ANALYSES

Colombie – FARC : Un accord de paix synonyme d’espoir ?

Interview
24 juin 2016
Le point de vue de Jean-Jacques Kourliandsky
Le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont conclu un accord de cessez-le-feu jeudi 23 juin. Quel est le parcours et la teneur de cette négociation ?  En quoi est-ce une avancée historique ?

C’est une avancée historique dans la mesure où le conflit qui oppose le gouvernement colombien aux FARC est le plus vieux d’Amérique latine, et peut être même du monde. Les combats intérieurs entre la guérilla marxiste et les autorités ont commencé en 1964, suite à une longue guerre civile débutée en 1948. La signature d’un cessez-le-feu est un acte symbolique qui met un terme à quasiment 70 ans de violences internes ininterrompues en Colombie, responsables de 6 millions de déplacés, 45 000 disparus et 300 000 personnes décédées. Les Colombiens peuvent donc considérer à juste titre que cet accord est historique.

Les négociations se sont étendues sur une période de temps relativement courte compte tenu de la durée du conflit. Elles ont officiellement commencé en 2012 à Cuba, et ont suivi plusieurs étapes dont l’accord de cessez-le-feu est l’un des aboutissements. Ça signature, ce jeudi 23 juin, signale le point de murissement des accords d’ores et déjà adoptés sur le développement agricole, sur la lutte contre le trafic de stupéfiants ou encore sur la réinsertion dans la vie politique démocratique des groupes de guérilla. Il reste cependant à déterminer les conditions de désarmement de la guérilla et les garanties de sécurité que peut apporter aux guérilléros des armées, le gouvernement colombien. C’est pourquoi cette concertation porte seulement sur un cessez-le-feu et ne constitue pas un accord définitif.

Le cessez-le-feu ouvre la voie à un accord de paix après un conflit de plusieurs décennies. Une Colombie en paix est-elle enfin à portée de main ? Quid de l’Armée de libération nationale et des paramilitaires, toujours actifs ?

Les délais annoncés pour la signature d’un accord de paix sont relativement court : entre le 23 juin et le 20 juillet. Il reste donc un mois pour négocier la partie la plus ardue des tractations, à savoir les conditions du désarmement des FARC ainsi que les garanties de sécurité des guérilléros. Mais il semblerait que les négociations sur ces deux points, sous le mandat d’une commission ad hoc depuis le mois de janvier, soient sur le point d’aboutir.

Toutefois, des facteurs de violences armées demeurent en Colombie. L’un concerne l’Armée de libération nationale qui pose problème malgré ses effectifs restreints, et qui laisse planer le doute sur les concertations en court. On peut imaginer que le gouvernement colombien espère que l’accord historique signé aujourd’hui avec les FARC produise un effet d’entraînement.

La question des groupes liés aux trafics de stupéfiants, qui se sont multipliés en Colombie après la dissolution des clans paramilitaires considérés comme étant anti-guérilléros et anti-FARC, est plus complexe. Ces entités armées, très actives et présentes dans certaines parties du pays, perdurent grâce à des activités illégales.

Que signifie l’engagement des Nations unies et des pays médiateurs, présents lors de la signature de l’accord de cessez-le-feu ? 

6 présidents d’Amérique latine, ayant d’une façon ou d’une autre joué un rôle de médiation à un moment particulier, ont assisté à la signature du cessez-le-feu. Il faut également noter la présence du  Secrétaire général des Nations unies, qui a donné son feu vert et son appui au processus en court de négociation. L’ONU joue un rôle de garant des accords de paix. Mille observateurs de l’institution internationale, quasiment tous originaire d’Amérique latine, et une petite représentation européenne originaire d’Espagne, seront chargés de surveiller l’engagement des parties colombiennes.

L’invitation du ministre des Affaires étrangères de la Norvège est aussi chargée de sens. La Norvège, un pays engagé dans le règlement de plusieurs conflits internationaux (Israël – Palestine, Sri Lanka), s’est en effet impliquée dès le départ dans le processus de paix. Aux côtés de Cuba, elle a joué un rôle positif de facilitateur des échanges entre la Colombie et les FARC qui se sont déroulés à la Havane.

Le Chili et le Venezuela sont évidemment présents car ce sont des pays garants des accords de paix. Le président de la République Dominicaine, dont le pays préside actuellement la Communauté d’Etats latinos américains et caraïbes (CELAC), a également été invité à la cérémonie. De même, le chef d’Etat du Salvador y assiste car son pays avait ouvert la voie de la signature d’accords de paix entre des guérillas en conflit interne avec leur gouvernement au début des années 90. Il symbolise donc les actuelles évolutions des négociations à Cuba entre les différentes parties colombiennes. Enfin, un représentant du gouvernement des Etats-Unis, chargé du suivi des tractations, et un représentant de l’Union européenne accompagnent la signature du cessez-le-feu historique.
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