ANALYSES

« Une équipe de football ne peut pas effacer les caractéristiques fondamentales d’un pays »

Presse
15 juin 2016
Vous écrivez dans votre livre Football et mondialisation que si le football ne gouverne pas le monde, il est néanmoins un élément important du prestige des États... Comment appliquer cette lecture à l’Euro ?Toutes les équipes qualifiées sont fières de l’être. Les pays qui n’y sont pas, comme les Pays-Bas, sont plutôt déçus, presque humiliés de ne pas y participer. Participer, c’est en quelque sorte contribuer au rayonnement national par le biais de cette compétition sportive. Quand on voit le nombre d’articles consacrés à la compétition dans les journaux, pas seulement les journaux sportifs d’ailleurs, on constate que le football est devenu un élément clef de la vie sociale, de l‘image d’un pays, de sa communication et de son rayonnement. Regardez l’engouement qu’il y a de nouveau autour de l’équipe de France qui est un peu vue comme une ambassadrice de la nation.

Cette compétition peut-elle, en fonction des résultats obtenus, avoir des effets sur l’économie, la politique ou le vivre-ensemble des pays ?
Sur l’économie, ce serait de façon très mineure. Sur le plan politique, même si la France gagne l’Euro 2016, ce n’est pas ça qui va changer l’appréciation qu’auront les Français de leurs responsables politiques. Ce que cela peut changer en revanche, c’est l’ambiance. Cela peut redonner un engouement, un sourire à la nation. On voit d’ailleurs, malgré un climat social fortement négatif, que les Français vibrent de nouveau, que ce climat s’améliore à mesure que se déroule la compétition.

Il n’y a que le foot pour susciter ça, non ?
D’autres sports peuvent procurer des émotions mais aucun sport n’est autant diffusé dans la société. Aucun sport ne suscite autant d’attente. Parce que c’est le sport universel, qu’il est simple à comprendre et que tout le monde peut le pratiquer. Même si on peut vibrer pour un tennisman, une équipe de handball, de rugby ou de basket, le football conserve une place à part.

En quoi la réussite de l’organisation d’un événement sportif de cette ampleur peut-elle influer sur l’image d’un pays comme la France ?
Oui, incontestablement. Il y a deux événements dans l’histoire récente qui ont engendré un regain de popularité pour la France dans le monde : c’est lorsqu’elle s’est opposée à la guerre d’Irak en 2003 et lorsqu’elle a remporté la Coupe du monde en 1998. Je voyage souvent et j’ai pu constater que je bénéficiais, dans ces moments-là, de l’aura de la France par le biais de son action politique ou de son équipe de football. Cela peut sembler un parallèle étonnant mais c’est dire l‘impact du football.

Les récents affrontements entre supporters anglais et russes font resurgir des discours politiques dans ces deux pays, les premiers critiquant l’impréparation française les seconds se posant en victimes. Le foot n’échappe donc pas aux clichés ?
Ce sont des discours traditionnels. On critique les Français en Angleterre et on ressort la théorie du complot à Moscou dès que la Russie est attaquée ou montrée du doigt. Cela dit, les Russes ont quand même du souci à se faire. L’UEFA leur adresse un carton jaune, et plutôt que de parler de théorie du complot, ils feraient mieux de se préoccuper de leurs soi-disant supporters. La Russie n’a signalé que 30 cas de supporters violents aux autorités françaises là où les Britanniques en ont signalé 3 000 ! Il y a là au minimum un défaut de communication des autorités russes.

Des pays comme la Turquie, l’Ukraine ou la Pologne s’illustrent habituellement par une actualité dramatique ou un durcissement de leur politique. En quoi l’Euro peut-il permettre de modifier leur image ?
Je ne crois pas que cela soit suffisant pour changer une image. Les gens ne sont pas idiots. Si demain la Syrie était qualifiée pour la Coupe du monde, cela ne changerait pas la perception que les gens ont de Bachar al-Assad. Une équipe de football ne peut pas effacer les caractéristiques fondamentales d’un pays.
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