ANALYSES

François Hollande en Amérique latine, pour le business avant tout

Presse
23 février 2016
Depuis qu'il est arrivé au pouvoir, François Hollande multiplie les déplacements en Amérique latine. Comment expliquez-vous cet intérêt ?
Il s'est aussi beaucoup déplacé en Asie. Nous sommes dans un contexte de diplomatie de crise que connaît aussi l'Italie. C'est ainsi qu'on assiste à des déplacements croisés franco-italiens pour les mêmes raisons : les deux pays ont des difficultés en matière de croissance et d'emploi depuis quelques années et les gouvernements sont en recherche de nouveaux marchés. C'est sous cet angle qu'il faut comprendre la diplomatie européenne. François Hollande a été précédé dans la région parle président de la Bulgarie et il sera suivi par le président du Conseil italien, Matteo Renzi. Au même moment, le continent latino-américain, qui s'est tourné toutes ces dernières années vers l'Asie, traverse des moments difficiles. La Chine fait aujourd'hui défaut aux pays de la région, ce qui se traduit notamment par la chute des prix des matières premières, et ces derniers sont enquête d'autres marchés et d'autres partenaires. L'Amérique latine a donc également besoin de retrouver l'Europe pour essayer de compenser la décélération de la demande chinoise. Il y a des intérêts croisés, ce qui explique que François Hollande et d'autres chefs d'Etat et de gouvernement européens se rendent en Amérique latine et que les dirigeants de la région multiplient aussi les visites en Europe.

On l'a vu avec Cuba, les atteintes aux droits de l'homme ne semblent plus être un obstacle aux relations économiques et politiques…
Cuba a été victime d'une mise à l'écart unilatérale de la part des Etats-Unis. Il y a un dossier de droit international, lié au fait que l'île, située à 150 kilomètres des côtes américaines, était liée à l'Union soviétique. C'est une séquelle de la guerre froide qui ne se comprend plus aujourd'hui ; la majorité des pays d'Amérique latine et d'Europe ont rétabli des relations tout à fait normales avec Cuba. François Hollande n'a pas été le premier à se rendre à La Havane l'an dernier, il a été précédé par le président turc et par Matteo Renzi. Et Barack Obama est annoncé le 21 mars. Du point de vue touristique et des services maritimes, Cuba est un acteur important voire stratégique de la région, notamment avec la perspective de l'élargissement du canal de Panama. L'île devrait retrouver son rôle de zone de redistribution qu'elle avait lors de la colonisation espagnole. A une époque, utiliser la question des droits de l'homme était une arme diplomatique pour faire basculer des gouvernements dans un camp ou dans un autre. Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. Nous sommes dans une situation d'apolarité, de mondialisation et de concurrence des économies dans laquelle ce qui prime, c'est la conquête des marchés extérieurs.

Un président libéral a été élu en Argentine et l'opposition l'a emporté aux élections générales au Venezuela. Peut-on parler d'un basculement à droite en Amérique latine ?
Aujourd'hui, il y a un climat de contestation dans toute la région sans que l'on sache où cela peut aller. Nous ne sommes plus dans un climat de guerre froide avec un soi-disant camp de la liberté d'un côté et un soi-disant camp socialiste de l'autre. Tout comme à l'époque où la majorité des gouvernements étaient catalogués à droite, on avait parlé d'un basculement à gauche, on évoque maintenant un cycle de droite. En réalité, rien n'a vraiment changé. Les électeurs sont libres. Il n'y a pas vraiment d'adhésion idéologique. Ils votent contre les gouvernements qui ne leur donnent pas de satisfaction. Les économies s'essoufflent, il n'y a pas d'emplois et les pouvoirs en place sont sanctionnés. Cela peut aller dans tous les sens comme on l'a vu en Amérique centrale. L'élection de Mauricio Macri en Argentine en témoigne. Plus que la gauche, il a battu la sortante car il est difficile de classer politiquement le péronisme. L'Argentine est entrée dans une période de crise et les électeurs ont sanctionné le pouvoir en place.

Propos recueillis par Gille Sengès pour l’Opinion.
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