ANALYSES

Vers un accord universel contre le réchauffement climatique ?

Presse
7 décembre 2015
Le réchauffement climatique est l’enjeu du XXIe siècle. Il engage l’avenir de l’humanité et de son environnement. Depuis l’avènement de l’ère industrielle, la responsabilité de l’activité humaine ne fait plus vraiment débat : scientifiques, ONG et responsables politiques de tous pays en conviennent. Pour que la lutte soit efficace, il est impératif que chaque Etat et personne privée- morale ou physique- s’implique, tant le phénomène est global. Les membres de la communauté internationale- sociétés civiles comprises- sont face à leur responsabilité : sommes-nous capables de décider ensemble au nom d’un intérêt général universel? Telle est la question posée à la 21e conférence climat ( COP21 ) qui se tient actuellement à Paris.

Dès la fin des années 80, nombre de scientifiques sonnent l’alarme, celle du réchauffement climatique. Les Nations unies réagissent par la création en 1988 le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat ( GIEC ). Depuis, celui-ci remet des rapports qui confirment régulièrement cette tendance de fond : le phénomène d’effet de serre contribue à un réchauffement de la Terre.

Le Sommet de la Terre à Rio (au Brésil) en 1992 aboutit à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, ratifiée par 196 « parties » (195 pays, plus l’Union européenne). Toutefois, aucune mesure concrète n’est prise dans la lutte contre le réchauffement climatique. Les premières du genre datent du Protocole de Kyoto (1997). Cet accord international tire les conséquences des conséquences des émissions de gaz à effet de serre sur le réchauffement climatique, en exigeant des « pays industrialisés historiquement responsables » (37 au total) de baisser leurs émissions par rapport à 1990. Chacun de ces Etats se voit attribuer un objectif obligatoire à atteindre pour la période entre 2005 à 2012. Le Protocole de Kyoto n’entre en vigueur qu’en 2005, mais sans avoir été ratifié par le principal « Etat-pollueur » de la planète (du moins à l’époque) : les Etats-Unis. De plus, le texte n’était pas juridiquement contraignant pour des pays qui sont aujourd’hui de gros producteurs de gaz à effet de serre (Chine, Inde).

Après l’échec de la Conférence de Copenhague (en 2009), rendez-vous est pris pour la COP21 à Paris. Celle-ci s’est ouverte en présence de 147 chefs d’Etat et de gouvernement. Au terme d’une première semaine de négociations, les participants (dont 195 Etats) à la COP21 ont adopté une première ébauche d’accord pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. La phase la plus délicate commence : celle de la négociation et des engagements sur des sujets politiquement sensibles, comme la répartition des efforts entre les pays développés et les pays en voie de développement, les moyens à mettre en œuvre pour s’adapter au changement climatique ou encore la question décisive des financements climatiques aux pays du Sud par ceux du Nord.

Le texte final devra être présenté vendredi, sous la forme d’un accord international universel, réunissant une large partie de la communauté internationale, des pays au niveau de développement économique et de responsabilité historique (dans les émissions de gaz à effet de serre) différenciés. Pour être effectif et efficace, certaines de ses clauses devront avoir une portée juridique contraignante. L’enjeu est de taille : le réchauffement climatique ne doit pas dépasser les 2° C par rapport à l’ère préindustrielle. Or afin de pouvoir rester en dessous d’une hausse de 2°C d’ici 2100, il faudrait déjà diminuer les émissions de gaz à effet de serre de 40% à 70% d’ici 2050…

Un tel objectif suppose une modification nos principales sources d’énergie et l’investissement massif dans les énergies renouvelables. Outre cette transition énergétique, le financement des politiques climatiques des pays du Sud par le Nord demeure l’un des principaux points de discorde. Les pays industrialisés devraient s’engager à financer la transition énergétique des pays du Sud à hauteur de 100 milliards de dollars par an. Tel est le prix d’un développement plus « propre » que celui qu’ils ont eux-mêmes connu et fait subir à la planète. Un prix en-deça des exigences de certains pays en voie de développement, qui souhaiteraient voir ce chiffre augmenter après 2020, date prévue de l’entrée en vigueur de l’accord.

Il y a urgence. En novembre dernier, un rapport de l’Organisation météorologique mondiale notait encore une hausse des émissions de gaz à effet de serre, qui atteignent des niveaux record. En attendant les avancées espérées de la COP21, une COP22 est déjà planifiée en 2016 au Maroc. Au-delà de ce cycle de Conférence internationale qui s’apparente à une course contre le temps, n’est-ce pas déjà trop tard ?
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