ANALYSES

Les sanctions à la Fifa suffiront-elles à restaurer sa crédibilité ?

Presse
21 décembre 2015
Interview de Carole Gomez - La Croix
Pour Carole Gomez, chercheuse à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), il ne s’agit que d’un premier pas dans un processus beaucoup plus long qui peut s’inspirer de la réforme du Comité international olympique (CIO).

« Ces sanctions contre deux dirigeants éminents du football mondial tranchent avec le sentiment d’impunité qui a pu prévaloir jusqu’ici à la Fifa. Elles participent à restaurer l’image de l’institution, à donner l’impression d’un changement et d’une volonté d’évoluer dans un système moins opaque.

Il faut toutefois nuancer car ces sanctions interviennent dans un contexte politique troublé. Si Sepp Blatter est en fin de carrière, Michel Platini se voit barrer la route de la présidence. Dans le passé, le comité d’éthique, qui dans sa forme actuelle date de 2011, a été perçu comme un instrument politique à la main de l’ancien président de la Fifa.

Il a aussi fait preuve de manque d’objectivité avec le rapport de l’ex-procureur américain Michael J. Garcia, sur les conditions d’attribution des Mondiaux 2018 et 2022(NDRL, ce dernier a démissionné du comité d’éthique en critiquant la synthèse de son rapport, qui, lui, n’a jamais été rendu public). Tous les problèmes de la Fifa n’ont pas disparu avec ce jugement à l’encontre des deux dirigeants.

En revanche, les membres de l’instance mondiale ont pris conscience qu’ils étaient contraints d’agir. D’abord pour ne pas risquer de provoquer le désintérêt des fans de football, lassés des soubresauts autour de l’organisation, mais aussi pour répondre à la grogne des sponsors de la Fifa.

Le comité d’éthique s’inscrit dans cette volonté de faire table rase du passé. De même, les procédures judiciaires toujours en cours obligent l’instance à faire bouger les lignes. Les dirigeants de la Fifa ne peuvent pas ignorer une procédure de droit commun.

Plus largement, comme pour le Comité international olympique (CIO), ces scandales qui frappent la Fifa peuvent être l’occasion d’une rénovation. Il est possible de mettre en place des procédures pour éviter les conflits d’intérêts, instaurer une limite d’âge pour éviter le clientélisme, limiter le nombre de mandats, être beaucoup plus transparent dans la gestion et l’utilisation des fonds qui sont colossaux et suscitent la convoitise. Pour le moment cependant, les candidats à la présidence parlent beaucoup de réforme et de restaurer la crédibilité, sans s’étendre sur leurs propositions. »

Propos recueillis par Arnaud Bevilacqua pour la Croix.
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