ANALYSES

Combien de temps peut durer l’état d’alerte maximale à Bruxelles ?

Presse
23 novembre 2015
Interview de Jean-Claude Allard - La Croix
En prenant la décision d’alerte maximale, les autorités belges se sont mises dans une impasse d’où il leur sera difficile de sortir, répond Jean-Claude Allard, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), spécialiste de défense et de sécurité.

Comment justifier l’alerte maximale maintenue à Bruxelles depuis trois jours ?
Cette mesure en Belgique est probablement sans précédent alors qu’en France nous avons un plan Vigipirate depuis 1986 à des niveaux variables. Aujourd’hui en France, nous sommes au niveau d’alerte maximum avec l’état d’urgence, mais les autorités belges sont tout de suite passées au plus haut niveau de sécurité avec « l’alerte maximale » pour tenter d’empêcher des attentats.
Il y a une difficulté à gérer l’intensité de l’alerte, car une fois portée au maximum, le politique ne peut pas y rester.

Mais l’alerte maximale ne peut pas durer indéfiniment ?
En prenant cette décision, les autorités belges se sont mises dans une impasse d’où il leur sera difficile de sortir. Si un ou plusieurs attentats touchent la population, dans la rue ou un lieu symbolique, les tentatives de prévention seront décrédibilisées. Pour annoncer la fin de l’alerte maximale, il va falloir que les autorités aient arrêté plusieurs terroristes et prouver que le risque est dès lors moindre. Le gouvernement belge a fait ce choix au départ, mais il est un peu coincé car des résultats tangibles devront obligatoirement être présentés à l’opinion publique.

On peut penser que les services de sécurité ont quelques pistes sérieuses…
En effet, je crois qu’ils ont de la matière, mais qu’ils ne disent pas tout, bien évidemment. La logique française est maintenant une stratégie d’offensive dans les perquisitions, alors que la stratégie belge est dans la défensive : fermeture du métro, des écoles, des musées, des grands magasins…
Mais cette stratégie ne pourra pas tenir trop longtemps. Il faudra qu’elle dure le moins longtemps possible. Car la population n’a pas été préparée à vivre cloîtrée chez elle. Les gens bougent quand même et vont devoir s’approvisionner en allant en dehors de Bruxelles et n’importe qui pourra tirer sur eux à tout moment ».
Sur la même thématique
L’Europe : un nouveau départ ?