ANALYSES

Maroc : quel tableau politique avant les élections ?

Interview
7 avril 2016
Le point de vue de Kader Abderrahim
Les prochaines élections législatives ont été fixées au 7 octobre prochain. Que peut-on en attendre ? Quel bilan peut-on dresser du gouvernement Parti de la justice et du développement (PJD) ?
Les élections sont toujours un moment qui, particulièrement pour un pays du Maghreb, incarnent le renforcement de l’édifice démocratique. Le PJD a fait la démonstration qu’il était capable à la fois de s’affirmer en véritable parti constitué, pouvant assumer la charge de diriger le pays comme il l’a fait depuis 2012, et de s’appuyer sur une assise sociale et politique à travers tout le Royaume. C’est un parti qui est parvenu à faire sa mutation : partant d’une contestation systématique des institutions et du mode de fonctionnement du Maroc, le PJD a su rapidement entrer dans le costume du responsable politique pour faire aujourd’hui des réformes encore jamais entreprises au Maroc. On peut mettre au crédit des islamistes des réformes économiques et sociales abordant des sujets extrêmement sensibles, sans provoquer d’affrontement ou de confrontation avec la population.

Quels sont les marges de manœuvre et le rapport de force actuel vis-à-vis du Roi ?
Le Maroc a toujours été un pays où la monarchie incarne la centralité à la fois du pouvoir et du jeu politique. Pour des raisons historiques et symboliques, la personne du Roi ne peut pas être mise en équation, ni contestée dans son rôle d’arbitre de la politique et de pouvoir central. Le palais est toujours le centre de l’attention lorsqu’il y a des tensions et des divergences. Le parti islamiste ont eu l’habilité d’éviter l’affrontement avec la monarchie. Au contraire, le PJD a fait la démonstration au Roi qu’il lui était indispensable pour gouverner, mais aussi et surtout, pour réformer le pays. En effet, les islamistes ont une remarquable capacité de mobilisation et de rassemblement en cas de tensions, probablement unique au Maroc. C’est un gage de stabilité et une garantie pour le Roi que son statut ne sera pas contesté, ni aujourd’hui ni à l’avenir.

Faut-il s’inquiéter du regain de tensions au Sahara occidental et de la dégradation des relations entre le Maroc et les Nations unies sur cette question ?
Toute dégradation, qu’elle soit diplomatique ou non, est toujours inquiétante. Dans ce cas particulier, c’est la première fois que le Maroc connaît des tensions aussi vives avec les Nations unies après le dérapage verbal du secrétaire général. M. Ban-Ki-Moon a en effet évoqué une « occupation » à propos des provinces du Sud du Sahara occidental. Cette situation est tendue, complexe sur le plan juridique, politique, symbolique, et elle ne contribue pas à améliorer la relation entre les deux frères ennemis du Maghreb que sont le Maroc et l’Algérie. Cette dimension est importante dans le dossier du Sahara occidental car il n’y aura pas de solution sur cette question sans compromis avec l’Algérie.
Tout le monde en est absolument convaincu au Maroc et la plupart des responsables politiques ne cessent d’essayer de tendre la main à l’Algérie, au moins pour la réouverture de la frontière et éventuellement pour engager un dialogue direct sur le dossier saharien.
De plus, le retrait de la MINURSO ne plaide pas en faveur d’une solution à moyen terme. Compte tenu de tous les problèmes régionaux qu’il y a aux frontières de l’Algérie et du Maroc, le statu quo qui règne depuis 1992 arrange tout le monde car personne ne veut voir surgir un Etat indépendant dans cette région, d’ores et déjà très instable et qui pourrait de plus devenir l’objet de beaucoup de convoitises.
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