ANALYSES

Les risques d’une nouvelle crise économique et financière internationale

Presse
19 février 2016
Ces dernières semaines de nombreux articles évoquent de façon insistante la perspective de l’explosion d’une nouvelle crise financière internationale. Il est vrai que des indicateurs préoccupants convergent et peuvent faire craindre de fortes turbulences économiques dans un futur proche. La chute de la bourse de Shanghai, au mois d’août 2015, semble être le point de départ de ces inquiétudes puisqu’elle a graduellement atteint les Bourses des pays économiquement les plus développés.

Si les Banques centrales ont rapidement réagi et sont parvenus à maîtriser la situation en augmentant la création de monnaies et de liquidités financières pour éviter krachs et faillites des opérateurs bancaires, force est néanmoins d’admettre que ce sont les effets qui ont été traités et non pas les causes. Cette crise naissante renvoie en effet à la nature du capitalisme dans la phase actuelle de son développement.

Le système économique dominant privilégie désormais les profits à court terme car les actionnaires exigent des retours sur investissement dans des délais de plus en plus rapides. C’est pourquoi ce capitalisme financier est incapable de concevoir une vision de moyen et long termes et de se projeter dans l’avenir par des investissements socialement utiles.

De cette situation, deux conséquences sont perceptibles dans le moment présent de l’histoire du capitalisme contemporain : la baisse du coût du travail comme principale variable d’ajustement pour préserver les profits des actionnaires et la tendance à la surproduction qui s’explique par le manque de vision d’ensemble harmonisée du développement économique.

Un troisième élément problématique est apparu récemment au sein des pays émergents. Des Etats comme la Chine, l’Inde, le Brésil, la Turquie ont en effet stimulé durant plusieurs années l’ensemble de la croissance économique internationale grâce à leur taux de croissance économique impressionnants, mais ne sont plus désormais en situation de continuer à jouer ce rôle car ils connaissent à leur tour une forte baisse de leur taux de croissance, voire rentrent en récession. Le Fonds monétaire international (FMI) a ainsi dû revoir ses prévisions de croissance mondiale à la baisse en 2015.

La surproduction de certains secteurs économiques et la déflation qui atteint les pays développés affectent l’ensemble de l’économie et du commerce internationaux. Les prix des matières premières, notamment celui des hydrocarbures, sont orientés à la baisse. Le pétrole est particulièrement touché puisque le cours moyen du baril est passé de 110 dollars en 2014 à moins de 30 dollars actuellement, ce qui affecte considérablement tous les pays producteurs.

Algérie, Arabie saoudite, Brésil, Mexique, Russie, Venezuela connaissent ainsi des difficultés structurelles dont les conséquences sociales risquent d’être sévères. Les Etats-Unis sont aussi affectés, puisqu’ils avaient choisi de tenter l’autonomie de leur production en privilégiant l’exploitation de leurs pétrole et gaz de schiste. Mais les producteurs états-uniens ne sont désormais plus compétitifs et connaissent de nombreuses faillites. La surproduction exacerbe alors la concurrence, entraîne les suppressions d’emplois et donc la baisse du coût du travail.

Or la baisse des prix du pétrole devrait se poursuivre dans les mois à venir à cause de la hausse de la production, s’expliquant par la nécessité, pour les pays endettés, de faire entrer des devises rapidement dans leurs banques. Baisse amplifiée conjoncturellement par le retour de l’Iran sur le marché international.

Les effets de la crise financière chinoise

Dans cette situation inquiétante, le cas de la Chine, devenue deuxième puissance économique mondiale, revêt un caractère singulier. Après une longue période de surchauffe économique, le taux de croissance du pays a atteint « seulement » 6,9 % en 2015, et les importations du pays ont baissé de 15% au premier semestre de la même année. Les chiffres ne sont pas catastrophiques en tant que tels, mais c’est ce qu’ils révèlent qui risque d’avoir des conséquences désastreuses pour l’économie mondiale.

Outre son caractère écologiquement catastrophique qui étouffe littéralement les habitants des grandes villes, nous savons que la croissance chinoise n’est pas soutenable à moyen terme car elle repose sur un taux d’investissement incontrôlé, c’est-à-dire une énorme suraccumulation de routes, de ponts, d’infrastructures de transports, de villes nouvelles, en partie inutiles. La bulle immobilière s’était, comme presque toujours dans ce type de situation, accompagnée d’une bulle financière spéculative qui est en passe d’éclater.

La crise financière de 2007-2008 a entraîné le gouvernement chinois à inciter collectivités, entreprises et particuliers à s’endetter. La dette privée est ainsi passée de 125% du Produit intérieur brut en 2007 à 207 % en 2015.

Chacun comprend, qu’au vu de l’importance de l’économie chinoise, ces contradictions et ces énormes déséquilibres risquent d’avoir de graves conséquences pour l’ensemble de l’économie mondiale et son système financier. Or, devant les difficultés de toutes les bourses chinoises en ce début 2016, les réponses n’ont été que financières : accroissement du crédit et création monétaire, sans s’attaquer aux causes profondes.

Dans les pays développés, les décisions prises vont exactement dans le même sens, à l’exception toutefois des Etats-Unis qui, sur décision de la Banque de réserve fédérale (FED) le 16 décembre 2015, ont légèrement augmenté les taux de refinancement des banques. Ce faisant, cette hausse des taux d’intérêt états-uniens attire les capitaux du monde entier et contribue à faire monter le dollar par rapport à toutes les autres devises. Ainsi, toutes les dettes libellées en dollars augmentent brutalement, risquent de transformer l’endettement en surendettement et annoncer une nouvelle crise de la dette.

Tous ces paramètres convergent et une énième crise financière se profile. Au vu de la conjoncture internationale elle ne restera pas confinée au seul niveau financier mais aura des conséquences probables sur l’ensemble du système économique. Il n’y a certes pas de solution miracle, mais c’est immédiatement qu’il faut se projeter dans l’avenir et penser aux investissements socialement utiles, notamment dans le domaine de l’environnement.

Si les orientations de la COP 21 ont un sens, il faut alors investir dans les solutions visant à contenir les mutations climatiques et résorber la crise écologique. Il en va de l’avenir de l’humanité. Une chose est néanmoins certaine, aucun capitaliste privé n’aura le courage de recourir à ce type de choix car ils ne génèrent pas de retour sur investissement rapide. C’est donc aux Etats de prendre leurs responsabilités, ce qui suppose d’avoir le courage de rompre avec le libéralisme économique, définitivement incapable de relever les défis actuels.
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