ANALYSES

Elections présidentielles en Côte d’Ivoire : quels enjeux ?

Interview
28 octobre 2015
Le point de vue de Philippe Hugon
Quel est le bilan de la première présidence d’Alassane Ouattara ?
Il n’y a pas eu de troubles durant les cinq années de son mandat et on a pu observer une nette reprise de la croissance économique. La Côte d’Ivoire sortait de dix ans d’incertitudes, d’une situation de « ni guerre ni paix ». En tant qu’ancien directeur adjoint du FMI, Ouattara avait l’étoffe internationale et a reçu de nombreux soutiens extérieurs. Il a ainsi restauré la confiance auprès des investisseurs étrangers et ivoiriens, permettant la mise en place de grands projets d’infrastructure et le développement de certains secteurs économiques. Mais la croissance n’a pas été totalement inclusive et la question du chômage des jeunes n’a pas été réglée. Les défis restent nombreux et l’économie avance à deux vitesses.
Sur le plan politique, la Côte d’Ivoire n’a pas été capable de totalement assurer sa réconciliation. La commission de réconciliation a mal fonctionné et les opposants du clan Gbagbo ont considéré qu’il y a eu une justice à deux vitesses. Il existe une certaine frustration, y compris de la part de ceux qui pensent qu’en réalité Gbagbo n’a pas perdu les élections. Ainsi, il reste après cinq ans de présidence Ouattara un contentieux en partie non réglé.

Quels étaient les enjeux de cette élection présidentielle ? Les résultats étaient-ils attendus ?
Concernant les résultats, ils étaient tout à fait attendus. Le score d’Alassane Ouattara - un peu plus de 83%, est très élevé -, ce qui explique pourquoi les opposants ne se sont pas présentés. Ces derniers connaissaient en effet les sondages et savaient que le président sortant allait passer au premier tour. La participation est semble-t-il relativement honnête. Cela légitime le président car il s’agit d’une large victoire.

Quelles doivent être les priorités du prochain mandat présidentiel ?
Ce que veulent les Ivoiriens sont la prospérité économique et le retour à la réconciliation et à la paix. Le grand défi d’Alassane Ouattara, qui a une légitimité très forte à la suite de ces élections, consiste à assurer une véritable réconciliation nationale. Il faut absolument que son second mandat lui permette d’avancer sur ce point. Il faudrait que le parti d’opposition, le FPI et les proches de Gbagbo, entrent dans le jeu politique, en sachant qu’il faut que la justice ne soit pas à deux vitesses. Tout ce qui relève des crimes commis à l’occasion de la guerre doit concerner les différentes parties. Or, il existe aujourd’hui un deux poids deux mesures.
Par ailleurs, la croissance économique doit être davantage inclusive pour que les exclus de la richesse économique soient réintégrés et voient l’avenir avec un certain nombre de perspectives positives.
Ceci étant, la priorité demeure la paix. Il s’agit de retrouver une situation moins tendue qu’elle ne l’a été historiquement. Si la situation s’est fortement apaisée et plus sereine qu’il y a cinq ans, tout n’est pas réglé et le désarmement n’est pas totalement assuré.
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