ANALYSES

Donald Trump est-il en train d’enterrer le Parti républicain ?

Interview
17 mars 2016
Le point de vue de Nicholas Dungan
Peut-on considérer que cette élection présidentielle américaine est exceptionnelle ? Que nous apprend la popularité des candidats anti-système sur le climat social et l'importance du mécontentement politique aux Etats-Unis ?
Nous ne sommes pas encore entrés dans la phase des élections réelles car les primaires sont avant tout des scrutins intra-partis. Ces primaires ont manifesté le mécontentement des Américains, huit ans après la crise financière et trente ans après le début du consensus de Washington qui a stoppé le progrès des classes moyennes aux Etats-Unis. Le pouvoir d’achat du foyer américain moyen n’a pas avancé depuis les années soixante-dix. Bien que les Américains soient peu prompts à se mettre en colère et à remettre en cause leur propre système, de nombreuses frustrations se manifestent actuellement à l’occasion des primaires.

L’establishment américain, des SUPERPACS au parti républicain, semble se mobiliser contre l’éventualité d’une victoire de Donald Trump. Est-ce une réelle inquiétude ou bien seulement une posture ?
Il est clair que Donald Trump a su mobiliser une certaine frange de la population américaine que les Européens méconnaissent en grande majorité. Ce sont des gens éloignés des élites, trahis par les dérives du système politique et financier. Trump exprime la colère des classes moyennes qui ne se sentent pas ou peu représentées. L’establishment, qui prêche depuis au moins trente ans son idéologie sans considérer la vie réelle de la population, n’a pas anticipé la popularité fulgurante de Donald Trump.
La panique de l’establishment est réelle. C’est la fin du Parti républicain, qui propose depuis Ronald Reagan des politiques destructrices, visant notamment à minimiser le rôle de l’Etat. Les Républicains n’ont plus rien à offrir. Ils s’inquiètent davantage de ne plus rien représenter et de leur survie dans l’ombre de Donald Trump, que des réponses qu’ils pourraient apporter à l’exaspération des citoyens. Or, les électeurs impliqués dans les primaires sont généralement les plus politisés, les plus militants et ressentent donc ce vide politique au sein du parti.

Si Trump divise sur la scène intérieure américaine, il est clair que sa stratégie marketing a reçu un écho mondial. N’est-il pas malgré tout en train de remettre le Parti républicain, jusqu’alors en retrait, sur le devant de la scène internationale et de rendre inaudible la campagne d’Hillary Clinton ?
Donald Trump ne met pas le Parti républicain sur le devant de la scène mais bien un certain type d’Amérique et d’Américains, avec lesquels les Européens sont profondément mal à l’aise. Si les Européens ne se reconnaissent pas dans l’électorat de Donald Trump, il n’en est pas moins composé d’authentiques Américains. Trump est réel, 100 % américain et représentatif de l’Amérique jacksonienne, isolationniste, combative, agressive, égoïste, etc. Il prône une politique d’ « America First », qui répond à des attentes effectives au sein de la population américaine. Une partie des mesures controversées de Trump – comme le mur élevé entre le Mexique et les Etats-Unis – devra passer par le Congrès. Mais certaines initiatives de politique étrangère et sécuritaire, comme le rapatriement des troupes de l’OTAN, sont davantage possibles car inclues dans les prérogatives du Président des Etats-Unis.
L’Amérique représentée par Trump, à la fois symboliquement et politiquement, est tout à fait authentique. Il faut considérer sérieusement la capacité de Donald Trump à devenir président des Etats-Unis. Les Européens auraient alors à faire à un autre type d’Américains qui n’ont pas accédé au pouvoir depuis les années 1920.
Quant à Hillary Clinton, le combat entre les représentants des deux principaux partis, qui marquera le début de la véritable campagne présidentielle en septembre, s’annonce sanglant.
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