cette sortie de la Grand Bretagne ?

Nous étions nombreux à penser que David Cameron avait pris un risque important en lançant ce référendum. Prendre une décision de politique étrangère en fonction de critères de politique intérieure est toujours dangereux car, de plus en plus, les gens répondent à une autre question que celle qui est posée. La campagne s’est faite sur des arguments caricaturaux et avec une presse britannique majoritairement favorable à la sortie de l’Union européenne. Le résultat n’est donc pas si étonnant. Et ceux qui ont parié sur le oui ont pris leurs désirs pour des réalités, et ont mésestimé la coupure entre les élites et la population.

Sur le plan économique, la France doit-elle s’inquiéter ?

On assiste à un affolement des marchés, et la bourse surréagit à l’événement, mais on reviendra à des cours normaux. Les conséquences les plus graves seront pour le Royaume-Uni. Très rapidement, les Britanniques vont s’apercevoir du coût à payer. Le Brexit ne constitue sûrement pas une aussi bonne affaire que celle dont rêvaient ses partisans.

Edgard Pisani, disait que, par sa culture, l’Angleterre n’est pas faite pour être en Europe. Qu’en pensez-vous ?

Michel Rocard dit la même chose. Depuis l’adhésion de la Grande-Bretagne, en 1975, l’histoire a toujours été compliquée en effet, et l’Union européenne n’a jamais connu tant de problèmes avec aucun autre pays membre… La sortie du Royaume-Uni est un acte important et c’est une première dans l’histoire européenne, mais ce n’est pas forcément une catastrophe : j’y vois plutôt une clarification. Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée. Or les Britanniques n’ont jamais totalement partagé l’idéal européen.

Vu de l’étranger, est-ce un affaiblissement du vieux continent ?

Le Brexit peut être perçu comme tel, notamment du point de vue américain. Si les partisans de la sortie pensaient resserrer les liens du Royaume-Uni avec les États-Unis, ils vont déchanter. Une Grande-Bretagne qui n’est plus membre de l’UE présente moins d’intérêt pour les Américains : elle ne pourra plus être leur relais, elle va apparaître à leurs yeux comme non-pertinente.

Pour rester positifs, peut-on y voir une opportunité pour l’UE de repartir sur d’autres bases ?

Oui, cela peut permettre une clarification mais ce serait une erreur de penser qu’il faut relancer ou approfondir la construction européenne. Les peuples européens ne le veulent pas. Relancer l’économie, rendre l’Europe moins lointaine, faire attention aux aspirations populaires, ce serait certainement la réponse.

Le duo franco-allemand a-t-il toujours sa légitimité ?

Dans une Europe à 27, aucun pays ne peut prendre des initiatives tout seul. Ni la France, ni l’Allemagne, ce serait d’ailleurs mal perçu. Le couple franco-allemand reste légitime mais il ne peut pas agir non plus de façon isolée. Il doit s’entourer d’autres pays, et notamment de l’Italie. Les leaders français, allemands et italiens ont l’obligation de réagir et vite. Pour éviter l’effet de contagion dans d’autres pays, ils devront faire preuve d’initiative et répondre aux aspirations populaires pour faire pièce aux sentiments europhobes ou eurosceptiques qui se développent. Je pense que l’Europe s’en remettra mais c’est la condition !
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