ANALYSES

Le recul de Hollande, un « échec de plus »

Presse
31 mars 2016
L'échec de François Hollande concernant la réforme constitutionnelle enterre-t-il définitivement ses chances de réélection à la présidentielle de 2017 ?
François Rebsamen, l'un des proches de François Hollande, disait en janvier 2016 à son propos et dans le contexte du débat sur la révision constitutionnelle : « S'il renie sa parole, il a perdu l'élection présidentielle, c'est fini. » (Cette citation a été reprise dans un article de Charlotte Chaffanjon publié hier dans Le Point politique, intitulé "François Hollande et la déchéance : comme un boomerang..."). On ne peut pas affirmer pour autant de façon définitive que les chances de réélection de François Hollande à la présidentielle de 2017 sont désormais nulles, car la politique en France réserve toujours beaucoup de surprises. Qui aurait dit en mai 2011 avant l'affaire Strauss Kahn (et son arrestation à New York pour agression sexuelle) que François Hollande serait élu un an plus tard ? Mais au-delà de cette nécessaire prudence lorsque l'on observe la vie politique française, il faut bien admettre que la renonciation par le président de la République à réviser la Constitution est un échec de plus de son mandat qui contribue à coup sûr à ternir une image déjà très dégradée.
Au bout du compte, contrairement à ce que l'on a pu penser dans un premier temps, les attentats du 13 novembre n'ont pas eu un effet politique positif pour le chef de l'État. On l'avait déjà vu au mois de janvier après les attentats de Charlie Hebdo, la popularité de F. Hollande s'était améliorée dans un premier temps, mais celle-ci a vite reculé quelques semaines après. C'est également ce qui s'est passé après le 13 novembre.
En outre, l'idée d' « unité nationale » de la droite et de la gauche autour de cette révision constitutionnelle, qui a été annoncée par le président trois jours après les attentats lors de la réunion exceptionnelle des deux Assemblées parlementaires, n'a pas duré très longtemps. Elle a même contribué à lui aliéner une partie de la gauche, autour de la question de la déchéance de nationalité, avec comme symbole la démission au mois de janvier dernier de Christiane Taubira, la ministre de la Justice, qui était la représentante de l'aile gauche du Parti socialiste au sein du gouvernement. Avec le recul, ce qui a pu paraître une bonne idée dans un premier temps est devenu sans aucun doute une faute politique.
Dans l'état actuel des choses, si François Hollande veut être réélu, il lui faudra donc réunir un certain nombre de circonstances qu'il n'est pas à même de maîtriser, comme la victoire de Nicolas Sarkozy à la primaire des Républicains (ce qui est très incertain), finir parmi les deux premiers candidats au premier tour (c'est possible si N. Sarkozy se présente ; en revanche, c'est quasiment impossible si Alain Juppé est le principal candidat de droite) et faire face à Marine Le Pen au second tour. Même si F. Hollande croit à sa bonne étoile, cela paraît hautement improbable. On peut même penser qu'il ne se présentera pas à l'élection. On voit mal, en effet, un président sortant prendre le risque d'être éliminé dès le premier tour d'une présidentielle. Il a d'ailleurs expliqué qu'il ne se présenterait pas si le chômage ne baissait pas de façon durable. Cela peut toujours être un bon prétexte pour renoncer à une candidature.

Quelles peuvent être les conséquences de cet échec sur une gauche déjà divisée ? Et sur la droite ?
La question de la déchéance de la nationalité pour les binationaux, qui était le cœur de la révision constitutionnelle, est devenue un sujet de discorde particulièrement fort à gauche. Une grande partie de la gauche, y compris des proches de F. Hollande, se sont opposés à cette idée qui était portée initialement par l'extrême droite ou qui avait été proposée en 2010 par Nicolas Sarkozy. Le fait de renoncer à cette révision ne va sans doute pas calmer le ressentiment de cette gauche d'autant qu'un autre projet, celui de la réforme du marché du travail (projet el -Khomri), crée également beaucoup de divisions à gauche et a fait dire à certains « trop, c'est trop ». Même si elle a été abandonnée, on peut penser que la déchéance de la nationalité va durablement « coller à la peau » de F. Hollande aux yeux d'une partie de la gauche qui le perçoit déjà comme quelqu'un qui a renié ses promesses électorales et qui a opéré un tournant « social-libéral » en 2013-2014 et sécuritaire en 2015.
À droite, l'échec de la révision constitutionnelle va alimenter l'idée que F. Hollande n'est pas un leader, mais plutôt un président « faible », et qu'il a perdu sa traditionnelle habileté politique à établir une synthèse entre des points de vue divergents. Même si F. Hollande peut dire que cet échec a pour origine le refus de la droite de voter la révision, il ne pourra pas exploiter cet argument très longtemps car la réforme ne passait pas non plus très bien à gauche.

Quelle peut être la prochaine étape pour le gouvernement de Hollande ? La réforme constitutionnelle est-elle à jeter aux oubliettes ?
A priori, il semble bien que cette révision constitutionnelle est définitivement abandonnée. Les conditions politiques ne sont pas réunies pour pouvoir l'adopter. La prochaine étape importante pour le gouvernement devrait donc être l'adoption d'un autre projet très controversé à gauche, celui de la réforme el-Khomri du marché du travail. Bien évidemment, un nouveau recul du gouvernement serait absolument catastrophique. Et là, on pourrait définitivement dire que François Hollande n'a aucune chance d'être réélu.
Sur la même thématique
La France, en crise d’identités ?