ANALYSES

Vladimir Poutine gagne sa guerre éclair contre Daech

Presse
25 mars 2016
Le retrait partiel des forces russes de Syrie ne reflète pas un constat d’échec du Kremlin. D’un point de vue militaire, Vladimir Poutine a, au contraire, remporté au cours de ces cinq mois d’intervention contre les factions djihadistes un triple succès tactique, opératif et stratégique.

Succès tactique, en premier lieu, parce que les forces russes sauvent à l’automne 2015 une situation quasi-désespérée pour les forces de Bachar al-Assad, proches du point de rupture. Le déploiement éclair d’une trentaine d’avions et hélicoptères de combat sur la base de Khmeimim change alors la donne. A raison de plusieurs missions quotidiennes par appareil, l’armée de l’air russe (VVS) stoppe les djihadistes puis les refoule, appuyant la contre-offensive au sol des troupes syriennes et de leurs alliés. Cette phase de reconquête est à présent sur le point d’aboutir à deux succès majeurs, l’un éminemment stratégique, avec la reprise de contrôle d’Alep, l’autre plus symbolique avec la possible reprise de Palmyre.

Les forces russes peuvent donc, alors qu’une phase de négociations est engagée sur fond de cessez-le-feu fragile, conduire un retrait partiel avec le sentiment du devoir accompli. Elles affichent un bilan éloquent : en cinq mois de campagne aérienne la VVS a réalisé près de 9 000 sorties, détruisant 209 installations pétrolières participant au financement du terrorisme, tuant 2 000 djihadistes, contribuant à la libération de 400 villes et villages et à la reconquête de 10 000 km2 de territoire. Ces chiffres peuvent être remis en question, certains éléments étant invérifiables. Il n’en demeure pas moins que l’armée de l’air russe, qui avait perdu plusieurs appareils lors de la guerre contre la Géorgie en août 2008, a fait un sans-faute si l’on fait abstraction du coup de Jarnac turc contre un Sukhoï-24. Elle a prouvé sa capacité à opérer au plus près au soutien de troupes au sol, dans un cadre interarmées d’autant plus complexe qu’il est celui d’une coalition. Elle a aussi démontré qu’elle était également en mesure de frapper avec puissance et précision via les nouveaux outils dont elle s’est dotée depuis une demi-douzaine d’années, bombardiers Sukhoï-34 et bombes guidées KAB-500 notamment. L’effort de modernisation des forces russes engagé résolument depuis la fin 2008, dont les premiers effets ont pu être constatés lors de la reprise de contrôle tout en souplesse de la Crimée, porte donc ses fruits. Les contribuables russes, subissant la récession économique, apprécieront sans doute la réussite de cette réforme, aussi nécessaire qu’onéreuse.

Mais cette performance va au-delà du tactique. La Russie a également fait une démonstration de force dans le cadre opératif, celui du théâtre d’opérations du Moyen-Orient. Les forces russes ne se sont pas contentées d’opérer depuis la base de Khmeimim. Elles ont multiplié les frappes depuis les sous-marins croisant en Méditerranée et les corvettes de la flottille de la Caspienne, détruisant avec précision des objectifs situés à plus de 1 500 kilomètres à l’aide de missiles de croisière Kalibr. Une capacité à frapper avec puissance et précision dans la profondeur d’un dispositif adverse que l’on croyait jusqu’ici être l’apanage exclusif des Américains, Français et Britanniques. Cette « rupture » s’inscrit, elle, dans un champ stratégique plus global. Car ce que les Russes peuvent faire depuis la Caspienne, ils peuvent aussi le faire depuis la Baltique...

Quant aux conséquences stratégiques de l’intervention russe en Syrie, elles seront profondes.
La Russie, qui a sollicité toute la gamme de ses bombardiers, a démontré qu’elle a restauré sa capacité à mener des frappes à très longue distance. Elle a consolidé ses positions au Moyen-Orient. La conservation de la base navale de Tartous, seul point d’appui russe en Méditerranée, est pour l’heure assurée et confortée par la mise à disposition de la base aérienne de Khmeinim. Enfin, non seulement Bachar al-Assad ne connaîtra pas le sort de Kadhafi, mais le Kremlin a infligé de lourdes pertes aux wahhabites originaires de l’espace post-soviétique, qui ont été prioritairement frappés.

Les objectifs militaires russes ont tous été atteints. Reste à transformer l’essai sur le plan diplomatique.
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