ANALYSES

La chute des cours n’est pas synonyme de déclin de l’Opep, mais de scission peut-être

Presse
5 février 2016
Du point de vue du pouvoir de fixation des prix, la chute des cours n’est pas synonyme de déclin de l’Opep : elle confirme son influence sur les marchés, à travers la position de l’Arabie saoudite, et une réorientation des missions du cartel qui défend aujourd’hui un niveau de production et non plus un niveau de prix. Cela n’a échappé à personne. N’oublions pas non plus que l’Indonésie est redevenue au 1er janvier 2016 membre de l’Opep, preuve de l’attractivité de ce dernier. Déclin non, scission peut-être, car tous n’approuvent pas cette politique saoudienne.

Face à la hausse de la production américaine due au non-conventionnel, à la crise économique, l’action de l’Opep pilotée par l’Arabie saoudite démontre que les prix se fixent bien à Riyad et non à Washington. De même, les États-Unis sont redevenus, après que la Chine leur a ravi la place au début des années 2010, le premier importateur de pétrole saoudien. Cette manœuvre n’est pas le fruit du hasard. Quant à la Russie, elle est à la peine car seuls les pays du Golfe et leurs réserves peuvent supporter longtemps cette configuration de cours à la baisse.

Reste la question du retour de l’Iran dans ce contexte. Les dissensions et rivalités irano-saoudiennes ne datent pas d’hier et pourtant, l’Opep existe toujours. La question est de savoir comment va se dérouler le retour de l’Iran dans le jeu pétrolier, Téhéran prévoyant d’augmenter sa production de 500 000 barils dans les mois qui viennent. Dans quelle mesure cet objectif est-il compatible avec la guerre des prix que mène l’Arabie saoudite ? Difficile à dire… Ce qui est étonnant aujourd’hui, c’est de voir que les tensions géopolitiques – notamment la guerre par procuration que se mènent Riyad et Téhéran au Yémen ou en Syrie –, qui sont habituellement un facteur haussier des prix, devraient au contraire entraîner encore ceux-ci à la baisse, le Royaume souhaitant asphyxier la politique régionale de la République islamique en la frappant au portefeuille.
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