ANALYSES

Tuerie de masse à Orlando : quelles conséquences politiques ?

Interview
15 juin 2016
Le point de vue de Nicholas Dungan
Une fusillade historique a ensanglanté la Floride samedi soir. Alors que l’assaillant a revendiqué, avant sa mort, à la fois une homophobie prononcée et une allégeance à l’Etat islamique, comment peut-on analyser cette nouvelle tuerie de masse ? Peut-on comparer le traumatisme à celui subi par les Américains suivant les attentats du 11 septembre 2001 ?
Le 11 septembre était une attaque sur le sol américain mais conçue à l’étranger, venue de l’extérieur et vue comme telle par les Américains. En tant que première agression sur le territoire des Etats-Unis depuis la guerre de 1812 (ou du moins depuis Pearl Harbour en 1941), ces attentats représentaient un choc au système. Maintenant, les Américains font face à un problème plus complexe et plus grave : the enemy within, l’ennemi chez soi.
La fusillade d’Orlando représente une combinaison de trois problèmes : le port d’armes à feu, les clivages de la société américaine et la panique engendrée non pas autant par les événements du 11 septembre que par les réactions américaines à ces événements.

Le mode opératoire d’Omar Mateen, qualifié de loup solitaire ou de terroriste mimétique, ne risque-t-il pas d’entraîner les Etats-Unis dans une nouvelle surenchère sécuritaire et paranoïaque ?
La surenchère sécuritaire et paranoïaque, qui a caractérisé l’après 11 septembre, était dirigée contre un ennemi externe. Mais à l’intérieur, l’ennemi n’est pas visible. Un terroriste mimétique, que Daech peut se vanter d’avoir recruté, est inidentifiable au sein de la société. Dans ce cas-là, la problématique est bien plus proche de celle posée par les assaillants du Bataclan en France.
Mais pire, par comparaison aux attentats de Paris ou de Bruxelles, il y a même encore moins de certitude quant à la radicalisation et au recrutement d’un djihadiste mimétique. Il n’a pas besoin de partir en Syrie, il peut être converti à la cause sur internet, le rendant particulièrement difficile à détecter. Par conséquent, tous les excès sécuritaires américains — des policiers, des militaires, des services de renseignement — mis en place depuis le 11 septembre n’auront presque aucun effet sur ce type de carnage à l’avenir sur le territoire des Etats-Unis, à moins d’instaurer une surveillance 7/7 et 24/24 de tous les citoyens, ce qui existe partiellement déjà.

Alors que l’émotion est encore très vive, de nombreuses pétitions ont vu le jour pour demander un meilleur contrôle des armes à feu. Ce sujet, qui oppose vivement Hillary Clinton et Donald Trump, peut-il devenir un enjeu majeur de la campagne présidentielle ?
La sécurité sur le sol américain deviendra probablement un enjeu majeur de la campagne présidentielle mais la fameuse question de la fabrication, de la vente et du port des armes à feu relève essentiellement de la compétence du Congrès. Les membres de celui-ci, on le sait, perçoivent de l’argent abondamment fourni par les fabricants et les distributeurs d’armes à feu et ils obéissent à leurs payeurs. Il serait très difficile, même pour Hillary Clinton, d’avoir une influence directe sur le dossier. L’opposition entre Hillary Clinton et Donald Trump se fera davantage sur l’image et l’attitude, Madame Clinton cherchant à paraître présidentielle et réconciliatrice et Monsieur Trump déterminé à revêtir l’uniforme d'un leader fort, n’hésitant pas à mettre en cause des individus et des groupes, jusques et y compris le président Obama lui-même, et de capitaliser sur les angoisses, semer la peur et ainsi recruter des électeurs.
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