ANALYSES

« Daech a hérité de l’organisation du régime de Saddam Hussein »

Presse
11 mars 2016
Interview de Kader Abderrahim - Le JDD.fr
L'Etat islamique est-il organisé comme un véritable Etat ?
L'Etat islamique possède tous les attributs d'un Etat, mais on ne peut pas dire qu'il en soit concrètement un. C'est une politique totalitaire qui est menée. Nous avons le "calife" puis une administration qui gère l'organisation djihadiste. L'EI contrôle une bonne partie de l'Irak et une partie de la Syrie. Dans ces territoires occupés, nous avons des sortes de gouverneurs, des représentants du "calife" qui gèrent les terres. Il y a une véritable administration à l'intérieur avec une police, des juges et même une organisation qui collecte les impôts, même si celle-ci s'apparente plus à du racket des habitants et des commerçants. L'EI récupère aussi de l'argent du trafic des cigarettes et de la drogue. Daech a engrangé des montants colossaux. On est face aujourd'hui à une organisation qui s'est bien implantée et qui se renforce jour après jour.

Comment Daech a réussi à créer une hiérarchie aussi ordonnée ?
Depuis 2006, l'Etat islamique s'est construit grâce notamment à d'anciens cadres des services de renseignements et des services militaires de l'armée de Saddam Hussein. On retrouve aussi beaucoup d'anciens membres du parti Baas de Saddam. Daech a hérité de l'organisation du régime de Sadam Hussein au niveau militaire et administratif, et qui donne l'impression aujourd'hui qu'elle est un Etat.

L'EI n'est pas composé que de soldats ?
Non. Au sein de Daech, il y a des médecins, des mécaniciens et même des cordonniers. Nous en Occident, nous voyons Daech avec sa violence et ses exécutions. Mais si on se positionne du point de vue de certains Irakiens, l'organisation représente une force de résistance. Pour ces habitants, ils ont été envahis par les Américains et la coalition internationale, et Daech constituent la seule organisation qui peut repousser ces envahisseurs. Alors ils vivent dans ces micro-sociétés occupées et gérées par l'organisation djihadiste.

Propos recueillis par Geoffrey Priol pour le JDD.fr
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